A MONSIEUR DE SAINT-QUENTTN
ourquoi réveillez-votis iine démangeaison )l- Dtjût m'avoient délivré le temps et la raison ? Pourquoi présentez- vous à mon esprit crédu- ^sèf-^il D'mi éloge emmiellé la flatteuse pilule? [le Vous savez , Saint-Quentin , que la muse et son chant Inspirent vers l'orgueil un terrible penchant. Enfoncer l'aiguiUon d'une exquise louange A qui coud une rime , à des mots qu'il arrange , C'est à la voUe enflée ajouter l'aviron. Au cheval qui galope appuyer l'éperon.
Et jeter vers un feu qui grimpe vers la lune La liqueur de Pallas qui supplanta Neptune. Il est vrai que , prudent tout autant que flatteur. Vous guérissez le mal dont vous êtes l'auteur, Et votre humilité, dans vos vers exprimée. De l'encens qui m'entête écarte la fumée. • Si l'une de vos mains m'offre un soporatif, L'autre dans le moment me tend un correctif . Ce mépris de vijus-mème à vos douceurs déroge; Je m'en tiens à l'exemple et rejette l'éloge.
Mais vous votis abaissez avec tant d'agrément,
Qu'un mépris si disert se trahit , se dément ,
Et malgré les détours de cette modestie.
Par l'air dont elle parle elle est anéantie.
Ainsi, quand Apollon, de l'Olpûpe exUé,
Endossa d'un pasteur l'habit liissimulé.
Sou art industrieux et propre à la surprise
Ne put donner le change aux nymphes de l'Amphrise ;
i34 Épitres.
De sa charmaute voix un ton mélodieux.
Un souris de sa touche, un regard de ses yeux , LU anneau négligé de sa perraque blonde. Un rayon de ce feu qui réchauffe le monde , Démasquoient à tous coups son dehors mensonger. Et le dieu s'échappoit au travers du berger.
L'astre qui me condamne à traîner une vie
Obscure, mais du moins exempte de l'envie,
N'a pas dans ma retraite avili mou destin
Jusqu'au point d'ignorer l'illustre Saint-Quentin.
Foibles imitateurs du ruisseau d'Hippocrène ,
Les nôtres chaque jour murmurant sur l'arène
Tant d'honneurs consacrés à ce nom si fameux.
Invitent nos échos d'en parler avec eux:
Les faunes, les syl vains le vantent aux naïades.
On le lit sur l'ormeau gravé par les dryades,
Et quand un beau berger veut à l'objet aimé
I aspirer la langueur dont il est consumé ,
S'il sait de Saint-Quentin quelque chanson nouvelle.
L'espoir peut le flatter d'attendrir sa cruelle.
Mais quoi ! nous vous perdons, et le peuple galant Soupire de vous voir négliger son talent. Nous savons qu'occupé de desseins plus sublimes Vous mettez en oubli l'art amusant des rimes ; Né pour ressusciter, dans vos livres polis, D'Apt et de Forcalqmer les honneurs abolis. Déjà par vos travaux sur votre colonie Le temps n'exerce plus enfin sa tyrannie ; Contre ses attentats votre cœur prend parti , Digne du sang romain dont vous êtes sorti , Digne de ses aïeux sous qui tomba Carthage, Dont les difficultés redoubloient le courage.
ÊpITRES. i35
Eh bien ! puisqu'il le faut, Saint-Quentin, poursuivez :
Ornez votre patrie, à qui vous vous devez;
Abandonnez les vers, livi'ez-vous à l'histoire ;
Mais si nous vous cédons , du moins c'est à la gloire.
Peut-être que parfois votre esprit dégoûté
Du commerce épineux de votre antiquité.
Des eaux de l'Hélicon débouchant les écluses.
Viendra se délasser dans les jardins des muses;
Par miUe beaux endroits ChasteuU m'est précieux;
En lui tout me ra\it : ses chants harmonieux ,
Son travail assidu, son feu, son abondance;
De son style fleuri j'admire l'élégance,
Et ce profond savoir dont l'application