Livre les temps obscurs à sa discrétion
Mais, sur tous les talents dont la troupe l'escorte ,
C'est par rapport à moi sa bonté qui l'emporte;
Il m'aime, et j'en suis sûr; je ne sais pas pourquoi.
Mais il m'aime, en un mot : sa conduite en fait foi.
C'est par lui qu'enfoncé dans ma retraite obscure.
J'ai reçu de vos vers le prévenant augure
Qui promet à mon nom sur le vôtre porté
De trouver quelque accès à l'immortalité.
Tel que ce roitelet qui s'éleva de terre
Sur l'aile de l'oiseau qui porte le tonnerre.
Que vous êtes hem^eux , Chasteml et Saint-Quentin, Dont la riante trame est d'or et de satin ! D'une pareille ardeur votre âme est excitée ; Tous deux gens d'entreprise et tous deux à portée De vous communiquer vos projets vigoureux, Chasteuil et Saint-Quentin , que vous êtes heureux ! Sur la mort, sur l'oubli, vos mains lancent la foudre; Du cercueil des héros vous nettoyez la poudre; De vos vieux Provençaux ranimant la valeur.
l36 ÉPITRES.
Vous portez jusqu'aux cieux votre gloire et la leur. Dans l'émulation votre amitié s'augmente; Une fortune aisée et peut-être opulente Vous sauve de l'afli'ont fatal aux beaux esprits D'aller aux cours des grands trafiquer du mépris, Et de leur ignorance essuyant les caprices , Mendier des rebuts et contracter des vices. Quel est le cœur si bas qui n'eût l'ambition D'entrer dans cette noble et parfaite union?
Ainsi que la peinture aux couleurs éclatantes Mélange le relief des teintes T^rimissantes, Et dans l'ombre et le jour alternant ses piuceaux, Forme du claii'-obscm- ses plus rares morceaux. Vous pouvez . m'agrégeant à votre couple Ulustre , Par une obscmité relever votre lustre.
Un tiers peut-il vous plaire à ces conditions ? De grâce, instruisez-moi de vos intentions ; Si de cette faveur ardemment désirée.
Indigne qu'elle en est, ma muse est honorée, Jusqu'à tant que la mort m'ajoute à son butin, On m'entendi'a chanter Chasteuil et Saint-Quentin.
AU R. P. (Paisseaud) i
on oncle, vous êtes cruel De me provoquer à la joute; g Pourquoi m'appeler en duel, Quand vous savez ce qu'il m'en coûte ?
Un combat poiu* moi, de tout temps, De disgrâces fut une source, Et je ne me bats qu'aux dépens Ou de mon sang ou de ma bourse.
Au temps de nos heureux succès J'am'ois pu tenter quelque chose; Mais puisque Mars n'est plus françois , Trouvez bon que je me repose.
De grands exemples m'ont appris.
Si votre Gazette est fidèle , Que la vie est d'un si grand prix, Qu'on doit tout négliger pour elle.
Nos généraux m'ont affermi Dans la salutaire manière :
Je fais pont d'or à l'ennemi Quand il veut passer la rivière.
Vous aurez beau me critiquer De laisser enrouiller ma lame;
I. Cette pièce fut faite par Sénecé pour M. de La Douze, en réponse aux vers qui avoient été adressés h cehii-ci par le Pure Paisseaud, son oncle.
i38 ÉpITRES.
Je n'oserois même risquer De lutter avec une femme.
Cher oncle, vos défis mortels
Ne m'excitent point à la guerre.
Et je n'accepte de cartels
Que pour me battre à coups de verre.
Vous me direz qu'il est des cas Favorisés par la coutume, Et que l'édit ne défend pas Que l'on se batte à coups de plume.
Il est vrai qu'en cette action
Ce n'est pas mou sang que je risque;
Mais c'est ma réputation
Qui l'emporte de quinze et bisque.
De mon honneur enseveli Sous les flots de votre Hippocrêne, L'impar congressus Achilli Ne me consoleroit qu'à peine.
A triompher d'un écolier La victoire seroit petite; Le bel exploit qu'un cavalier En vers battu par un jésuite !
Dans im combat juste et loyal.
Obscurcissez par votre gloire Un paladin de Port-Royal, Un grand collier de l'Oratoire.
Insultez si vous le pouvez
A ces fiers rivaux de votre ordre :
Épitres.
Attaquez-les si vous avez
Tant de démangeaison de mordre.
Quelque nouveau Pascal d'entre eux Pourra, par ses piquantes veilles.
Vous apprendre que chien hargneux Se fait déchirer les oreilles.