BILLET
n m'a dit, illustre vestale, Que j'ai part à voire pitié; C'est votre sœur qui m'en régale ; Je la dois à votre amitié.
Cette occupation m'honore Et triomphe de ma douleur; Oui, si je me plaignois encore.
Je mériterois mon malheur.
Quoique l'atteinte en soit profonde , Pourtant, si je m'y connois bien, Vous fîtes, en quittant le monde , Des cœurs plus tristes que le mien.
Peut-être votre âme inflexible, Qu'un saint mouvement conduisoit.
Le suivit, sans être sensible Au désespoir qu'elle causoit.
Puisque mon influence noir3 Toucha votre cœur généreux, Je n'en quitterois pas la gloire Pour une charge ni pour deux.
Mon destin au vôtre me lie :
Pour beaucoup de conformité.
i66 Épitres.
Comme vous j'userai ma ^-ie Dans une honnête pau\Teté.
Nos festins deviendi'ont les mêmes.
Et notre régime commun.
Je ferai deux ou trois carêmes , Quand les pourvus n'en feront qu'un.
Coimne vous, quittant de la mode Le fastueux entêtement.
D'une serge simple et commode Je ferai mon habillement.
Comme vous , à l'obéissance Ajustant mon intérieur, J'accomplirai sans répugnance Les ordres du supérieur.
Pour l'autre vœu qui vous fôdt vivre Sous le joug d'une chaste loi, Je n'aurai pas peine à le suivre :
Mes cheveux gris l'ont fait pour moi.
Mais un point qui m£ tient en peine Dérange la comparaison :
Car vous logez chez votre reine; Mon roi m'exclut de sa maison.
Cet écart forcé du modèle Ne doit point m'étre reproché :
Dans un si noble parallèle, C'est beaucoup d'avoir approché.
Béni soit le malheur propice , Heureux refus, sage artisan,
Épitres.
Qui tientôt en jeune novice Va changer un vieux courtisan.
Francliement, mes desseins honnêtes Méritent votre attention, 0 ma sœur (car enfin vous l'êtes) !
Priez pour ma conversion.
i68 Épitres.