REPONSE AU BILLET PRÉCÉDENT
oit dit sans se mettre en courroux.
Votre jalousie est charmante, Qui vient se présenter à nous Avec des airs de prétendante-
Nos esprits seroient bien bornés Si chez nous on lui donnoit place ; Et lui fermer la porte au nez Est le moindre a&ont qu'on lui fasse.
Que faire d'un enfant gâté, Qui se plaint, qui se désespère, Tremblant, soupçonneux, dépité.
Et qui n'a ni père ni mère.
Vous avez beau vanter son sang Dans votre écrit plein de magie ; Très-suspecte, à vous parler franc, Je tiens sa généalogie.
Si de réchauffer ce glaçon La pitié me donnoit envie , J'en contracterois un frisson Qui dureroit toute ma vie.
De même, ou Virgile nous ment , La pauvre Élise, trop crédule.
S'empoisonna cruellement En caressant le faux Iule.
Vous n'ignorez pas qn'en ces lieux , Où la fuite n'est pas permise.
On craint les maux contagieux Plus qu'à Marseille ou qu'à Venise.
Dois-je donc alarmer les cœurs D'une famille désolée.
Et dans le troupeau de mes sœurs Introduire la clavelée ?
Reprenez cet enfant grondeur Dont 3e n'entends point le langage; S'il atteint sa juste grandeur.
Il nous fera quelque ravage.
Du mal que j'en ai soupçonné, Son air fait foi comme ses œuvres.
Il est jaune, il est décharné.
Et mange déjà des couleurres.
En tous cas , si tous ne pouviez En prendre le soin nécessaire , Une place aux Enfants-Trouvés Ne seroit pas mal son affaire.
Pour prendre un ton plus sérieux , Tous ceux dont l'amitié m'oblige.
Ne me sont point si précieux Qu'ils fassent que je vous néglige.
Acanthe, un ami tel que vous Avec gloire augmente leur nombre , Et, si vous en êtes jaloux, Vous êtes jaloux de votre ombre.
IJO
Mais revenons à ce chagrin Dont vous me contestez l'usage. Hélas ! quel ciel est si serein Qu'il n'ait quelquefois son nuage !
Le chagrin né pour embroncher Les esprits simples et crédules , Comme un traître aime à se cacher Dans l'obscurité des cellules.
Que d'ennuis à nos Mens mêlés!
Que d'heureux moments ils nous volent ! Bagatelles, si vous voulez, Ces bagatelles nous désolent.
Briser un tronc majestueu-x Est une difficile chose Au vent le plus impétueux.
Un zéphyr défeuille une rose.
Nous admirons la fermeté Des âmes assez généreuses Pour garder la tranquillité Dans les tempêtes amoureuses.
Nous rendons hommage au pouvoir D'ime constance peu commxme, Qui supporte sans s'émouvoir, Les ouragans de la fortune.
Nous trouvons qu'on doit à genoux Honorer les vertus infuses De ceux qui, comme Ovide et vous.
Dans l'exil cultivent les muses.
hPITRES. 171
A l'abri des réflexions.
Quand nous nous croyons bien gardées.
Grâce aux humaines passions.
Un rien dérange nos idées.
Dans l'homme on se doit offenser Des moindres marques de foiblesse ; A notre sexe on peut passer Quelque peu de délicatesse.
Lorsque les vents dans leurs combats Nous enveloppent de poussière, La main ne s'en aperçoit pas , L'œil en pleure et perd la lumière.
Chagrin , tu brises de ton choc Et la houlette et la couronne; Contre toi le voile ou le froc N'ont jamais protégé personne.
Oublions, Acanthe, oublions Ces chagrins dont je stds lassée.
Quand j'en aurois des millions, Vos vers en purgent ma pensée.
Si du vôtre, un jour, par ses soins.
Votre Mécène vous exempte, Soyez sûr que j'aurai de moins Un des plus forts que je ressente.