‹ Œuvres posthumesChapitre 28 sur 89 · CAMILLE · texte numérisé non relu

CAMILLE

Dame d'honneur de l'impératrice HUdegarde ,

à madame la duchesse d'H....

en lui envoyant la nouvelle ci-dessus.

u séjour lumineux de rimmortalité , Où depuis si longtemps m'ont assigné ma place [f^^^>0 L'honneur et la vertu, dont ma fidélité,

Pendant que je vivois, toujours suivit la trace. Hors vous, jusqu'à présent, je n'ai vu nul objet Qui me touchât le cœur, qui me plût sur tout autre ; De vous offrir le mien j'ai formé le projet , C'est à vous de juger s'il est digne du vôtre. Qu'un pareil compliment ne vous étonne pas ; Souvent, quoique fort peu dans le siècle où nous sommes. Les célestes esprits ont trouvé des appas A marquer leur amour pour les enfants des hommes ; Mais pour Lien décider si nous nous convenons, Voici, belle duchesse, en ces lignes sincères, Un fidèle portrait pour me connoître à fonds Et si la sjTnpathie unit nos caractères.

Je sors d'un sang de chevaliers.

Où, remontant par mes deux lignes,

On ne trouve que chanceliers.

Que ministres, gens à colliers.

Et maréchaux en guerre insignes;

! . Cette épître ou dédicace pre'cédoit originairement le conte Filer le Parfait amour.

l86 COMES.

Mais de titres ni de brevet.

Je n'entends point tirer ma gloire; Tout ce que nous n'avons point fait N'enricliit guère notre histoire.

On tient pour un cas odieux De chanter ses propres louanges :

Sage maxime en vos bas lieux , Inutile au pays des anges.

Souffrez donc, pour plaire à vos yeux.

Que je parle en bien de moi-même; Le \T:ai , c'est la langue des dieux , Et j'écris à dame qui l'aime.

Quand la nature me fonna.

De concert avec la fortune, Pour faire une charmante brune , Tout son savoir elle exprima :

Taille au-dessus de la commune , Un air fin, noble et prévenant, Une démarche à l'avenant; Beaux bras, belles mains, belle gorge; Certains yeux qui perçoient à jour Et qu'on eût juré que l'amour Avoit affinés dans la forge ; Surtout de ce je ne sais quoi Qui ravit, sans savoir pourquoi, Les cœurs dès la première vue , Je fus abondamment pourvue.

Voilà ce qu'elle fit pour moi.

Le ciel, qui vit cette figure Faite d'un modèle accompli.

Par jalousie à la nature

Contes. 187

Voulut donner le paroli.

Oui , dit-il, la bague est parfaite , L'or et l'art, tout en est charmant; Mais j'y veux mettre un diamant Dont la plus petite facette Y brillera plus noblement.

Il dit, et fit conséquemment :

Il me doua d'àme si belle , Si grande , si pleiae de feu , Que de telles on en voit peu Sortir de la sphère éternelle.

J'avois l'esprit xiî et charmant.

Talents qui ne s'accordent guère.

En me jouant j'avois acquis Une connoissance sublime Dans le savoir le plus exquis, Et m'en cachois comme d'un crime.

J'avois un cœur fait pour aimer Tout ce qui m'en paroissoit digne ; Mais on ne pouvoit me blâmer Qu'aucun désir passât la ligne Où le devoir doit l'enfermer.

Sur mon géuie eut tant d'empire L'incorruptible vérité , Que je croyois pouvoir tout dire Qucind je l'avois de mon côté; Et, fût-ce louange ou satire.

Que chacun devoit y souscrire Par un principe d'équité.

Mes amis m'accusoient sans cesse

D'un petit engourdissement

Que ces messieurs uommoieut paresse.

8 Contes.

Mais je le prenois autrement,

Et bien loin d'être une foiblesse ,

Je leur soutenois hautement

Que c'étoit un recueillement ,

Lorsque mon âme possédée

Des dons de la suprême idée.

Les contemploit incessamment ,

Et s'estimeroit dégradée

De s'en détourner un moment.

Pourtant, dans les besoins soigneuse,

Mes sens n'étoient point endormis;

J'oubliois d'être paresseuse

S'il falloit servir mes amis.

Je vous ferois une légende

De quantité d'autres vertus.

Et j'en citerois tant et plus,

Mais la liste en seroit trop grande.

Suffit de cet échantillon ,

A l'ongle on connoit le lion.

Examinez, belle duchesse,

Si par notre conformité

Je pourrois avoir mérité

Quelque part à votre tendresse.

Ou par justice ou par bonté

Aimez-moi comme je vous aime.

Et, m'accordant ce bien suprême,

Vantez-vous d'avoir ajouté

Le comble à ma félicité.

Camille.

apostille.

Le récit que je vous envoie Vous dira de quelle monnoie

Contes.

D'uQ fourbe et téméraire amant Je sus par la prison payer l'empoitement;

D'une pareille comédie

A celle dont je vous fais part

Vous ne courrez point le hasard ,

Et le respect y remédie.

Mais si ceux qui pour vous soupirent en secret, Et dont à mon avis toute la cour fourmille, Se trouvoient condamnés à passer le guichet, Duchesse , il faudroit faire élargir la BastUle.

igo Contes.

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