I. Deux fois cinq ans
Contes. igS
« DLx ans, à ton avis, sont-ils si peu de cliose ?
« Pendant ce chimérique emploi., « Par le délai qu'on donne à mon expérience,
« La mort viendra prendre sur soi
« Le soin de dégager ma foi^
« Et réduira sous sa puissance
« L'éléphaut, le vizir ou moi. »
Je n'ai pas su de sa promesse
Comment Frégose s'acquitta.
Il prolongea du moins ses jours par son adresse.
E chi ha Icmpo ha vila.
Cher Salornay, c'est ainsi que me joue Dame Fortune , au cœur dissimulé , Qui d'assez haut m'a , d'un tour de la roue , Précipité dans le fond de la houe, Oîi je croupis languissant, exilé.
Sans qu'avec moi la perfide renoue.
Je me suis vu quelquefois consolé Par doux espoir de flatteuse promesse ; Ministres , ducs , prélats , m'ont régalé ; Lenteur s'y mêle et me plonge en tristesse; Mes plus beaux jours dans Tattentc ont coulé Tant qu'au collet m'ait empoigné vieillesse. Pégase bronche à voir l'enchanteresse, Et fait un bond dont il reste épaulé.
Pour nourrissons des iilles volontaires.
Sœurs d'Apollon, prêtresses de sa loi.
Valet de chambre est un mauvais emploi. Premier ou non, cela n'importe guère.
Fût-ce de reine ou, si l'on veut, de roi Clément Marot l'étoit ainsi que moi Ainsi que moi mal y fit ses affaires Suspect fut-il sur certains points de toi
196 Contes.
Suspect ne suis, et pourtant je me vois
Droit héritier de ses longues misères.
A vous m'en prends avec raison, je crois.
Porte-malheurs, njTnphes apollinaires.
Charmes pipeurs d'esprits de franc aloi.
Qui, vous servant, n'obtiennent pour octroi
Que laurier sauce aux. feuilles trop amères.
Dont le diibit est dans un grand raval ,
Et pour boisson belles sources d'eaux claires ,
Plus convenable à votre vieux cheval.
C'est grand bonheur que d'avoir des entrées
Dont bleus cordons se tiendroient glorieux ,
Et d'approcher les personnes sacrées
En des moments libres et précieux.
Gens bien sensés, pendant la crise utile.
S'il vaque un don vous l'emblent franc et net.
Tandis qu'un fat sa cervelle distille
Dans l'alambic d'un petit cabinet ,
A grappiller sur Horace ou Virgile,
Parodier quelque vieux vaudeville.
Ou reforger la pointe d'un sonnet
Que la cour fronde aussitôt que la ville ,
Pour l'approuver, opine du bonnet.
Pourtant vous dis, filles de Mnémosj'ne,
Dans mes vieux ans qui vîntes me ra^a^,
Que quand uu h^^-mme avec vous s'acoquine ,
Trop mal peut- il à Fortune servir;
Qui s'avisa d'en faire une déesse
Sur son autel devoit être immolé;
Quand m'en plaindrois, merveilles n'en seroit-ce:
Un éléphant anroit plutôt parlé
Qu'eu ma faveur ne l'eût fait la traîtresse.
Qui sur un 1 ied pirouette sans cesse
Et d"uu bandeau couvre son œil fêlé
Contes. 19:
Ainsi qu'Amour, comme elle écervelé.
Poui' apaiser l'inconstaûte maîtresse Je me suis tu parfois eu beau début; Mais la guerre, dont je suis le rebut ' , Empêcher veut qu'aucun bien je n'obtienne Par quelque mort. Oh ! si c'est là son but. Fasse le ciel que ce ne soit la mienne , Et que longtemps je chante cette antienne, Dernier hoquet où nous réduit la mort.
La plus teiTible est dans nos catastrophes. Stoïciens qui la bravent si fort Sont fanfarons masqués en philosophes; Plus n'entendrons le chant du rossignol, Quand de son croc nous grippera l'harpie,. Et je m'en tiens au proverbe espagnol : Vive la poule, encor qu'ait la pépie!
i. Vers faux que je n'ai pas cru devoir corriger.
if;S COXTES.