‹ Œuvres posthumesChapitre 31 sur 89 · IXION · texte numérisé non relu

IXION

A MADAME LA COMTESSE DE *" Fable.

OUI vous avoir, belle comtesse , Dit deux mots de ma passion, [justesse, 1 l^ii) Par un savant reproche , et pourtant sans TS^l Vous m'avez appelé téméraire Ixion. Voulez-vous ma prêter un peu d'attention, Et je vais d'Ision vous conter l'aventure. Ni sa témérité ni son ambition N'eurent point de relation A son éternelle torture :

C'est sa seule indiscrétion.

Dans certain canton de la Grèce Vivoit un jeune prince admirable en beauté,

Hardi, vigoureux, bien planté,

Distingué par sa politesse

Plus que par sa solidité.

Jupiter, qui conçut pour lui de la teucbesse, L'éleva dans sa cour comme un enfant gâté. Il toucboit à ce dieu d'un peu de parenté ; D'ailleurs , comme l'esprit est par ce qui précède A prévoir l'avenir facilement porté.

On murmuroit que Gauimède £eroit par Ixion quelque jour supplanté. La faveur à tel point enHa sa vanité Qu'il devint amoureux de l'épouse du maître ; Mais quoi ! cette Jimon que le ciel redoutoit

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Etoit femme d'honneur, et se piquoit de l'être

Eucor plus qu'elle ne l'étoit.

Que doit faire Ixion? quelle porte est ouvei'te Pour' tirer le garçon de son ennui mortel? Parler de son ardeur, c'est courir à sa perte; Brûler sans dire mot est encor plus cruel. Pour moi, 3 'aurois parlé. Dansunmaiivais quart d'heure C'est affaire à finir sa vie et son amour ; Je suis comme César : s'il faut perdre le jour, La plus prompte des moi-ts me paroi t la meilleure.

L'amoureux Ixion prit un autre parti :

Soit que l'entreprise nouvelle Et ideine de danger, d'aimer une immortelle, Eut au jeune apprenti Fait tourner la cervelle, Soit que par la lecture il eût l'esprit gâté

.(Si déjà tendres poésies Dérangeoieut les ressorts des jeunes fantaisies

Par leur chimérique beauté) , Aux arbres, aux ruisseaux il conta son martyre. Il prit de sa langueur les rochers à témoin , Et les pria de n'en rien dire (Il n'en etoit guère besoin).

Accablé des douleurs dont l'excès le surmonte,

Il devient sec et décharné; Retranché par la faux, un lis est moins fané. Le seigneiu' Jupiter n'y trouvoit pas son compte. Caresses et présents , tout fut en vain tenté Pour savoir d'Ixion quel déplaisir l'occupe;

A quelque sot! Ixion n'est pas dupe; A. tout autre que lui plutôt l'eùt-il conté. Enfin, pour contenter sa curiosité, Jupiter, qui s a voit qu'au bord d'une fontaine

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Le prince aHoit souvent se ilaimlre «^e son mal,

Piit la figure d"un grand chêne Dont êtoit omlragé le liquide ciistal.

Cetoit là de ses tcurs. Pour la métaïuorj'iose , Nul dieu de ses talents n'a jamais apprc>ché; Surt-Dut lorsque son cabut éîoit un j»eu tciuché;

Protée et Itii , c'étoit la même chose.

Mais j'aperçois de loin xenir l'oljjection: Cctminent, me direz- vous, ce monarque suprême. L'âme de l'univers et la lumière même.

Pour lire dans l'intention

D'un jeune aventurier qu'il aime Avcit-il donc besoin d'un i>etit stratagème ? VotiS parlez de bon sens , comtesse ; et cependant

C'est là le style de la fable; Ses dieux, dont la puissance étoit iDcomparalle ,

Par un procédé discordant Surprennent à tc^us coups un espiit raisonnable ; Encor plus, quand l'amoui- a su les captiver.

Eux qu'on voyoit en maîtres s'élever Au-dessrs du pouvoir de l'humaine nature, A peine à sa ceinture PeuvenUils arriver.

Plus loibles, plus rampants que n'est leur créature.

Grands négociateurs, Harîay, d'Avaux, Brioid, Dont les expédients tiennent de la magie, Ke vous morfondez point à chercher qu Ique accord Aux contradictions de la mythologie '.

Vous pourriez jilutôt mille fois.

Dans quelque sage conférence,

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