‹ Œuvres posthumesChapitre 32 sur 89 · I. La Bcience des fiiblet · texte numérisé non relu

I. La Bcience des fiiblet

Contes.

Accorder la Pologne arec le Satklois

Et la maisoa d'Autriche avec celle de France.

Mais revenons au fait. Un jour s'ur le gazoa

Le prince infortuné se nourrissoit de ilamme. Et sous Jupiter-arbre abandon no it son ànie Auï symptômes cruels de l'amoureux poison. Reine, s'écria-t-il, je suis un téméraire D'avoir porté mes yeux sur vos divins appas; Mais je vais expier un crime involontaire

Par un volontaire trépas.

Adorable Junon , regardez sans colère

Le sacrifice de mes jours; Il vous parle d'amour , mais il est nécessaire. Si je vivois encore, ô beauté trop sovèr-e.

Je vous offenser ois toujours !

Ixion, finissant sa plainte,

S'alloit lancer sur son épieu; Jupiter de frayeur sentit son àme atteinte.

Quitta l'arbre et reprit le dieu , Et se montrant à lui dans sa forme ordinaire : Caluie, prince, dit-il, calme ce désespoir; Tu brûles pour Junon? Ce n'est pas une affaùe;

Je te la livre, et dès ce soir;

Tu m'es plus cher qu'une chimère Dont les mortels jaloux se laissent décevoir.

Tu connois cette grotte obscure , Où venant de la chasse... Il suffit, tu m'entends. Pour donner à l'hymen certain air d'aventure Qui put assaisonner ses dons peu ragoiitant.s. J'ai voulu que Junon ce soir m'y vint atteu^lre.

A la faveur de son obscurité , Tu peux jouer mon rôle en pleine sûreté; Je te quitte ma place et t'invite à la prendre.

202 COXTES.

Tel qu'un homme ressuscité , Ixion , pour cette hont^i, A son libérateur rendit nouvel hommage.

Pour Jupiter, en vérité , Sans lo respect de sa divinité.

Il jouoit, ce me semble, un vilain personnage. A certains accidents qu'on ne peut empêcher

Accommoder sa prudence endormie, Baste! on peut le souffrir; mais les aller chercher! Je vous baise les mains : cela sent l'infamie. Or à juger soyons plus retenus :

Le roi des dieux, comme c'est chose claire. Très- volontiers faisoit maris cornus ; Le devenir n'étoit point son affaire.

Que fit-il donc? Pour sauver le garçon Du désespoir, de flamme et de nuage n fit un coi'ps ressemblant à Junon De teint, de traits, de taille et de visage, Mais resseml)lant d'une telle façon.

Qu'à moins d'avoir appris qu'on voiiloit la surprendre, La mère qui la fit auroit pu s'y méprendre. Le fantôme à la grotte eut ordre de se rendre. Tout s'y passa fort bien : l'amant sut profiter Du prétendu tour de souplesse , Et fit exploits à contenter Une véritable déesse.

11 fit si bien le dieu , mais si mal le mari , Que la fausse Juuou se douta de l'affaire, Et, le reconnoissant, lui fit toute en colère

Un étrange charivari.

Après avoii" joué la reine , Elle joua la femme, et les crimes passés

Qu'on avoit menacés

COA'TES. 2o3

D'uue éternelle haine, Par des crimes nouveaux restèrent effacés.

Enfin, contents de l'aventure,

La déesse d'air et de feu , L'amant de chair et d'os, dans la caverne obscure Vinrent plus d'une l'ois recommencer le jeu.

Le prince étoit heureux, du moins dans son idée.

S'il avoit pu se retenir; Mais d'un trop grand plaisir sa jeune âme inondée, Répandit un secret qu'elle eût dû contenir.

Force gens en pareille place Perdent la tramontane et se perdent d'honnem*; Tel affronte en héros et soutient la disgrâce.

Qui succombe sous le bonheur.

C'est ainsi qu'Ixion révéla son mystère A certain confident qu'il croyoit fort discret , Mais qui parla pouitant : il conta son affaire. Voulez-vous qu'un ami vous garde le secret? Imprudent, apprenez le premier à vous taire.

Le bruit s'en répandit dans la voûte des deux.

'Vénus, Caliste, Isis, Cérès, Flore, Latone

Et cent autres beautés d'une trempe aussi bonne ,

Osoient en rire au nez de la reine des dieux ;

Fière comme elle étoit, et d'aillems innocente,

Jugez si ce faux bruit vivement la toucha.

Pour châtier cette langue insolente.

Des mains de son époux la foudre elle arracha ,

Dont Ixion frappé, dans la fournaise ardente,

Trop content de périr d'une main si charmante ,

En soupirant d'amour sur-le-champ trébucha.

Momus en plaisantoit, et malgré ce supplice,

204 Contes.

A la chaste Junon ne rendoit point jiiStice. Malheureux, disoit-il, celui dont le caprice

D'un amour sutorneur A dame d'un haut rang force à rendre seivice ! S'il arrive qu'un jour sa tendresse finisse, L'ingrate, de l'amant qui fit tout son bonheur

Fait tôt ou tard un sacrifice.

Tantôt à son dégoût, taatôt à son honneur.

Jupiter, qui savoit de l'histoire tragique Tous les ressorts secrets,

En devint si mélancolique Qu'il ne fit point pleuvoir sm' les sables d'Afriqr.!

De deux ou trois mille ans après.

Ixion, toujours vain dans ses maux effroyables. Ne fut point corrigé par l'horrear de l'enfer,

Et conte encore à tous les diables

Qu'il a fait cocu Jupiter.

Le fantôme accoucha d'ime étrange lignée, Ayant la face d'homme et le corps de cheval; Par le nom de Centaure elle fut désignée; La race jusqu'à nous s'en étant provignée , J'en connois de moulés sm- cet original.

Vous voyez , comtesse adoralde , Qu'Ixion avec moi n'a pas de grands rapports; Vous ne me verrez point , comme ce misérable ,

Prendre un fantôme pour mi corps.

Soulagez mon ardeur fidèle , Je jure cà vos beaux yeux un éternel secret.

Enfin, ne soyez pas cruelle.

Je ne serai pas indiscret.

r. O.NTES. ao5

MIROX ET LAIS.

iron , sur ses vieux ans , amoureux de Laïs, Demanda les faveuis qui se vendoient chez L^M p ^la-is ses désirs furent trahis [elle;

Par certains clieveux gris qui choquèrent la ;i lui fit vainement sa fatigante cour : ;; belle.

U ne put l'émouvoir qu'à lui chanter injure. Va, dit-elle, vieux fou, songe à ta sépulture. Et laisse aux jeunes gens à songer à l'amour.

La manière étoit un peu dure ;

Mais un cœur vivement touché

S'expose à plus d'une aventure

Et fait figure sur figure

Avant qu'il soit bien détaché.

Au défaut de sa tète grise Miron de ce refus impute tout l'affront.

Il se rajeunit, se déguise; De cheveux empruntés il ombrage son front. U prétend que Laïs doit en être enchantée, Et se trouve au miroir plus beau que le beau jour;

Ainsi par la ruse d'amom'

La perruque fut inventée,

Dont plus d'une tète éventée.

Pour tromper plus d'une beauté ,

Se fait un mérite achevé.

Bien qu'inconnu pour lors et dans son origine , Ce piège de Laïs n'abusa point les yeiLx ;

Si l'amour est ingénieux,

L'aveisioû n'est pas moins fine.

Co.NTES.

De ce nouveau mardiand de ses jeunes attraits Elle examine tous les traits , Et rappelant sa mémoire Malgré la perruque noire :

— Ta pnurrois Incn te passer.

Lui dit la helle en colère, De revenir me presser Et me parler d'ime affaire Dont j'ai refusé ton pèie.

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