LE COMTE DE LA GUICHE SIVIGNON
eigneurs du Sautoir Noir dans un champ de
[Sinople,
Ces Croisés dont reffort soumit Constantinopl(\ l^^^^^^j Ce superbe escadron de Normands aguerris, Qui conquit la proAince où règne Phalaris; Ce corps de Mammelus, heureux autant que braves. Qui fit trembler le Nil sous un sénat d'esclaves Ces vaillants Espagnols dont le fer usurpa L'état de Montézume et d'Attabalippa ; Ces fameux chevaliers qui firent par le monde Voler le nom d'Arthus et de la table ronde. Le vieux Perceforèts, l'amoureux Amadis, Astolphe, à qui saint Jean montra le Paradis; Ces pairs dont les romans outrés et ridicules Au lieu d'admirateurs ont fait des incrédules; Bref, tout ce que l'histoire ou la fable ont chanté Cherche chambre à louer, errant et rebuté. Les vigoureux fourriers de l'auguste mémoire Ont effacé leur craie au temple de la gloire. Et les appartements des héros surannés Sont marqués pour loger les nobles nouveaiLX-nés.
Déjà la renommée aux vieux noms dévouée, De les chanter sans cesse étoit tout enrouée; Mars, étourdi du bniit que dans sa bouche font Tavannes, Mont-Revel, La Guiche, Beaufremont, Le redoutable Mars, dont souvent l'injustice Dispense les lauriers au gré de son caprice. Et qui, prompt à détruire un dessein qu'il a fait.
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Aime la nouveauté comme François qu'il est, Ce dieu d'uu œil sévère en maître la regarde : — N'as-tu rien de nouveau, déesse babillarde,
Et prétcuds-tu pouvoir à l'avenir De tes contes usés toujours m'eutretenir ? A la fin fatigué de ta monotonie.
Je te ferai chasser avec ignominie, Comme un pauvre vielleur, guidé par son garçon, Qui sur son instrument ne sait qu'une clianson.
Alors la Renommée, interdite, tremblante^, Abaisse la trompette et la met sous sa mante , Fait humble révérence, et la rougeur au front, A l'écho qui s'en rit va conter son affront. Semblable aux violons qui dans l'hôtellerie Vont chercher du secours contre la gueuserie ; Sitôt que sur l'archet leurs doigts appesantis Ont préludé l'entrée ou le sommeil d'Atys, Soit que les voyageurs craignent leur discordance Ou veuillent de l'étrenne épargner la dépense, La fille au bavolet cpii les sert à souper Va dire aux concertants qu'ils peuvent décamper, Et, bien qu'avec regret, à la triste musique Annonce en soupirant cet ordre despotique; La brigade s'écoule, et le plus apparent Se couvre de sa basse et sort en murmurant.
La Fortune accourut, et de cette infamie Par im beau stratagème affranchit son amie ; Car vous n'ignorez pas quels solides traités Unissent d'intérêts ces deux divinités.
Tiens, ma sœur, lui dit-elle en ouvrant une bourse. J'ai pitié de ta peine, et voici la ressource; Contemple de cet or l'éclat majestueux : Par lui braves nouveaux et nouveaux vertueux Forçant à t'écouter le Dieu qui te rejette,
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De nouvelle harmonie enfleront ta trompette. La vertu, la valeur, par un trop long détour Mettent pour qui les suit le mérite en son jour; C'est une mer à boire, et les maisons illustres Sont par ce vieux chemin l'ou^Tage de cent lustres; Mais l'or, pour les mortels le plus grand des bonheurs, Est ce qu'on peut nommer l'abrégé des honneurs. Tu vas voir : — A ces mots elle habille un fantôme Des couleurs que chacun respecte en ce royaume, Son chapeau de castor d'or ducat est bordé. Chargé d'un plumet blanc et d'audaces bridé; Son justaucorps d'azur est bordé d'écarlate. Chamarré de galons sur la manche et la patte; Son sabre argent doré passe l'aune de long, Le pommeau frotte au coude et le bout au talon ; Sa démarche est superbe et des moins naturelles. Et ses pas du pavé tirent des étincelles. Déguisé sous l'habit d'un vieux consul romain. L'orgueil pompeusement le conduit par la main; Chamades de tambours, fanfares de trompettes Font mettre à la fenêtre et courtauds et grisettes ; Sm' un drapeau volant, en lettres d'cir écrits. On lit ces mots : Noblesse à vendre à juste prix.
Ainsi ce capitaine au temps de sa recrue Au jeune laboureur fait quitter sa chaiTue, Étalant à ses yeux un valet aposté, Orné d'une fontange et d'un habit prêté. Le matois à sa dupe en moins d'une campagne Promet tout le Pérou qui coule dans l'Espagne, Lui fait boire bouteille, et veut qu'au régiment Il attende le prix de son enrôlement; Prix qui jamais ne vient. Alors dans son ■\'illage Le rustre enfontangé va montrer son courage Et, plus ivre d'espoir que de jus de raisins.
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Massacre impunément les poules des voisins. Dans la place où l'orgueil promenoit sa figure Deux fripons d'écoliers passoient par aventure, Qui d'im bouchon voisin, pour n'être fustigés, Venoient de retirer leurs livres engagés. Le spectacle les frappe, et sans autre mystère Ils jettent dans un puits Pajot et Despautère, Et courant hors d'haleine au logis paternel Font de la mascarade un récit solennel.
Le père en son comptoir examinoit son livre. Et s'estlmoit réduit à ne pouvoir plus vivre. D'autant que son commerce, ingrat et languissant, N'avoit au mois passé produit que dix pour cent. Ses fils, à contre-temps, dans l'ardeur qui les presse. L'invitent d'acheter des lettres de noblesse. L'usurier en courroux le prend sur le haut ton, Les traite de coquins et saisit un bâton; L'épargne famélique et le travail sordide S'emparent du vieillard, le tirent par la bride Et lui font rejeter la proposition Comme un piège du diable, une tentation. Mais sa chère moitié, qui, plus ambitieuse , Voit avec d'autres yeux cette offre captieuse. Jetant au cou du sot ses deux bras décharnés : «Quoi, dit-elle, mon fils, vous nous abandonnez! Contentez vos enfants, dont la guerrière audace. Vrai portrait de la vôtre, éclate sur leur face. Relevez leurs talents, qu'on ne peut trop payer. Par le brillant vernis du titre d'écuyer. Songez-vous aux honneurs qui me rendront si fièrc Quand je prendrai le pas sur une conseillère, Quand mon petit laquais , jusqu'aux pieds des autels Me portera la robe en nos jours solennels ; Y pensez-vous, mon fils ? » .\ux charmes de son style
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L'époux lioche la tête et demeure immotile; Ainsi que la toupie aux yeux d'un écolier Tourne sur son pivot et semble sommeiller Jusqu'à ce que l'enfant, qui la suit dans l'allée. De nouveaux coups de fouet lui lâche une volée.
Mathiirine recharge : — Eh bien, si ces raisons Ne font pas déguerpir l'argent de vos prisons, Souvenez-vous qu'enfin deux cents écus de tailles Que les impositeurs vous tirent des entrailles Méritent bien, sans doute, à tout considérer. Que vous fassiez effort pour vous en libérer. Et ces soldats pouilleux dont la troupe arrogante Vient empester mes draps et tàter ma servante, Qui pourroient quelque jour briser le coffre-fort. Qui voudroit s'en défaire auroit-il si grand tort ? Ce dernier argument lui parut sans réplique : il s'ébranle, on le presse, on le pousse, on le pique. Trois larmes de commande et deux baisers baveux Élèvent la bourgeoise au comble de ses vœux.
Alors Robin soupire, et tirant de sa caisse Trois cent trente louis de la nouvelle espèce, Les baise, les remet, les tire une autre fois. Le couvercle retombe et lui froisse les doigts ; Mais bien qu'épouvanté de ce sinistre augure, Il reprend du courage et poursuit l'aventure. Il court chez le traitant, son sac sous le manteau. Qui le compte deux fois et rit sous son chapeau. Dans un grand parchemin, scellé de cire jaune. Accouche un beau détail des exploits du A-ieux Faune; On dit que sa valeur hors de comparaison A fait de ce beau titre honorer sa maison ; Qu'autrefois son aïeul reçut à La Rocbelle Une contusion trois doigts sous la mamelle; Que lui-même à Senef i>ar miracle échappé.
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Boita d'un coup de pied par uu roussiu frappé , Enfin tout ce que l'art fournit de fariboles A qui veut éclianger son or pour des paroles. Tout fier de sa pancarte, il retourne au logis, Où sans enchantement d'Organde ou de Maugis, Il voit ses deux Rolàns, transformés par leur mère. Au chapeau le plumet, au côté la rapière. Qui marchent sur les pas du fantôme enchanté, Qu'avoit dame Fortune à ses yeus présenté.
Les enfants du quartier, piqués de jalousie. D'être hravcs comme eux entrent en fantaisie ; Lagrange le fermier, Ormont le sous-traitant. Du sang de la Bourgogne encor tout dégouttant, Gaulard le receveur et Griffon le notaire, Rapinet l'épicier. Fleurant l'apothicaire. Le changeur Rognolet, Pivaud le procureur, Tous pour les parchemins ont la même fureur ; Le priu-it se dilate, et la France s'admire De voir tant de noblesse illustrer son empire; A peine en ses États on trouve un rotmier. S'il n'est pas mendiant, manœuvre ou serrurier. D'Autibe à Saint-Quentiu, de Bayonne à Grenoble, Il n'est chétif mercier qui ne veuille être noble. Ainsi quand le bélier qui conduit un troupeau. Après avoir bêlé va se jeter dans l'eau, Le reste qui le suit, la tète la première S'y plonge à son exemple et passe la rivière.
La Fortune applaudit à son iuvention; La déesse à cent voix sous sa protection, Fait revue et trouvant ses troupes bien complètes. Retourne au dieu de Thrace annoncer des sornettes. Rhodope s'en étonne, et craint que ses guerriers Soient gens à dégrader ses forets en lamiers. C'est assez sur ce ton, notre muse bizarre
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Pétille dépasser du bémol au bécarre.
Et, comme TArioste au Roland furieux, Veut mêler le comique avec le sérieux.
Grand roi, si le hasard fait, contre mon attente, Tomber entre vos mains cette feuille volante, Détournez de ma tète un soupçon d'attentat, Et ne me traitez point en criminel d'État. Parmi vos bons sujets nul autre n'est peut-être Plus zélé, plus jaloux de l'honneur de son maitrej- Nul autre plus que moi n'admire une valeur Qui s'accroît dans l'orage et contraste au malheur. Ainsi l'arbre courbé par une main rustique Ramasse les ressorts de sa masse élastique Et jetant loin de lui son lutteur tout froissé. Relève jusqu'aux cieux son sommet abaissé. Je n'ai point prétendu par des vers téméraires De votre politique attaquer les mystères; Je sais que dans les cas où vous vous rencontrez, Les sentiers qu'elle suit vous ont été montrés. Pour chasser l'ennemi qui ravageoit ses côtes, Fière comme elle étoit, Sparte arma bien ses flottes; Dans ses besoins pressants, le dictateur romain A l'esclave affranchi le feu mit à la main. Et même de nos jours l'orgueilleuse Venise S'est fait de sa noblesse un fonds de marchandise; Je sais qu'un corps d'armée est un monstre affamé Qu'on forme par le ventre, on qu'il est mal formé, Et qu'à l'avidité qui ronge ses entrailles Les revenus courants ne sont que feux de pailles. Des biens de vos sujets, sans les indemniser, Par un ordre absolu vous pouvez disposer. Un noble équivalent qui passe leur attente Excite à son devoir leur vertu languissante. Par le raffinement de votre amour exquis. Vous échangez des foads qui vous étoient acquis;
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L'a vice par vos soins supplante un autre vice. Et l'orgueil dans leur cœur fait taire Tavarice.
liais, me dira quelqu'un des plus civilisés. Quel est dooc, s'il vous plait, le but où vous visez ? Je prétends faire voir à la foule importune De ces nobles nouveaux, jouets de la fortune, Qu'ils seront méprisés malgré leurs parchemins, Si l'honneur ne les aide à faire leur chemin. Et si de leurs vertus le secours favorable Ne fait briller au jour son éclat respectable; Je prétends lem- montrer, s'ils fout les insolents. Qu'ils doivent ce qu'ils sont à nos jours turbulents. Et que sans nos malheurs qui les ont mis en place. Us seroient, comme moi, morts dans leur vieille crasse.
Un jour certain baudet, dans un bois à l'écart, De la peau d'un lion qu'il trouva par hasard A voit si bien masqué son encolure grise Que le plus fin renard tomboit dans la méprise . Le taureau, le cheval, de frayeur éperdu, S'écartoit du chemin de son roi prétendu. Baudet rioit sous cape en les regardant faire , Quand, par malheur pour lui, baudet se prit à braire; Trop connu par les champs, son cii le démasqua, Sm' lui chacun revint et chacun s'en moqua. Et l'assommant de coups, la troupe impitoyable Laissa le roi postiche étendu sur le sable.
Veux-tu que j'applaudisse à ton honneur subit, Nubie? Change de mœurs quand tu changes d'habil; Sois juste, sois modeste; au bien de la patrie Immole, s'il le faut, sang, fortune, industrie. Des ordres de ton roi fidèle exécuteur. Remplis tous tes devoirs sans faste, sans hauteur. De ces rares talents te sens-tu quelque dose ? Bou, je te reconuois pour un noble à la rose; J'abaisse devant toi môu rang moins élevé,
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Et cède avec plaisù' le dessus du pavé.
Mais si ce grand dessein d'acheter la aoblesse
Est du pur intérêt la criante foihlesse;
S'il tend à rejeter sur le peuple affligé
Et taille et logements dont tu te sens chargé;
Si toujours au profit ton honneur se mesure;,
Si tu ne peux quitter le commerce et l'usure,
Si tu veux toujours braire, et sur le même ton ,
Va, tu n'es qu'un baudet formé pour le bâton.
Î.Iais tout beau, ma satire, et de votre imprudence Prévoyez rinfaillible et triste conséquence. Un prétendu bon mot qu'il vous plaît d'hasarder Pûurroit bien quelque jour vous faire lapider. On sait qu'un empereur pour de tels vaudevilles Envoyant Juvénal paître les crocodiles, Lorsqu'à quatre-vingts ans il le fit colonel, Mascpia d'un faux honneur un affront solennel. Régnier ainsi que vous prenoit toute licence : La plume fit l'erreur, sou dos la pénitence ; Et deux auteurs fameux, pour quelques méchants vers, Faillirent d'éprouver la canne de Nevers. Un peu de correctif adouciroit la chose. C'est bien dit, ma raison, vous voulez une glose, La voici : Je connois dans le nombre effréné De ce peuple annobli pour l'or qu'il a donné Des hommes distingués par un rare mérite. Braves comme César, chastes comme Hippolyte, Discrets comme Nestor, subtils comme Platon, Plus justes que Minos, plus fermes que Caton. Que voulez-vous encœr ? J'en sais tel dans ce nombre Qu'im talent inconnu laissoit sécher dans l'onil)re. Qui, si chez le ministre il avoit fréquenté, Eût obtenu gratis cet honneur acheté.
Le détour, vous plaît-il, ma Reine ? — Oui, je confesse
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Qae c'est d'un mauvais pas sortir avec adresse; Chacun peut s'appliquer cett€ restriction Et croire que c'est lui qui fait l'exception. Ainsi lorsqu'un buveur, les coudes sur la table, Se plaint entre deux vins de quelque objet aimable, Gronde contre le sexe et conclut l'entretien Soutenant qu'il n'est plus qu'une femme de bien Que la pudeur gouverne et que l'hoimeur retienne. Un sot rit dans sa barbe et croit que c'est la sienne.
Redoutable escadron fraîchement anobli, Quels secours tu promets à l'État affuibli ! Quels héros, quels géants, vrais enfants de la terre. Qui jusques dans les cieux pourront porter la guerre 1 Celui qui connoit tout sait ce qu'il en sera. Mais de l'événement réponde qui pourra ! L'ennemi de César, le grand, l'heureux Pompée, Se faisant, comme on dit, tout blanc de son épée. Se vantoit que du pied frappant tous les sillons. Il en feroit sortir de nombreux bataillons. En effet il frappa : les bataillons sortirent. Mais aux champs de Pharsale on sait trop ce qu'ils firent. Et sur ce foible appui dont il s'étoit flatté, Le chef perdit le jour, Rome la liberté.
Grand roi, ressource unique au mal qui nous oppresse. Appuyez votre espoir sur la vieille noblesse ; Son courage au berceau prit soin de l'aguerrir , Et sait comme il faut vaincre ou comme il faut mourir.
Peut-être que bientôt la paix tant désirée Des nouveaux anoblis viendra faire curée; Peut-être leur orgueil se verra débusqué Du rang qu'à si bas prix il avoit extorqué; Reviens, charmante paix, approche, et nous délivre De ces deux mille écus et des deux sols pour livre.
Satires. •s/ji