MADAME LA PRINCESSE DE CHARTRES
sur sa convalescence.
n vaia pour ébranler un roc majestueux, La mer joint sa furie aux vents impétueux ; ÏM'If^ Eu vain des flots bruyants l'impuissante amertume ^'~ Se brise sur sa base et la couvre d'écume j Tandis qu'à son sommet élevé fièrement , L'orgueilleux Aquilon siffle inutilement; Dans leurs plus grands efforts, sa masse toujours libre Sur un centre immuable entretient Téquilibre, Sûre que sa durée atteindra le revers Qui par les fondements doit saper l'univers. Tel et p] us ferme encor, princesse incomparable , Se conserve des lys l'empire redoutable. Qu'ont fait jusqu'à pi'ésent ces fameux conjurés^ Ces rois pour notre perte à grand bruit déclarés, Ces peuples frémissants, ces légions puissantes, Que briser contre un roc leurs ondes menaçantes? Parmi ces vents émus et ces flots soulevés, Louis nous affermit, et nous sommes sauvés. Au grand corps de l'Etat sa gi'ande âme assortie Est toute dans le tout, tout dans chaque partie : Palamos est conquis, Brest évite les fers; Et son vaste génie embrassant les deux mers, Pour ouvrir noblement une illustre campagne. Dompte la Catalogue et défend la Bretagne. Les peuples belliqueux qui vivent sous sa loi. Remplis de sou esprit, respirent tout leur roi;
De sa haute vertu l'héroïque influence,
A leur valeur antique ajoute la constance.
Evitez ( disoit-on par une vieille erreur ) ,
Evitez du François la première fureur ;
Comparable au torrent qui ravage la terre,
Un moment le grossit, un moment le resserre.
Que ces temps sont changés ! Les travaux, les hasards,
Les blessures, la mort, ces jeux sanglants de Mars,
Ni des dures saisons l'inclémence cruelle ,
N'ont pu depuis six ans refroidir notre zèle.
A certain député de nos braves Gaulois,
Un sénateur romain demandoit autrefois :
Quel danger pour vos cœurs est le plus redoutable?
C'est, dit-il, que le ciel trébuche et nous accable;
A nos braves aïeux égaux eu fermeté ,
Soyons-le, s'il se peut, encore en probité.
Je les ai ■stis pourtant, ces François intrépides.
Princesse, depuis peu, je les ai \'us timides.
Et sur leurs fronts guerriers ime sombre pâleur
A peint l'inquiétude et tracé la douleur.
Infectés du poison d'une jalouse envie.
Les astres menaçants attaquoient votre vie,
Et risquoient le hasard de se voir effacés.
Lorsque entre eux vos appas auroient été placés.
Que devint ce héros que l'hymen vous engage ?
Que servit à son cœur cet excès de courage
Qui, pour exécuter im glorieux dessein.
Brave le plomb volant et le fer assassin ?
Source de son ardeur, vous glaçâtes son àxne :
Pour la même beauté qui, par des traits de flamme.
Le soumit la première aux amoureuses lois,
Chartres sentit la peur pour la première fois.
Avec lui tout l'Etat, touché de même crainte,
Aux pieds de ses autels portoit sa triste plainte.
Épitres. 87
Ah! disoit-on partout, à notre nation,
Seigneur, retranchez-vous votre protection ?
Par notre repentir calmez votre colère.
Et ne retirez pas cet ange tutélaire;
S'il faut que nos forfaits dans leur comble montés
Souffrent les châtiments qu'ils ont trop mérités,
Par une moindre peine expiez notre offense ;
Redoublez la valeur des rivaux de la France ;
Permettez qu'inégaux à soutenir leurs coups,
Nous tremblions devant eux comme ils font devant nous.
Aux nombreux eimemis que l'enfer nous suscite,
Souffrez qn'il joigne encor le Savmate et le Scythe,
L'Arabe vagabond et l'Africain brûlé ;
Que le vaste univers contre nous ébranlé.
Ardent à vous venger, pour nous perdre s'empresse;
Mais, Seigneur, laissez-nous notre aimable princesse !
Ni le vaillant Hector, ni ces tiers alliés.
Ni ces murs que les dieux avoieut fortifiés.
Ne soutinrent dix ans ce siège mémorable
Que l'histoire, sans fruit, redemande à la Fable.
Un talisman fameux, soigneusement caché,
Tenoit le sort de Troie à son sort attaché.
Ulysse, que son astre à cet exploit réserve.
Enlève adroitement l'image de Minerve,
Et privant les Troïens de sa protection ,
Par cet heureux larcin li\Te aux siens Ilion.
Nous étions agités par la crainte inquiète
De nous voir enlever cette image parfaite,
Ce visible portrait de la divinité.
Où le sort attachoit notre félicité.
Louis en est l'auteur, vous en êtes la marque.
A la fin nos soupirs ont désarmé la parque;
Du dieu que vous servez le courroitx adouci,
En vous rendant à nous, calme votre souci.
L'excès de sa bonté nous sauve et nous délivre; Pi'iucesse, vous vivez : nous commençons à vivre. Pour ce rare bienfait, au ciel libérateur L'encens de toutes parts élève sa vapeur; Et par les soins pieux où le vœu nous engage , Nos temples sont ornés des tables du naufrage. Mais pendant qu'à l'envi la province et la cour Vont de votre santé célébrer le retour, Permettez que Tlialie, à la foule mêlée. Vous marque le plaisir dont son àme est comblée , Et charge la mémoire, en termes cultivés. De ses remercimeuts pour vos jours conservés. Cette même Thalie à vous suivre engagée, Et qu'auprès de Louis vous avez protégée, Se voit par vos vertus contrainte davouer Que malgré son génie elle apprend à louer; Souffrez à vos genoux la muse suppliante ; Accordez un regard à cette humble cliente : Sous la protection de ce regard charmant. L'orage sur ces vers grondera vainement; Et son art, l'élevant sur toute autre rivale, Lui fera surmonter l'envie et la cabale.
Épitres.