‹ Œuvres posthumesChapitre 72 sur 89 · TRAIT GÉNÉREUX DE WALSTEIN · texte numérisé non relu

TRAIT GÉNÉREUX DE WALSTEIN

e fameux Walstein, qui, de simple gentilhomme de Bohème , s'étoit élevé si haut par le métier de la guerre qu'il en avoit donné de l'ombrage à l'empereur son maître, qui enfin le fit assassiner, étoit fort sévère aux soldats et les faisoit punir sans quartier quand ils contrevenoient à ses ordres. Un jour qu'il marchoit avec son armée, se faisant porter dans une litière à cause de la goutte où il étoit sujet, il aperçut un cavalier détaché du gros, qui marchoit au travers d'un blé. Il avoit défendu sur peine de la -s-ie de faire aucun dégât , et , prenant feu à cet aspect, il commanda à des officiers qui étoient près de lui qu'on prit cet homme, et qu'on allât le pendre sur-le-champ. Le cavalier étant saisi, il s'excusa et représenta qu'il ne faisoit aucun dommage, parce qu'il marchoit dans un sentier. L'excuse paroissant bonne, on le conduisit à la litière du général pour essayer de le fléchir et faire révoquer son ordre. Walstein, naturellement cruel, et peut-être encore plus qu'à l'ordinaire par le chagrin des doulems qu'il souffroit , oe répondit autre chose aux raisons du cavalier, si ce

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n'est : — N'importe ! qu'il soit tOTijonrs pendu ; pourquoi quitte-t-il sou étendard? Le cavalier, outré de cette injustice , ue perdit point le jugement et ne se consuma pas en regrets inutiles ; mais tirant un de ses pistolets : — Pardieu ! dit-il , puisque tu me fais mouitr si injustement , tu passeras le premier^ et en même temps , lâchant son coup , perça la litière de trois balles , qui passèrent à deux doigts du nez de Walstein sans le blesser. Ce général, sans s'ébranler : Va, lui dit-il, tout homme assez résolu pour faire im pareil coup mérite de vivre. Et s'étant fait apporter trente pistoles, il lui en fit présent, à quoi il ajouta celui d'une cornette à la première promotion. Depuis ce temps-là, il n'eut aucun serviteur plus affidé que ce déterminé cavalier.

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