‹ Œuvres posthumesChapitre 3 sur 8 · PORTRAIT DE SILENE JEUNE · texte numérisé non relu

PORTRAIT DE SILENE JEUNE

Nul n était phis habile a dompter mi cheral. C'était toi jeu pour lui. Le plus rude animal, Rompu par le travail à la fois fort et juste De ses genoux de fer et de son bras robuste. Etait bientôt à bout de rttades, de sauts ; Rayé d'ondes d'écume et fumant aux naseaux Il se cabrait en vain ; s'il se roulait à terre, Qiiand il se relevait, ferme sur sa crinière Du maître impérieux il retrouvait la main. Et rentrait hennissant, ynais coyisentant au frein. Silène sautait bas avec sa grâce sûre.

Caressait doucemeyit l'inquiète encolure De la bête vaincue et soumise à sa voix. Sans qu après cet ejffort on vit trembler ses doigts.

Puis il recommençait, et, dans une journée. Il achevait vingt fois cette lutte acharnée, Toujours calme et certain, et toujours amical Dans sa caresse au col frémissant du cheval.

Il poussait aux forêts ses chasses solitaires ;

Il y tuait les lynx, les ours bruns, les panthères.

Quelquefois avec Tare, dont il était adroit,

Quelquefois à Vépieu, quand dans son antre étroit

Il surprenait le fauve et barrait la sortie.

A peine sentait-on sa marche appesantie.

Lorsque sur son épaule il rapportait le corps

D'un jeune bœuf sauvage ou d'un grand cerf dix cors.

Certains jours, en rentrant, il saignait de la trace

De griffes, ou d'un coup de boutoir, mais sa face

Riait insouciante et Von était certain

Qu'il ramenait alors un plus large butin :

Quelque vieux sanglier, quelque lion adulte,

Tués non pas de loin et par la flèche occulte,

Mais à longueur d'haleine et à franc javelot.

Quand il avait lavé sa blessure au clair flot.

De la bête gisante il vantait le courage.

Ainsi que d'un rival auquel on rend hommage.

l'aventure de silène et de pan.

Et, quand il rencontrait des brigands dans les monts. Brigands de rocs, de gués, ou brigands vagabonds, Par leurs talons percés ou par leurs mains liées, Sans grâce, il les pendait à des branches pliées. Si bien que ces rameaux tout à coup redressés Les portaient aux vautours, hurlants et fracassés. Mais quand il descendait, farouche, dans les plaines, Il ne parlait jamais de ces chasses humaines.

Il aimait les enfants, les etifants Vadoraient. Les petits lui tendaient les bras et lui riaient. Les autres accouraient, d'une course inégale Selon qu'un même élan laissait plus d'intervalle Entre les petits pas, maladroits à courir. Et les jeunes mollets que les jeux font maigrir ; Ils s'accrochaient à lui; ses larges mains ouvertes Par de petites mains étaient bientôt couvertes ; Et chacune, au milieu de rires triomphants. Soulevait haut en Vair une grappe d'enfants ; On voyait — son passage était reconnaissable — Autour de ses grands pas, imprimés sur le sable. Tout un piétinement de petits pieds pressés. Les propos merveilleux n étaient jamais lassés

Dont il samit charme)' leurs faces attentives. Quand, sous tin olivier tout mûrissant d'olives, Testant les moins dgés sur ses genoux assis. Il baignait leur jeune âme au flot de ses récits.

Et les femmes V aimaient sans oser le lui dire. Elles aimaient sa joie et son robuste rire. Cette fleur de la force, et qui semble un appui A leur race blessée, à qui les jours d'ennui Et Fobscur désarroi que chaque mois ramène, Apportent le souhait d'un compagnon qui tienne Leur renaissante angoisse en sa sûre gaité ; Elles aimaient son corps viril et sa beauté. Les unes pâlissaient, le regardant en face Avec des traits ardents et tout dtircis d'audace ; D'autres baissaient les yeux sans voiler leurs rougeurs Et de jeunes regards s'ouvraient comme des fleurs, Lorsqu'on parlait de lui près des adolescentes Qui cachaient mal encor leurs âmes innocentes. Maintes fois, dans les prés, les monts ou les forêts. Des Nymphes avaient su, par des sentiers secrets, Se trouver trop souvent sur le bord de sa route. Ou quelque claire voix, sous une verte voûte.

i/aventure de silène et de pan.

rappelait par son nom dans un rire mutin. Et près de lui tombait une pomme de pin. Et quelques-uns encor disaie?iî qu'une déesse. Celle qui, près des flots, aime a tordre sa tresse. Du geste harmonieux qui fait saillir le sein, Avait souri pour lui ce sourire divin Auquel ni Dieu puissant, ni mortel ne résiste. Et qu'elle était partie, irritée, un peu triste. Elle qui soumet tout! de n avoir obtenu. Quand elle avait montré son beau corps presque nu. Qu'un salut de respect fait des deux mains levées. Les colombes de neige à sa voix arrivées, Entre l'azur du ciel et celui de la mer. Lavaient prise, et son char avait volé dans l'air. Glissant vers l'horizon dans des chutes de roses ! Mais les hommes prudents qui racontaient ces choses Ajoutaient que la haine et le courroux des Dieux. Même pour les héros, sont toujours dangereux. Et que Silène était sans crainte et sans sagesse D'avoir bravé peut-être un dépit de déesse.

Mais lui ne voyait pas ou feignait ne pas voir. Il semblait ignorer ce ynasculin pouvoir

Qui fait naître le rêve aux âmes féminines,

Et cerne d\m reflet assombri de glycines

De beaux yeux dévorés d'insomnie et de pleurs.

Il était simple et franc ; ses mots étaient rieurs,

Sa cordialité, familière et vivace,

Se jouait librement sur son masque sagace,

En propos bienveillants, joyeux et résolus,

Dont Famour s'intimide à régal des refus

Tant ses timidités s'y sentent étrangères.

Le cœur d'une déesse ou les cœurs des bergères

Sentaient confusément qu'il fallait renfermer

Leur désir de séduire ou leur besoin d'aimer.

l'aventure de silène et de pan.

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