‹ Œuvres posthumesChapitre 6 sur 8 · RECONCILIATION DE SILÈNE ET DE PAN · texte numérisé non relu

RECONCILIATION DE SILÈNE ET DE PAN

Quand il vit envers lui Silène s'approcher.

Pan, d'un choc instinctif, fit geste de cacher

Sa flûte bien aimée et maintenant divine

Sous ses deux bras tremblants, croisés sur sa poitrine.

L angoisse avait été, jadis, si forte en lui

Quencor que bien des ans et des ans eussent fui,

Elle était dans sa chair toute prête à renaître,

Comme ces coups profonds qui restent dans notre être

Et ne s' effacent plus que quand il se dissout.

On voyait son sang battre aux veines de son cou.

Des gouttes de sueur tombaient de son visage,

Un tremblement heurté secouait sa poitrine

Oui pourtant s'amassait autour d'u7i bond, pour fuir.

Dans sa face hdlée et rude comme un cuir

Ses yeux devenus beaux, étranges de jeunesse, PriaieJit et se mouillaient de Vancienne détresse Ojii jadis avait su fléchir son ennemi. Mais il restait muet, comme interdit parmi La peur inopinée autour de lui surgie, (Juoiquau fond de ses yeux un éclair d'énergie Montrât qu'il défendrait sa flûte, son trésor, Jusquau bout de sa vie et jusque dans la mort. Il attendait tremblant.

Levant la main. Silène Fit le geste apaisant et court qui rassérène Plus vite que les mots, plus vite et de plus loin. Il ai^ançait, marchant à travers le haut foin. Et jusqu'à ses ge?îoux montaient les graminées,

les flouves carminées,

Oià mêlaient desfocons de pollen aux rayons. Du remùment des fleurs sortaient des papillons, Des insectes de bronze et d'or, des libellules. Des abeilles ; des tas serrés de renoncules Rouges formaient parmi les herbes des ilôts ; Et Silène avançait coynmé à travers des flots. Il venait lentement et sa marche était lourde. Rejetant par instants en arrière sa gourde

Qui retenait toujours ballotter devant lui ; Un long thyrse pampre lui prétait un appui. Pan, lorsquil put mieux voir et discerner sa face, Comprit quelle était grave, et triste et sans menace. Mais il restait toujours dans son geste effrayé, Il gardait ses regards craintifs, tin peu ployé En avant par ses bras serrés dans leur étreinte. Et Silène, à son tour, apercevant sa crainte : « Ne redoute plus rien de moi. Pan, lui dit-il, Ne redoute plus rien. Nous sommes en exil Sur le sol solitaire et sec de la vieillesse. Loin des deux disparus où fut notre jeunesse . Comme des citoyens de la même cité.

Autrefois opposés, dont le sort £st jeté Par la même infortune en la même île triste. Aiment à parler d'elle, et plus rien ne subsiste De leur ancien conflit dans leur regret commun. Ainsi, Pan, est venu le moment opportun Où nous poupons parler, sans rancune et sans haine. De nos temps abolis. Udge a faite sereine La douleur qui jadis nous avait divisés. Nos émois d'autrefois, maintenant apaisés. N'ont plus en nous laissé quune ynême tendresse; Pour chacun de nous deux , c'est la seule richesse

De nos vieux cœurs de tmit de choses détachés !

Seuls 710US la possédons, par elle rapprochés.

Quand Vun de nous choira du jour dans V ombre noire,

La moitié périra de la chère mémoire

Dont seuls nous connaissions la force et le bienfait.

Ojie ce soit son plus noble et son suprême effet

Que, réconciliés pour quelle vive encore,

Nous Faim ion s, tous les deux, dans le cœur qui l'honore

Et que nous honorions le cœur qui la chérit.

Cela fait, dès longtemps, que Silène a nourri

Le projet de venir près de Pan et d'apprendre

S'il voudrait lui parler, voulant d'abord l'entendre. »

Pan semblait travaillé d'un effort douloureux : Dans ses bons yeux naissait quelque chose d'heureux. Au fond de l'innocence et de la candeur pure Qui les avaient remplis d'une eau claire, à mesure Que la boue impudique et jaunâtre y mourait. Ses lèvres recherchaient un son, il respirait Dans un halètement qui brisait son haleine. Qjielquefois il levait sa face vers Silène, Pour abaisser bientôt son regard et son front. Puis il laissa — tirant un long soupir profond —

Retomber une main en travers de ses cuisses, Qiiand Vautre maintenait sa flûte aux tuyaux lisses Serrée étroitement contre son sein velu. Silène, devinant combien il eût voulu Parler et qu'il cherchait vainement son langage.

D'un œil malicieux et d'un croissant sourire

Attendait, amical, comment il allait dire

Ce que son lourd cerveau rétif élucubrait ;

Il s'amusait à voir quand il y parviendrait.

A la fin, Pan, dressant un peu sa tête rousse,

Dit simplement avec mie voix rauque et douce ;

« Silène I Parle moi ! Dis moi ce que tu veux !

« C'est, depuis bien des ans, le plus grand de mes vœux

« Que d'entendre ta voix si longtemps ignorée ;

« Contre mon long souhait, l'heure en fut différée.

« Dis moi ce que tu veux : Silène, parle moi !

Il se tut et, semblant dominer son émoi. Il tourna lentement, comme lorsqu'on implore. Ses yeux, où la prière était parlante encore, Fers Silène pensif qui ne souriait plus. Et qui lui dit en mots presque aussitôt émus :

l'aventure de silène et de pan. 53

« O Pan, nous sommes vieux ! Udge nous a changés

Depuis que devenus l'un à l'autre étrangers

Nous avons emmené, chacun de nous sa vie,

Par le même malheur distraite et poursuivie,

A travers les hasards de chemins différents.

Je viens de f écouter, 6 Pan! Si je comprends

Les soupirs et la voix qui, dans cette minute,

De leur ynélancolie ont animé ta flûte,

Le chagrin d'autrefois persiste dans ton cœur.

Comme il vit dans le mien ; et le Temps nest vainqueur

Ni de ton long remords, ni de ma longue angoisse.

Et, bien que la vigueur de notre sang décroisse.

Bien que inoins chaudement nos muscles et nos os

Reçoivent son flot pourpre, et que tous les échos

Du monde en nous, qui font notre âme par leur suite.

Dans nos cerveaux plus sotirds retentissent moins vite.

Moins vite, moi?is souvent et moins profondément.

Je crois que, dans nous deux, jusquau dernier moment.

Restera toujours pure et dans sa première heure

Celle à qui tu pensais et celle que je pleure.

Mais, hélas ! que notre être est débile et changeant ! Et comme c'est souvent un affront affligeant Que de nous retourner vers U7ie ancienne peine, Telle quelle éclata dans sa beauté hautaine.

Et de la comparer à ce quelle est en nous ! Et qu'il est rare, ô Pan, le cœur assez jaloux De ses pleurs pour haïr tout ce qui les soulage ! Sans doute, J'ai gardé la chère et chaste image Dans un coin de mon cœur qui resta respecté, Et rien na pénétré jusqu'à la piété Du culte dont j'ai su protéger le mystère. Mais j'ai laissé souiller l'abord du sanctuaire : Je n'ai pas su chasser et fouailler ces jours, Chiens aboyant après leur ration d'amours. Dont la saison ardente exaspère la meute ; Je n'ai pas su dompter et disperser l'émeute Des rêves, des désirs de tiédeur, des besoins De tenir quelque chose entre nos deux bras joints ; Je n'ai pas dominé la plainte ou les colères Des ennuis révoltés, ou des jours solitaires ; J'ai fait mauvaise garde et lâchement livré Tout le reste de moi, hormis ce coin sacré. Mon crime est pire encor ! Faut-il que je t'avoue — Puisque devant tes yeux mon bras vieilli secoue Toute mon existence et son rameau flétri, — Par quelle indignité mon âme se déprit Des fiertés d'un chagrin qui te fut tutélaire ! Ce fut pour l'oublier, ce fut pour en distraire

l'aventure de silène et de pan. 55

Mon cœur saig^iant, trop lâche à garder son trésor.

Ce fut pour acheter la minute où s'endort,

Oiiel que soit le réveil, l'obsédante torture,

Ce fut par une double et sacrilège injure

Ojie f avilis le cœur que Syrinx chérissait;

Tel que, si maintenant elle reparaissait.

Elle n aurait pour lui que dégoût, et moi-même

Je n aurais quà courber mon front honteux et blême

Sous ses yeux affligés, passa?it sur mon débris.

Car nai-je pas, ô Dieux, mérité son mépris?

J'ai dans son souvenir pris semence de vices ;

Son charme, sa splendeur, fen ai fait les complices

De mon ignominie. O ma Syrinx, c'est tôt

Par qui je me rendis indigne de ta foi l

Et f ai fait de mes pleurs la source de ma honte !

Ah l Quel regard au fond de ma chute m'affronte !

Est-ce que mon infâme opprobre f apparaît ?

Mon bras a châtié jadis plus d'un forfait

Moins lâche que d'avoir fait naître ma souillure

De celle qui mourut pour me demeurer pure ! »

Silène s'arrêta, car sa voix s'étranglait.

Il serrait d'une main le thyrse qui tremblait.

Son autre main était fermée et menaçante, On la sentait encor redoutable et puissante. Pan le considérait surpris, presque alarmé ; Mais Silène reprit, s' étant un peu calmé :

« Je te révèle, ô Pan, ce que nul na connu;

Pour la première fois, je mets mon cœur à nu.

Ce cœur que j'évitais de regarder moi-même ;

Je me suis ajouté Vamertume suprême

Que cet aveu fût fait, entre tous, à celui

Par l'exemple de qui je pouvais m* être instruit

Comment à sa détresse on doit rester fidèle.

Tu ras gardée entière et tu Vas faite belle,

O Pan ! J'ai pu savoir et viens d'entendre encor

Par quel inviolable et quel pieux accord

Ton être et ta douleur Vun dans Vautre vécurent.

Mémorables et forts les cœurs dans lesquels durent.

Comme aux antres sacrés, les voix du désespoir

Et Vécho d'un remords ! Depuis l'horrible soir,

— O Pan ! tu Ven souviens — oti nous nous séparâmes.

Qui mit un séculaire abîme entre nos âmes,

Toi seul à ton tourment es demeuré loyal.

Tu compris qu'il devait, solitaire et fatal.

De son règne tragique occuper tout ton être ;

Tu lui lipras ton cœur consacré ; comme un prêtre

Veillant sur un trésor par un Dieu confé.

Pour le conserver pur, tu t'es purijiè.

Et c était un trésor divin que son image !

O vieux Faujie, toi seul as mis à noble usage

L infortune dont seul tu respectas la foi.

Elle pouvait encore être plus noble en moi !

Fers toi donc qui portas ta douleur et ta faute

Si haut que ton effort rendit ton âme haute.

Et que tu t" es fait grand pour garder leur grandeur.

Moi qui navals pourtant quà porter ma douleur.

Et ne m'en suis servi que pour féchir sous elle,

Je viens pour effacer notre ancieyine querelle.

Et pour te proposer d'être amis désormais.

Ce que tu répondras, 6 Pan, je m'y soumets.

Que tes mots me soient durs ou ta parole bonne.

Ne crois pas que je dise, ô Dieux ! que je pardonne /

J'ai trop démérité le droit d'user ce mot :

La figure sacrée, en mon cœur i?idévot,

Fut d'un trop long affront par moi-même outragée !

Celle que ma faiblesse infâme eût affligée

Plus que la mort, comment pourrais-je encore oser

Parler de son offense, et comment accuser

Un crime infortuné que le mien outre-passe ! Mon reproche vivant ne laisse point de place Au reproche expirant que contient un pardon l Que dis-je / // tournerait contre moi son affront ! Je ne sais de pardon quun seul, et qui me vienne ! Hélas / il siérait mieux de ton âme à la mienne ! Pour avoir moins souffert f ai plus à consoler ! C'est d'oubli seulement que je veux te parler. O Pan ! nous sommes vieux ! notre fin est prochaine La grâce des vieillards est d ignorer la haine. Eu parmi tant d'oublis, d'oublier le méchant. Le ciel qui se fait clair sous le soleil couchant Est prêt à recevoir la nuit avec noblesse. La vie, en s' écoulant hors de nous, ne nous laisse Rien qu'on doive haïr et peu quon puisse aimer l Permets à nos deux soirs en paix de se fermer ! Loin par derrière nous, la cascade fougueuse Des jeunes passions se perd, faible et brumeuse, A travers le brouillard des ans intervenus ! Nous étions possédés des pouvoirs inconnus Qui, se servant de nous, font et défont la vie ; Tous deux nous nourrissions leur force inassouvie Que ceux-là, dans le val, nourrissent à leur tour / Notre rêve immortel n'était qu œuvre d'un jour.

l'aventure de SILENE ET DE PAN. 5q

Et Vouvrage accompli, nous délaisse le rêve ! Hélas ! quil est fugace et que son heure est brève ! Il passe a d'autres mains comyne passe un flambeau ! Et dès alors la vie appartient au tombeau. Sa joie et sa ferveur commencent de s'éteindre ! O^ui pourrait retenir maintenant de se joindre Deux mains qui, se tendant vers lui pour le saisir, Se blessèrent, distant et tremblant souvenir l Le flambeau s'éloigna ; l'ombre est faite en notre âme ; Parmi d'autres humains il promène sa flamme. Parmi d'autres humains qui le garderont peu ! Tel est l'ordre du monde ou le vouloir du Dieu ! Ami, que réponds-tu ? Laissons yiotre vieillesse Oublier ce qui fut : imitons la noblesse De ces jours tourmentés qui s'apaisent le soir. Et laisse auprès de Pan Silène se rasseoir. Comme quand ils causaient, au pied des noirs pilastres Des grands pins où la nuit faisait passer des astres.»

A yjtesure

O ue Silène parlait, Pan faisait un effort

Pour approcher, pour suivre et pour saisir le bord

6o ŒUVRES POSTHUMES.

Du sens quil essayait vaguement de comprendre.

Ce qui le pénétrait plutôt c était d^ entendre

Uinflexion, le ton des mots et de la voix.

Un tremblement léger remuait ses grands doigts.

Il fut pris peu à peu d'un vertige de joie,

D'étonnement heureux qui charme et qui rudoie

Parce quil garde encor un mélange de peur,

Et que chaude à la fois et froide est la sueur

Qui coule au front touché par l'un et l'autre trouble.

L'émotion de Pan était confuse et double.

Mais son être penchait vers le meilleur émoi.

Et le soulagement l'emportait sur l'effroi.

Lorsqu'il vit, à la fin, Silène lui sourire.

Il sembla possédé par un soudain délire.

Ses pieds crispés frottaient la terre, mais ses yeux

Immobiles, d'instant en instant plus heureux.

Demeuraient suspendus au regard sans meiiace

De Silène railleur, débonnaire et sagace.

A la fin il voulut s'exprimer, mais les mots

Ou ne se formaient pas dans sa tête en chaos.

Ou trouvaient sur sa lèvre agitée un obstacle.

On eût dit la gaîté d'un verger plein d'oiseaux. Quand, au printemps, rentrés de par delà les eaux.

Tous ceux qu avaient chassés les froidures cruelles. Heureux, ivres, criant, chantant, battant des ailes Retrouvent les anciens compagnons qui, l'hiver. Aux creux d'une muraille ou d'un arbre, ont souffert La famine et le gel et la neige et la bise.

A travers les pommiers fleuris et les cytises

Ce ne sont que saints, que rencontres, surprises,

Qu'appels de bienvenue et qu'échanges d'accueils.

Mésanges, martinets, rouge-gorges, bouvreuils.

Pinsons, chardonnerets, tarins, verdiers, fauvettes.

Merles, grives, mauvis, linottes, alouettes.

Passereaux, loriots, farlouses, sansonnets.

D'une commune ivresse éblouis, fascinés,

Se mêlent dans les airs, sur les branches s'attroupent.

Croisent, de toutes parts, des cercles qui se coupent.

Se mêlent confondus, e?î ?iuage assemblés.

Et d'autres, çà et là, deux par deux accouplés.

L'un en face de Vautre et les ailes battantes,

Voletent, tressaillant de secousses ferventes.

L'air léger se remplit de clairs roucoulemeiits.

De cris, de gazouillis, de ramages charmants

De sifflements joyeux, de babils, de fusées.

S' arrêtant tout à coup. Pan releva les yeux Fers les yeux devenus bons et malicieux De Silène appuyé, des deux mains, sur la hampe De son thyrse obliqué contre lequel sa tempe S'inclinait en pressant les tours de pampre vert. Et le regard de Pan disait : « Fois ! fai souffert ! Mais ton retour aussi me rapporte la joie ; C'est elle que majlùte à f exprimer s'emploie, Puisque je ne sais pas trouver mes mots trop lents Pour te dire mon cœur tout remué d'élans ! » Ainsi regarda-t-il un instant vers Silène !

Alors ayant repris une profonde haleine ,

Et secouant sa flûte humide, il la plaça

De nouveau sur sa lèvre et, penché, commença

Un chant tout différent ; et rien que le prélude

Eût fait venir des pleurs au regard le plus rude.

Tant il était touchant et pur. Les nuits d'été,

Dans le cœur du grand bois par la lune enchanté,

Le rossignol na point de notes plus suaves,

Plus pures à la fois par le son, et plus graves

Par une émotion que contient ce son pur.

Sans quon puisse jamais savoir quel charme obscur

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Fuit tenir tant de cœur dans une seule note,

Ni comment un émoi presque immense sanglotte

Dans un trait où la voix semble encor s essayer.

Ce prélude bientôt commence à déployei\

Sur des accords formés, une mélancolie

A qui tant de tendresse et de souhait se lie

D'un tel entraînement, d'un tel enlacement.

Nuptial, chaste et fort, qu'il en sort un tourment

Délicieux ensemble et douloureux pour Vdme.

Il met dans un rayon d'étoile tant de flamme.

Dans un rayon de rêve il met tant de désir.

Que mille cris ardents sont moins que son soupir.

Comme dans un éther de passion, y vibre.

En onde lumineuse, inépuisable et libre.

L'amour universel qui, traversant les cœurs.

Leur prête leur instant de joie et de douleurs.

Aussi ce chant sublime avait plus de puissance

Que tous les chants humains dont il seynblait l'essence.

Que tous les chants humains inspirés par l'amour.

Mais lorsqu'il eut plané d'un assez long séjour

Dans cette région lumineuse et divine

D'où l'émoi d'ici-bas reçoit son origine.

Comme pour s'y munir d'abord de chasteté.

De beauté, de grandeur et de sérénité.

// sembla lentement, noblement redescendre Aux formes d'ici-bas, et d'un mouvement tendre. Progressif, hésitant, chercheur, se rassembler Autour de l'dme humaine, autour d'elle trembler^ La pénétrer enfin, continuer en elle Son charme où lentement un peu de voix mortelle Entrait et se mêlait avec son propre accent. Cette voix, dont la part allait en s' accroissant. Apportait, épanchait avec soi quelque chose De plus précis, l'angoisse en un seul être enclose, La palpitation, les battements humains.

Elle allait s'unissant à ces accords divins Dont elle recevait les vertus ; à mesure Qu'elle entrait davantage en eux, la créature Chantait à l'unisson du principe éternel! Bientôt elle remplit le rythme solennel. Elle l'avait conquis, mais il restait son maître. Elle suivait son onde au point d'y sembler naître. Si bien que s'épousaient dans un unique essor, Toute la profondeur de ce qui sent la mort. Et toute la hauteur de ce qui fait la vie. Et Silène écoutait, l'oreille inassouvie !

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Puis cette j^oix humaine encor se précisa.

Le son particulier d'une ame s infusa

Dans ce chant qui changeait tout en restant le même ;

Ce qui fait que les mots, que les seuls mots : ^je faime^

N'eurent jamais, depuis quils s'élancent du cœur.

Deux fois le ynême son, ni la même ferveur.

O merveille, la voix était la voix charmante

De Syrinx, de la belle, inouhliée amante.

Qui vivait sous le front ridé des deux vieillards.

Des larmes tout à coup mouillèrent leurs regards.

Mais les yeux clairs de Pan étaient seuls dignes d'elles.

Et les pleurs de Silène, en noyant ses prunelles

Reposaient sur un fond impur et fatigué.

C'était sa voix, c'était son cristal prodigué

Autrefois dans ses chants, ses appels, et son rire,

Versé plus doucement quand il voulait séduire

En chers mots qu'il faisait en outre harmonieux.

Si frais encor au fond des soupirs amoureux,

Et qui fut si vibrant quand, près de la rivière.

Il jeta le grayid cri d'horreur et de prière

Qui résonnait toujours dans l'oreille de Pan.

Il sent sa main trembler et sa flûte suspend

Sa chanson sous sa lèvre un instant indécise.

Dès qu'il a, d'un sursaut, surpassé sa surprise.

Le crépuscule avait envahi la vallée :

Par la lente vapeur d'elle-même exhalée

La rivière traçait ses détours dans les prés ;

Quelques grands peupliers, à leur cime éclairés.

Dressaient leur long feuillage au-dessus de la brume ;

Un rocher, çà et là, comme un feu se consume.

Plus ardent un instant, pâlissait tout à coup.

Et se couvrait de cendre ; et les cris du hibou

Saluaient, répétés à chaque flamme éteinte,

L approche de la nuit où cesse la contrainte

Que le soleil impose à ses yeux éblouis.

Les spectacles du val s'étaient évanouis.

Les troupeaux, les ti'avaux s'étaient perdus dans l'ombre.

Ainsi que sur le pont d'un grand vaisseau qui sombre.

La crête des coteaux finit par s'obscurcir,

La dernière clarté du jour sembla s'enfuir

D'un bond au fond du ciel, où ses longues traînées

Par les bras ténébreux du soir étaient glanées ;

Ll nen restait épars que quelques épis d'or

Sur un nuage noir dont ils marquaient le bord.

Les deux vieillards muets avaient laissé descendre U obscurité sur eux, sans la voir, sans entendre

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Le gratîd repos se faire à travers champs et bois. Soudain un rossignol, faisant jaillir sa voix. Un rossignol lointain s'empara du silence Et rémut tout entier de sa triste cadence.

Lun à côté de Vautre et se tenant la main. Sans parler, de la plaine ils prirent le chemin ; Au-dessus des taillis, leurs deux grandes figures Descendaient les versants des collines obscures: Dans le nocturne azur, devant eux, s'allumaient Des points d'or, et ces points, se complétant, formaient Les constellations qui révèlent le inonde ; Car le jour est borné, la nuit seule est profonde.

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yO ŒUVRES POSTHUMES.

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