CHAPITRE XXXIX
LF. CONFUCIUS FÉMININ
J 'étais un matin chez tnoi, malade, assis devant mon feu, lorsque je reçus un billet fort poli, d’une main de femme inconnue, qui me prévenait que, frappée de la veine précieuse de philanthropie qui elle se plaisait à le reconnaître, coulait comme un fleuve de lait et de miel dans tous mes écrits,
Mrs serait très-reconnaissante et très-flattéc si
je consentais a lui fournir l’occasion d’en connaître personnellement l’auteur, en lui octroyant la faveur d’accepter une tasse de thé chez elle ce jour-la.
Pétais trop faible pour sortir. Je le lui écrivis. — Je l’assurai que j’aspirais également au plaisir de rencontrer une personne dont le cœur et l'esprit
semblaient sympathiser avec les sentiments dont elle voulait bien me louer, et je réclamai de sa part l’honneur d’une visite sans cérémonie pour le soumême.
Elle consentit à accepter mon invitation et se rendit chez moi. — Elle vint me voir chaque jour tout le temps que dura ma maladie; — et je, lui rendis ponctuellement ses visites aussitôt que je pus sortir.
C’était une femme de sens et de vertu ; — elle n’était pas gaie, mais elle avait cet agréable enjouèment qui prend sa source naturelle dans la bonté. — Mens conscia recti. — Elle était réservée, et, comme une ombre, ne parlait que lorsqu’on l’interrogeait. — Semblable h un luth, elle possédait toutes les cord es passives de la musique, mais il fallait la main du Maître pour les faire résonner.
Elle avait quitté l’Angleterre fort jeune, — avant que le frottement du monde eût endurci ses tendres dispositions. — Conduite dans l’Inde, elle y était restée assez longtemps pour que ses sentiments fussent devenus des principes, mûris et iuspirés par le sublime enthousiasme de la morale orientale.
Elle paraissait malheureuse. — Celte circonstance ajouta un caractère de tendresse à mon estime pour elle. — Je devinai, mais ne lui demandai passa vie privée, et elle ne m’en dit pas un mot. — Elle consentait 'a souffrir, mais non à se plaindre.