ÉLÉGIE VIII
Ainsi, vainqueur de Troie et des vents et des flots. D’un navire emprunté pressant les matelots, ^
Le fils du vieux Laërte arrive en sa patrie ,
Baise, en pleurant, le sol de son île chérie.
Il reconnaît le port, couronné de rochers.
Où le vieillard des mers accueille les nochers.
Et que l’olive épaisse entoure de son omhre.
Il retrouve la source et l’antre humide et sombre Où l’abeille murmure ; où , pour charmer les yeux , Teints de pourpre et d’azur, des tissus précieux Se forment sous les mains des Naïades sacrées ;
Et dans ses premiers vœux ces Nymphes adorées ( Qi*® ses yeux n’osaient plus espérer de revoir i De vivre, de régner lui permettent l’espoir.
O des fleuves français brillante Souveraine,
Salut! Ma longue course à tes bords me ramène; Moi , que ta nymphe pure en son lit de roseaux Fit errer tant de fois au doux bruit de ses eaux; Moi, qui la vis couler plus lente et plus facile , Quand ma bouche animait la flûte de Sicile; » Moi, quand l’Amour trahi me fit verser des pleurs.
ELEGIES
Qui l’entendis gémir et pleurer mes douleurs.
Tout mon cortège antique , aux chansons langoureuses , Revoie comme moi vers tes rives heureuses.
Promptes dans tous mes pas à me suivre en tous lieux. Le rire sur la houche et les pleurs dans les yeux, Partout autour de moi mes jeunes élégies Promenaient les éclats de leurs folles orgies;
Et , les cheveux épars , se tenant par la main ,
De leur danse élégante égayaient mon chemin.
Il est hien doux d’avoir, dans sa vie innocente,
Une Muse naïve et de haines exempte,
Dont l’honnête candeur ne garde aucun secret;
 laquelle, au hasard, sans crainte, sans apprêt.
Sûr de ne point rougir en voyant la lumière,
On puisse dévoiler son âme tout entière.
C’est ainsi, promené sur tout cet univers.
Que mon cœur vagabond laisse tomber des vers.
De ses pensers errans vive et rapide image.
Chaque chanson nouvelle a son nouveau langage.
Et des rêves nouveaux, un nouveau sentiment.
Tous sont divers; et tous furent vrais un moment.
Mais que les premiers pas ont d’alarmes craintives! Nymphe de Seine, on dit que Paris sur tes rives Fait asseoir vingt conseils de critiques nombreux. Du Pinde partagé despotes soupçonneux :
Affaiblis de leurs yeux la vigilance amère;
Di ■■
ÉLÉGIES. 1D7
Dis-leur que, sans s’armer d’un front dur et sévère, Ils peuvent négliger les pas et les douceurs D’une Muse timide, et qui parmi ses sœurs,
Rivale de personne, et sans demander grâce.
Vient, le regard baissé, solliciter sa place;
Dont la main est sans tache, et n’a connu jamais Le fiel dont la satire envenime ses traits.
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ÉLÉGIES