‹ OEuvres posthumes de Madame la Baronne de Staël-Holstein. Précédées d'une notice sur son caractère et ses écritsChapitre 218 sur 312 · ELISÉE, GUEHAZI, LA SOEUR, LA SUNAMITE, SE:\IIDA · texte numérisé non relu

ELISÉE, GUEHAZI, LA SOEUR, LA SUNAMITE, SE:\IIDA

GUEHAZI.

Mon maître , tu viens ici ; quel espoir remplit mon âme !

LA SŒUR

Ah ! que n'as-tu plus tôt visité cette maison ! l'ange de la mort n'en aurait pas franchi le seuil.

ELISÉE

Le cœur de la Sunamite est subjugué ; il m'est permis de rentrer dans sa demeure.

LA SŒUR

Hélas ! tu la vois ; elle n'entend rien , elle n'aperçoit rien autour d'elle , et bientôt elle va mourir avec son enfant.

ELISÉE

Le ciel avait repoussé ses cris rebelles ; il regarde maintenant en pitié ses larmes silencieuses.

— O mon Dieu ! tu m'ordonnes de contempler la mort face à face. Sœur de la veuve , lève ce voile. Ciel ! (// se couvre le visage.) Pardonne, 6 Tout- Puissant, si la nature frémit en moi : ton serviteur devrait voir sans trembler la victoire du sépulcre : m'est-il permis de la lui ravir ? Cette enfant qui n'a point encore connu les délices de la vie, faut-il qu'il les ignore ? Cette enfant qui t'a chéri , Dieu d'Israël , dès ses plus jeunes années , la mort serat-elle son partage ? La mort , tu Tas nommée toimême le roi des épouvantements ; souffre donc qu'un âge plus fort lutte seul avec elle. Que l'homme présomptueux soit trompé dans ses espérances, que les orgueilleux succombent, que l'esprit jaloux soit humilié. Mais n'as-tu pas dit , ô Éternel ! que les enfants et les faibles étaient ton troupeau chéri ?

— Jette les yeux sur celle dont le cœur est brisé, et qui tremble à ta parole : sans doute elle fut coupable; mais, dans ta balance suprême, pèse sa faute avec son malheur, et peut-être tu la trouve-

LE CAPITAIÎVE KERNADEC.

ras légère. Redonne , ô Tout-Puissaut ! redonne encore une fois cette enfant à sa mère. Dis à la mort de retourner sur ses pas : un jour tu lui rendras sa proie ; mais du moins alors la mère ne vivra plus. Accorde encore à Semida quelques-unes de ces années que l'homme implore avec tant d'ardeur , et dont l'éternité se joue. O mon Dieu ! le terme de ma vie approche; mes lèvres déjà glacées s'ouvrent avec peine; et cependant, si tu le veux, ma faible main va rendre la chaleur à cette enfant [ilétendles mains sur la tête de Semida) ; mes regards obscurcis rappelleront la lumière dans ses yeux, et le soleil, que la nuit couvre encore , à ma débile voix versera sur Semida les plus purs de ses rayons. ( Clarté soudaine.)

LA SOEUB.

o ciel ! quelle clarté ! Ma sœur , regarde ce jour inattendu.

LA SUNAMITE , toujouTS prosteviiée au pied du lit de safdle.

Que parles-tu de jour.^ ne fait-il pas nuit dans la tombe?

ELISÉE

Concerts des anges, accompagnez le retour d'un enfant à la vie.

{Une harmotne aérienne se fait entendre ; Semida se relève sur son lit.)

LA SUi\AMITE.

Dieu ! Dieu ! Elisée ! 0 reconnaissance ! ô bonheur !

SEMIDA.

I\Ia mère, que m'est-il arrivé? Suis-je encore au milieu de la fête ? .Mais non, voilà nos anciens amis ; ils n'y étaient pas, je m'en souviens. Ah! que j'aime à les revoir ! Elisée , reste toujours ici ; nous sommes si bien avec toi !

LA SUNAMITE

Mon enfant , de grâce ne cesse pas de parler ! to voix me fait du bien. Ah ! j'ai tant souffert, pendant que je ne l'entendais plus !

SEJIIDA.

Que s'est-il donc passé ? Il me semble aussi que pendant longtemps , ma mère , je n'ai pu te dire que

je t'aimais.

LA SUNAMITE

Mon enfant, tu dois la vie à la main bienfaisante que le saint prophète, au nom de l'Éternel , a daigné reposer sur toi.

SEMIDA , se mettant à genoux.

Elisée, tu m'as rendue à ma mère; c'est pour elle que je te remercie ; car j'étais si calme et si bien, que Dieu sans doute m'avait déjà prise sous ses oiles.

ELISEE.

Enfant aimé de l'Éternel , ta mère a été bénie à cause de toi. Faible plante, déjà battue par l'orage, cherche ton appui près de ton Dieu. — Sunamite, rends à l'autel ce que l'autel réclame.

Ah ! tu n'en doutes pas.

ELISÉE

IMaintenant il faut que j'aille dans d'autres contrées, annoncer la parole du Très-Haut, et mes cendres doivent reposer loin d'ici. Semida, quand on viendra te dire que le vieillard n'est plus , souviens toi qu'il t'a chérie dans ton enfance, et va quelquefois encore prier Dieu près de la retraite solitaire que j'ai habitée.

SEMIDA.

O mon père !

LA SUNAMITE

0 mon bienfaiteur !

SEMIDA.

Guehazi, adieu.

LA SUNAMITE

Guehazi, je n'oublierai point ta pitié.

LA SŒUE.

Revenez au milieu de nous.

GUEHAZI.

Conservez à jamais l'alliance de l'Éternel.

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