‹ OEuvres posthumes de Madame la Baronne de Staël-Holstein. Précédées d'une notice sur son caractère et ses écritsChapitre 262 sur 312 · LE MANNEQUIN, ACTE II, SCENE II · texte numérisé non relu

LE MANNEQUIN, ACTE II, SCENE II

M. DE LA MORLIÈBE,

Quoi! M. d'Erville prendra le mannequin d'un peintre pour ma nièce ?

SOPHIE

Je le placerai derrière ce rideau , oii je dessine quand Frédéric m'aide à copier votre buste.

M. DE LA MOBLIÈRE.

Comment? là! Voyons. — Et qui donc est là? (// salue et Sophie aussi.) Par quel hasard as-tu donc des visites chez toi à présent? On a peut-être entendu ce que je te disais.

SOPHIE

Non , mon père , je vous l'assure.

M. DE LA MOBLIÈRE.

Cette dame a l'air mécontente de ce que tu l'as fait attendre.

SOPHIE

]Mon père, cette dame est très-pacifique, et nous nous raccommoderons bientôt.

Madame, auriez-vous quelque chose à dire à ma nile?... Et que diable! elle ne répond pas! — Va donc lui parler. — Tu ris ! mais y penses-tu donc? à qui en as-tu?...

SOPHIE

Eh bien, mon père, vous voyez que M. d'Erville pourra bien s'y tromper.

M. DE LA MOBLIÈRE

Comment ! c'est le mannequin !

SOPHIE

Oui , mon père.

M. DE LA MOBLIÈRE.

Oh ! par exemple, c'est inconcevable. Mais enfin, quand ma prétendue nièce ne parlera pas ?

SOPHIE

M. d'Erville prendra son silence pour de l'admiration.

M, DE LA MORLIÈBE.

Mais quand il voudra savoir s'il en est aimé?

SOPHIE

Il fera la demande et la réponse.

M. DE LA MOBLIÈRE.

Enfin, s'il lui prend la main, ne sentira-t-il pas qu'elle est de carton ?

Oh ! c'est une autre affaire ; mais la réserve de ma cousine retardera ce moment ; et comme je serai toujours présente à l'entretien , j'espère mener la chose de manière que votre parole vous sera rendue , et que je pourrai disposer de mon cœur.

M. DE LA MOBLIÈRE.

Allons, si mon gendre futur est dupe à ce point.

il faut convenir que ce n'est pas un Français ; car un Français est le plus pénétrant des hommes.

SOPHIE

En conscience, mon père, voudriez-vous donner votre fille à un homme qui lui préférerait un mannequin?

M. DE LA MORLIÈBE.

]Xon, assurément. Et tu crois qu'il est à ce point insensible au charme de ta conversation? Cependant madame de Sévigné , madame de la Fayette étaient des personnes, à ce que m'a dit mon grandpère....

SOPHIE

M. d'Erville voudrait réduire les femmes au rôle le plus nul.

M. DE LA MORLIÈRE

C'est bien sévère pour un homme si léger.

SOPHIE

La vanité est , à certains égards , bien plus sévère que la vertu.

Allons , je ne m'en mêle plus. S'il vient me demander ma nièce en mariage, alors tout est dit, et tu épouseras ton peintre; sinon, tu signeras ce soir ton contrat avec M. d'Erville.

SOPHIE

Ce soir!

M. DE LA MOBLIÈBE.

Adieu.

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