‹ OEuvres posthumes de Madame la Baronne de Staël-Holstein. Précédées d'une notice sur son caractère et ses écritsChapitre 284 sur 312 · SCENE VIL · texte numérisé non relu

SCENE VIL

LES PRÉCÉDENTS , ALCÉE , conduisant le chœur des prêtresses.

ALCÉE

Sapho , vous êtes appelée à concourir pour le prix qu'Apollon veut décerner aujourd'hui à celle de ses prétresses qui honorera le plus son culte par ses chants. Faites -nous entendre ces accords qui ont ravi les contrées de la Grèce où le ciel est le plus pur et le plus serein. Sur les rives sauvages de l'Épire , nous serons capables encore d'admirer votre génie, et d'être émus par vos accents.

Ah ! Diotime; ah ! Cléone, son image est devant

mes yeux; comment l'écarter de ma pensée?Pourront-ils voir un autre objet que lui? Ma bouche pourra-t-elle prononcer un autre nom?

DIOTIME

Courage , Sapho , courage ; songe que la renommée de ce jour retentira dans les siècles à venir; et que ta gloire doit survivre à ton amour, comme l'âme survit à sa dépouille mortelle.

SAPHO improvise en s' accompagnant de la lyre.

« Apollon, que veux-tu de moi? quel hymne des « mortels peut ajouter à ta splendeur? Tes rayons « sont ta couronne , et le ciel est le parvis de ton « temple. La terre n'existe que par toi : cette vaste «mer, qui te dispute ton empire, se glacerait « comme la mort si tu ne la visitais pas de ta clia- « leur. La parure des fleurs , la richesse des moisci sons, la vie même de Thomme est ton ouvrage, « et chaque étincelle vient de ton foyer immense.

« Le génie aussi , le génie , ô mon divin maître ! « vient de toi ; ces contrées fortunées que tu pré- « fères sont seules décorées par les arts et la poé- « sie. Cette Grèce sur laquelle ton char s'arrête >' avec complaisance , c'est la lyre d'Amphion qui « a peuplé ses villes; ce sont les chants d'Orphée « qui ont rassemblé les hommes épars sur la terre.

« Ah ! puissance de la musique , combien vous «êtes merveilleuse! Faut-il marcher à la guerre, « vous remplissez le cœur d'une noble fureur ; et « les dangers et la mort, loin d'effrayer l'âme trem- « blante , satisfont les intrépides désirs qu'un « rhythme généreux fait naître. IMais au milieu de «ces passions véhémentes , quand des airs plus « doux se font entendre, d'où vient cette langueur « qui s'empare des sens , ce voile léger et nuageux « qui couvre les objets à nos regards , cette inquié- « tude de la vie qui s'apaise , et ce sentiment de « la beauté qui nous remplit d'admiration pour la « nature?

« De quel enchantement la créature, semblable « aux dieux, ne peut-elle pas jouir sur la terre? « Apollon, tu es le dieu du bonheur, et neuf sœurs, " sur les marches de ton trône, se sont partagé les « merveilles du monde. Oui, j'ai senti le charme « de l'harmonie ; oui , l'art de peindre a frappé mes « regards ; la danse légère a comme attiré mon âme « sur ses traces fugitives ; mais mon culte le plus « fidèle, ô divine poésie ! c'est toi qui l'as obtenu.

« Apollon , n'es-tu pas jaloux d'Homère ? et n'as- « tu pas quelquefois regretté d'avoir versé sur un « mortel des dons qui l'égalaient aux dieux ? Les « guerriers qu'il a chantés ont puisé dans son pocme « plus de gloire que dans la coupe même de la vie; " leurs ombres errantes répètent ses chants dans

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