SUR LA VIE DE RULHIERE. XXIX
aux noms russes qui finissent par un n , mettant un / et un n dans la pénultième syllabe des noms polonais où il faut un jr; employant un u françab à la place du double ^ des nations du nord , lequel , après Vou , fait sentir un peu de t; , et même quelquefois uny léger. On peut , quand on le sait , prononcer les noms exactement, ou à-peu-prèi comme ils se prononcent dans la langue de > ceux qui les portent ; mais il est indbpensable de les écrire comme on les écrit dans la même langue , et cela entre dans la multitude des devoirs de Thistoriad. « Il y avait près de dix-sept ans que Rulhière préparait dans le silence du cabinet les éléments d'une réputation qui ne devait commencer pour lui que dix-sept ans après sa mort , quand il remplaça en 1 787 Tabbé de Boismont à Facadémie française; il avait alors cinquante-deux ans , et n'avait encore bit imprimer que son Épltre sur les disputes. Son discours de réception fut remarqué , et méritait de Tètre. L'orateur ne se borne pas à faire l'éloge de son prédécesseur , dont pourtant il parle convenablement , prenant dans sa vie et dans ses écrits tout le bien qu'on en peut dire ; il distribue ensuite avec grâce huit à dix compliments personnels à autant d'académiciens; il loue Malesherbes, ministre vertueux d'un vertueux monarque , qui s'élèvera plus tard par son courage jusqu'aux royales infortunes de son maître , ajoutant dans ces jours de deuil et de mort , au crime d'avoir été son mimsire , le crime plus glorieux encore d'être son
XXX HOTÎinB HISTOBIQtJË
ami à ses derniers insf afits , prodigue d^Yie vie qtii ne pourra conserver celîe de son roi , et laissatit à sfâ tr«jrt«s le soin de le désigner ^i\ fer des îiùnrrèaux ; Barlty , précipité des régions de l^astronômte dans les tempêtes politiques , et donnant à ses eôntei^> porains qui n'osent Fadmirer, Tetemple dMn^ mort sans faste comme sans crainte ; Choisenl- GroufBer , qui trouvera loin de sa patrie d'autres malheurs; Delille, dont la muse efflrayéedès me^ naces de IWage , redira à la terre étrangère 1^ pferintesderexH; Laharpe, attendant la mortdanslà nuit d*ûn obscur cachot, et qui ne devra de survivre ani assassins qn^aux excès même de leurs àssassitiat^i Saint-Lambert , qui ne parviendra à se soustraire aux recherches de la persécution qu'en demandant un asile à Thumble chaume du pasteur. Rnlhière fait ensuite des remarques sur Torigine de racadëmie , des observations philosophiques sttr les révolutions de notre littérature depuis le initîeu du dix-septième siècle , parle de ses travaux , et rattachant ave«: une flexibilité remarquable ces divers sujets au fond de son discours ^ il conduit insensiblement son auditoire à entendre sans satiété Télogé du cardinal de Richefien , auquel il ajoute eelut de Louis XVÎ , <^ans omettre celui du Dauphin, son père, et qui est lui-même suivi d'une espèce d'adresse aux notables; maî« tout cela est amené avec tant d'art , exprimé si heureusement , datfS dés termes si choisis , et ces différents sujets semblent naître si narurellement 1 es uns des autres , que nulle part oii n'est arrêté
SUR LA VIE im RmaiàRE. xxxt
par IWtlfice mat déguisé des transitioM , tmt est grâdde Thabiletë de Toratear.
De bonne heure aceueilti par les pliilosophes et les hommes poissants qcii pensaient eomme eux , Rulhière conciliait sans peine , dans ses écrits , les deirofrs d'homme de lettres avec ses obligations envers le gouvernement. 11 entendit sans crainte, eomme sans espoir , gronder tes premières tempêtes de la révolution ; partisan des réformes partielles ^ devenaes indispensables , il condamnait tes hommes qui, au Keu de ces légères réparations, voulaient renverser de fond en cumtdte Tédifice social; il n'épousait , du reste, les opinions de pers(mne; sa vieille amitié pour M. de Breteuil n'affihiblissait point cdie qu'il avait pour M. Neeker.
Homme du monde autant qu'homme de lettres , il fréquentait fort assidâment plusieurs socîétés^, vivait daas l'ÎÉlimité du maréchal de Rîehetien , qui Ini racoolatt les anecdotes que Rothière a revé^ lots dea grâces piquantes de son style, dans la so-^ ei^é de la comtesse d%gmont, qni Un inspirait tant de îolis vers , dsn^ eetle de M. de Montesquiou , qui entreftiaiait avec lui un commerce si aintable de lallras; Mahly tronvait dms son ami^édes conseîb utiles, ein'amil* rien.doeaché pour lui; Rousseau Iwmteie ori^ pina d'une- fois sa misanthropie pom* se rappeler «pi^^H avait en Rulbtèreim ami indulgent pouc les errepr» de son imagination. Rulhière , en dfct, savait mieux que personnesurprendre le secret de son ceeur en désarmant sa méiSaftce.