CXXXII DISCUSSION
dans lesquels M. de Rayneval est entre sur les troubles de la Pologne. Car il suit de ces dëtaib que Télection de Poniato>vski n^a point été libre; que Rnlhière lui-même n^a point assez caractérisé la domination tyrannique exercée par la Russie sur les Polonais ; et qu'enfin le système de là cour de France , si librement défendu par Rnlhière , était , comme Ta dit le jury , la meilleure cause.
Maintenant voici les reproches qui sont adressés à Tonvrage considéré dans son ensemble :
Il n'est point authentique :
Achevé en 179 1 , il n'est point admissible au concours.
Le sujet en est trop récent.
La matière en est trop circonscrite.
Le plan sur-tout. en est trop défectueux.
U n'est point authentique , et cependant il. en existe deux manuscrits entre les mains de M. de Rayneval , deux autres au ministère des relations extérieures , nn cinquième aux archives de l'empire; et ce dernier , corrigé de la main de Tantenr.; est accompagné d'un très-grand nombre d'esquisses , d'extraits , de notes et de matériaux. Un de ces manuscrits a été mis sous vos yeux , Messieurs ; vos commissaires l'ont comparé à ceux que M. de Rayneval possède , et vous avez reconnu vous-mêmes que cette histoire est de Rulhîère.
Ce n'est , vous dît-on , qu'un long fragment qui n'a ni commencement ni .fin. Très-long fragment
DISCUSSION. €XXXIU
ifiins douté, t»Qisqii^il consiste en plus de i4oo pages, sans aucune interruption , sans la moindre lacune. Cent quatre-vingts autres pages s'y trouvent jointes, et en sont dbtinguées par des notes où le lecteur est averti qu'entre ces dernières pages il y en a 5o dont il n'existait qu'une copie informe, 60 dont l'authenticitë n'est point douteuse , parce que l'auteur en a , de sa main , corrigé le manuscrit , et 70 enfin qui ne sont que des suppléments ou précis dont Rulhière n'est pas le rédacteur.
Il est donc trop vrai que l'ouvrage n'est point fini : mais il a si bien un commencement , qu'on a reproché à l'auteur de commencer de trop loin. Je répondrai dans quelques instants à cette critique , lorsque je parlerai du plan suivi par l'historien. Ici je n'ai plus rien à dire sur l'authenticité de l'ouvragé , sinon que jamais la municipalité de Paris né s'(9t emparée des papiers de Rulhière. Â la mort de cet écrivain , le 3o janvier 1791 , des pièces qui lui avaient été confiées , et certaines parties du manuscrit de V Histoire de Pologne , ont été redemandées , au nom du roi , par le ministre des affaires étrangères : circonstance qui ne doit être comptée que parmi celles qui concourent à montrer combien son livre est authentique.
Mais on prétend qu'un auteur qui a cessé d'écrire et de vivre en 1791 9 n'est point admissible à un concours qui n'est ouvert que de 1798 à 1808. La réponse à cette objection est dans le décret de Sa Majesté. Yoûs savez , Messieurs , qu'il s'agit de
CICXXIV PXSCUSSIOH.
Tépoque ou 1(^ 4>i|vr9g^ oat ^té ^ nop oompo$é$ ,
On dein^ode si 1^ $u)at d€ cett^ hi^Ume p'e^t pa» frop récent : il Yest moim que ç^lui de$ Mémçire^ de M. de SéguF , qui ont été admi» au coi^ieour» ; H qqe ni la loi ni l^ bon goût ne pairni^tt^ent d -en e:^çlurQ«
Il est de la nature de tontes 1^ grande agitations poUtiqn^ d'in^ir^r à ci^x qui en sont les témoins des affections diy^r^e^ , tonjour^ très-Yive» dam les honime^ distingués par leurs talents ou par leur caractère. Au milieu de ces orages f la ¥^ité n'a {«re^que jamais ass^z d'éclat pour frapper tons ks eq^tf justes , pour 35 . dévoila à tous l«i «œnni droits; et i| arriva touiours qn^ le$î hoinmes les plu^ éclairés et \^ plos équitables se divisent entre deui causer , qui fort son vent w^swt complètement bomiQs pi Fune ni Vautra^ I^ troubles de la Po^logn^ n'ont pu manquer de produira w% effet , même en France ; et tamdis que Rnlbi^ s'attachait au système du cabinet de YersaîUes , d'antres bçrnm^^ d'un mérite émînent étaient eotii^nés daufle parti contraire. Telle e^ la source des réclamatiops bonorablf s qui s'élèvent aujourd'hui contre
ce livre , et qui uu JQur eontribueront avec lai à
£[>rmer une opinion plus impsurtiaUt Aniourd'hui nous ne pouvons exiger d'un contemporain ée ces revotions d'^Utrd imprtialité que celle qui con*siste dansl'ç^caçtitude matérielle des récits. S'il a observé leséyénçments d'asiez près pour les bien savoir,
DISCUSSION. cxxxv
«t s'ils r^U Assez ^â pour qu'il soît capable' <Jte 1^ peindre 1, Ils lui ^at in&illibletiieot suggéré desopikiiens , ilupriin^f desditectious iâoc^x^patibles avec une parfaite la^utralîtë. C'est ainsi que toutes liBS histoire cdntemporaities sont plus ou moins paNiàllas ^ quoique nécessaires à l'instruction de la poMëritéi et dignes mêilié de ses bommagesi quand eUes sotot à-là-fois des relations véridiqUes et des chefs-d'œuvre de l'art d'étrire^
Un autre défaut du su)et de Rulhière, c'est ^ dil^ on , de ne point embrasser un assez long espace de tîHilps. Lès noms de Thucydide , de César et de SallUste pourraient servir de réponse à cette critique. Gei^tains lecteurs trouvent plus de charme dans une histoire dont la matière est cifcoâscrite^ parce que les dbîets et les perscmnages s'y dévtlopp^Ett d'une manière pliis sensible. Quel que soîtle vaste intérêt d'une histoire qui comprend plusieurs siècles y elle présente souvent des lointains i}Ue l'art de l'historien tôit 46lairer et embellir^ mais ifù pourtant sui^posent daila le» kcteurs des yeux, exercés» On voudrait aussi pln^ d'unité dans quelques-uns de ces gràûds corps d'hi^oire i et M* Sismondi remarque lui^inêmô ce détovantagd de k matière qu'il Irâite , « le défont majeur ^^ notre sujet» dit*-il , le tè manque d'iinif é ( i )4 »
Puisque î'ai noutnâé M^ Sismtmdi, }e. saisirai cette occasion de rendre un nouvel hommage à V Histoire des Républiques italienne^ , tiistoire èbnt
(i) TomelU, pag. a56> éditjAsP