‹ Œuvres posthumes de RulhièreChapitre 50 sur 70 · CXXXVI DISCUSSION · texte numérisé non relu

CXXXVI DISCUSSION

le fonds me partit, à tous égalrds, excellent. Mais si j'en juge ainsi, c'est parce que je sais persuadé qu'on doit' laisser à l'historien véridiqne dans ses récits une grande liberté d'opinions; car il ne fandrait pas croire que les jugements de M. Sismondi sur les personnes et sur les choses , fussent à l'abri de toule contradiction plausible ( i ).Par exemple, d'antres que lui se contenteraient de plaindre Âmauld de Brescia comme ime victime : il l'appelle un grand homme. On pourrait se borner à dire que les Templiers ont été condamnés injustement : il dit en propres termes qu'ils étaient f honneur delà chrétîenié{2):l\ est permis de ne pas tout admirer dans le règne magnifique d'AvgusIe : il déclare que ce règne a été l'époque fafale de l'ai^ilissemeni de' l'espèce hu*riaine{3). Qui empêcherait de trouver aussi quelque partialité ou quelque exagération dans ces pensées? Mais je reviens à l'ouvrage de Rulhière dont je n'ai plus à considérer que le plan.

Les deux premiers livres où sont recueillis tes principaux résultats de Fancienne histoire des Polonais ei des Rosses, ont été critiqués comme inutiles. On oppose à Fauteur l'exemple, de Salluste, qui , pour écrire la Conjuration de Catilina , ne remonte pas , dit-èn , à Romulus; l'exemple de Voltaire qui , dans le Siècle de Louis XIV^ ne débute point par un tableau des origines dé la monarchie

(i) Tome ÎI , page 43.

(a) Tome IV, page 271. *

(3)TomeI, latrod.:, pUgfl yni.

DISCUSSION. cxxxvn

française. Il est pourtant vrai qae , dans V Histoire de la conjuration de Catilina^ on compterait, sur moins de cent pages, plus de dix pages de préliminaires, et queSalIuste y remonte, non-seulement à Romuhis , mais à Énëe et au mélange des Troy ens avec les Aborigènes. Il est à remarquer aussi que beaucoup de faits, bien antérieurs au règne de Louisle-Grand , sont ra][>pe]és dans les deux premiers chapitres de Touvrage de Voltaire; que d'ailleurs cet écrivain composait presque en même temps son Essai sur les mœurs des Nations , et y conduisait l'histoire jusqu'à Vépoque même où il la reprend au trcâsième chapitre du Siècle de Louis XI f^; ce qui le dispensait de placer à la.téte de ce siècle une introduction fort étendue. L'introduction de Rn* Ihièré a pour but d'exposer les causes des événements qu'il va raconter , et de rassembler méthodique^ ment des notions nécessaires qui auraient interrompu le fil de ses récits, s'il les eût éparses dans les diverses parties de cette histoire.

Je ne saurais non plus mettre au rang des horsd'œuvre , ni même des épisodes, les morceaux qui concernent les cours de Versailles, de Vienne et de Berlin. Les relations de ces cours avec la Pologne , leur influence sur les affaires dé cette république , entraînent l'auteur et le lecteur dans ces intéressants détails qui s'arrêtent bien avant le terme où ils deviendraient étrangers à la matière de l'ouvrage. Le portrait du prince de.Kaunitz, c'est-àdire de l'on des arbitres du sort des Polonais , n'est

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ici ni une digression ni ufie earécaiure ; il y a si peu de surcharge et si peu de malveillaoce, que Fanteiir au contraire nous fait démâ^ à chdqae instant le mérite cael^ sous un amas de ridicules. Mais f avouerai que , ^ans les livres x et xi , et dans une partie du suivant , la guerre entre la Russie et les Turcs me paraît usurper ti^op d'espace. Ce défaut est d'autant plus réel , que Textréme beauté <fe c^s narrations épisodiques distrait plus fi^temoit ks lecteurs du sujet principal qui doit lès occuper. Voilà y si je ne me trompe , la plus forte critique qu^ait à redouter ^e plan de Touvrage ; et les membres du jury se sont abstenus de faire ce ref^ocbe à Fauteur , sans doute à cause du rare talent avec lequel il Va mérité.

Excepté donc une exposition tout^à-f^aat nécesrsaire, un tableau de plusieurs cours européennes, qui tient étroitement au sujet , et une agression qui sembl^ait bien inutile et bien longue ^ si elle était un peu moins belle , le plan dé l'ouvrage est essentiellemoat celui que M. de Rayileval a tracé, du ' VBma$ jusqu'aux premiers mots de Tannée 1771, terme m fioiissent les derniers moirceaux écrits par Rulhièrt.:;Seulement cet écrivain de divise point les £iils en trois ou quatre époques , et fignore s'il faut Fèn blâmer. Cette distribution synthétique n'est pas toujours sans incnonvénient i elle tend à établir, sur les caractères et sur les causes des événements f sur les rapports qu'ils ont entre eux 4 un système qui n'est souvent qu'une hy potbèse de l'an-

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