‹ Œuvres posthumes de RulhièreChapitre 55 sur 70 · CXLIV DISCUSSION · texte numérisé non relu

CXLIV DISCUSSION

polonais n^ont jamais varié dans leur hommage à raagoste égalité de la souveraineté indivise qa^ils exerçaient sur leur pays. — Le père de Stanislas- Auguste avait été Tami le plus intime de Tintrépide Charles XII ; et dans les malheurs de ce prince, il en avaijk été, pour ainsi dire, le protecteur : cela est noble. Devenu depuis grand - trésorier de ta couronne de Pologne , revêtu , sur le département des finances, de cette autorité arbitraire et dispensée par le fait de rendre aucun compte, que nous avons reconnu comme un des plus grands malheurs de la république , sa famille , ses enfants demeurèrent pauvres : cela est très-noble. — Si ce que l'on appelle sa naissance , n'eût pas été aa niveau de son caractère , les fiers Czartoryski ne lui auraient pas donné leur fille et leur sœur ; le roi Poniàtowski n'aurait pas été leur neveu. Et si les sentiments de ce dernier eussent été au-dessous des vertus çt des projets de ses deux familles, il n'aurait pas été le neveu de leur prédilection.

On prétend qu'il a été faible. — Il a eu des mœurs faciles ; il a peut-être eu dans sa vie privée àes faiblesses. Il a beaucoup aimé les femmes, et il en a été beaucoup aimé. Heureux Thumme sensible qui a pu réfugier et prolonger Tamour dans le mariage ! Aussi dit>on que Stanislas-Auguste , quand il n'eut plus l'espoir d obtenir une archiduchesse, (épousa secrètement madame Grabowska. Ce ne sont là que des anecdotes, et ce ne sont pas des événements historiques. Si madame de Mainlenon

DISCUSSION. C3a4V

n'eût pas gouverné , sa grande aventure n'entrerait que dans la biographie.

Mais ce qui est historique , c'est qu'en sa qualité de roi^ et de roi d'une république dans l'anarchie^ Stanislas-Auguste n'a été ni un roi faible , ni un homme faible : c'est qu'il a été au contraire leplus opiniâtrement persévérant des rois ^sans pou^. voir et des hommes malheureux ; c'est que, depuis, le premier jusqu'au dernier jour de son i^ègn^» il n'a eu qu'un but ; qu'il ne s'en est pas écarté une. seule fois; qu'il n'a pas cessé de travailler; à l'atteindre ; et que ce but a toujpui^ été. le bon^çur,la gloire , Findépendance de sa nation , le rétablissement de la Pologne au rang des. puissances., la prospérité de son pays

J'établirai ce^ fait d'une manière incontestable.

J'établirai démonstrativement un autre fait d'une plus grande importance. C'est que, pour arriver à relever la Pologne, à lui rendre son. indépendance, à lui donner un gouvernement sage , une constitution qui pût la conduire vers un état heureux. , et pour lutter contre les obstacles qui s'y opposaient ,^ qui eussent effrayé des âmes vu%aires,.le roiPouiatowski et son oncle le prince JVIiçhel. ( auquel on ne. doit pas enlever sa part de la gloire due à de si longs , si pénibles, hélas ! et si infructueux travaux dont la première idée lui appartenait ) ; le roi et son oncle , dis- je , avaient, chobi et saisi Içs seuls moyens qui pussent donner quelque espoir de I. k

CXIi^l DISCUSSION:

stiecès , iet qu'ib avalent été plus éclaires que ne l'était , que ne pouvait Tétrè alors TEurope entiere.

ff en résultera que les partî<^uliers et les puissances qui avec dés înténttoàé-, peut-être également pures , comme on doit foù^ià^ le supposer , mais avec méins de lumières , ont éombattu les efforts dit roi PoniatoiTVisk} ; et, en voulant maintenir ce qÂ'ilsi' appelaient les antUtines lois ^ le gouver- Hiemcttift de Pologne tel qti'il était, c'est>à«dire VaHàrthit , oHè ^endu iùévitdble la destruction ou ié fiâfrtàge de la Pologne , ne défendaient pas la meilleure lèaUse. ...

J'indiquerii^ ce qui a pu et dû peut-être égarer, sur les affaires de Pologne; la politique de la France , et ce qui peut excuser le duc de Choi- ^ul

Dépuis plus d'un siècle, la république de Pologne et' ton gouvernement n'existaient que dé nom. Ik tenaient une jdace sur le globle; maisr cette place était vide; ils n'étaient pas.

L'institution du lihétutn i)elù rendait la forma* ridn et l'exécution dé totit'e loi impossible. Car, dès qr('une bonne loi était proposée, on l'exécution d'ùnfebonne loi réclamée, cette bonne loi choquant tonjouirs Fintérét de quelque mauvais citoyen, pour peu qtie cefui-ci titX. dé puissance , de crédit ou d'argent, il froirsrait toujours, ds^ns la multitude des iiônces, un autre lûauvais citoyen, ou tout simpTe-

DISCIJSSION. CXLVII

ment un enthousiaste , un fanatique, un imprudent qui rompait la diète.

Tout titulaire d^une grande charge était ainsi exenapt de s'assu}etlfir à aucune règle.

En nommant à ces charges, le roi constituait autant de puissances indépendantes- de lui-même et de l'état. Et seul il était privé du pouvoir de faire sa volonté, sur-tout si elle tendait en quoi que ce fut au rétablissement de l'ordre, car alors tous les possesseurs de grandes charges se liguaient contre lui.

Le premier remède à cet abus délirant du mot de Hbertéj si opposé en ce cas à la chose, avait été de sabrer les opposants : ce qui terminait Topposition. *Ils s'arrangèrent alors pour avoir quelques amis qui couvrissent leur retraite. — On venait aux <fiètes et même aux diétines , avec dés sabres bien aiguisés, des pistolefis dans les poches^ des bomtets doublés de fer, des abcfjotues d'acier qu'on rabaissait au moment du tumuke. C'étaient particulièrement ïes Lithuaniens qôî avaient introduit cet usage.

De ces petites guerres cîviies dans les salles ou le» camps d'assemblée, on était verm aux confédérations qui semblaient devoir être plus efficaces, c'est-à-dire à la grande guerre ciçih dans toute Pétendoe du pays.

La diète générale et confédérée ne pouvait empêcher et n'empêchaît point, quelques déserteurs

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