‹ Œuvres posthumes de RulhièreChapitre 58 sur 70 · CLII DISCUSSION · texte numérisé non relu

CLII DISCUSSION

prise pour cela. -^ Que «ont nos livres et nos trdgê<« ]

dies en comparaison de ce que Stanislas-Augustcr {

entreprit? et lés difficalt& que noas avonsà vaincre^ j

en comparaison des obstacles dont il était entouré? ]

Montrons à présent qu'il ne.se trompa point sur les moyens.

Pour devenir nne puis^nce , il fallait avoir une armée. Poisir que cette armée servit Tétat , il fallait qu'elle fôt aux ordres du gouvernement. Pour la former et l'entretenir , il fallait des finances. Pour avoir des finances publiques , il fallait qu'elles ne dépendissent pas de deux particuliers. Pour qu'elles pussent suffire aux besoins d'un état, dont l'armée était à créer ^ «t qoi n'avait dans les arsenaux ni <^anons, tn petites armés, il fallait encore que les finances fussent considérables. Pour les rendre telles et surmonter les répugnances qu'inspire l'impôt , il fallait que la volonté nationale de la diète ne pAt être arrêtée par aucune moindre volonté. Pour que là diète et le gouvernement fussent préservés , autant qu'il serait possible , de tomber dans des erreurs préjudieidbles à de si hauts projets , il iaHait appeler les lumières. Il lé fallait aussi pour rallier une nation composée d'éléments aussi hétérogèilés que des seigneurs et des serfs. Il fallait de l'Instruction pour apprendre aux seigneurs à être bous par calcul ; car le calcul ne trompe pas , et il est nécessaire pour ée]btrer même le meilleur inslinet« Il £aUait. apprendre aux serfs en qUoi les sei-

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giteurs qui fournissaient la terre et les capitaux du travail , leur étaient réellement utiles. Il fallait conduire les uns et les autres à des sentiments de bienveillance réciproque , au respect de leurs droits mutuels, aux conventions bienfaisantes ^ pour arriver un jour aux contrats libres. Il fallait ouvrir la porte à rétablissement de la cxAtare kchamparis et en donner l'exemple ; elle est le seul passage naturel et sans danger de Fétat de sei^fs de la glèbe à celui de métayer, qui amèiie enfin la bonne culture à fermages. Il fallait, en semant la reconnaissance dans les cœurs des paysans , y f^ire gçrmer le patriotisme. On pouvait en tirer parti , même avant qae le développement fut complet ; mais l'ouvrage entier demandait quinze années. On ne peut changer les opinions- et les mceurs de toute une nation ^ qu'en s'emparant de Tesprit des enfans de dix ans , et les menant à vingt-cinq. Le bonheur croissant par degrés aurait fait naître des vertus , aurait accru la masse du travail et celle des capitaux , la richesse^ , la population , la puissance des Polonais. En attendant , et dès. qu'on aurait pu compter sur une larmée bien pourvue et bien disciplinée , rindépendance de la nation aurait pu être assurée par la nation elle-même , et Ton aurait trouvé des alliances pour la garantir : plus tôt , cela était impossible. On n'a point d'alliés tant qvie l'on n'a rien à mettre pour eux dans la balance des intérêts qu'on veut rendre communs, tant qu'on ne peut paskur

CLiv rascussioN.

ofiSrir quelque service à-peu-près égal à celui qu'on leur demande. — Jusqu'à ce qu'on ait atteint ce terme , si nn peuple ou un prince appelle des étrangers contre des étrangers qui l'oppriment, il ne fait que changer de maîtres > ou se donner deux oppresseurs au lieu d'un. C'est ce qu'a toujours prouvé l'expérience, et ce ^ que notre collègue Ameilhou a fait voir e^ parlant des Alains et des Catalans dans son Histoire du Bas-Empire.

C'aurait été d'après des observations de ce genre sur les positions données et sur les moyens d'en sortir ,. qu'un digne historien aurait pu mettre ses lecteurs à portée de juger les principes , le caractère , la conduite d'un roi de Pologne couronné en 1 764. — L'histoire doit plan^ au-dessus du pays et des nations qu'elle veut peindre ; en rechercher , en découvrir les intérêts, les embairas , les ressources; voir ce qu'auraient. à faire ^la raison, la prudence , le zèle éclairé : qu'elle trace ensuite ce que ses personnages ont réellement fait , chacun d'eux se trouve dans le tableau à la place et sur le plan qui lui convient. Sans la vaine affectation des portraits , qu'il est si facile de flatter ou de travestir en caricatures, chacun a l'échelle de sa taille

Ces devoirs d'un roi de Pologne, si difficiles à remplir, Ponii^ovirskî s'en est occupé sans relâche en- prince constamment laborieux , qu'aucun revers, qu'aucun malheur n'a rebuté. Ce n'est qu'ai

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lui ravissatit' le Iràne qu'oa a pa lai faire abandonner la tâche qu'il avait désirée , qu'il avait acceptée Avec le cangqiri la lui imposait.

Dès la diète de son couronnenient , il a mis la main à l'œuvre , en feisant établir les commissions du trésor , de la guerre et de la justice. Il avait alors l'appui de la Russie , et ùoqs avons vu que « sans appui étranger, rien n'était faisable en Pologne.

On le lui enleva passagèrement. Nous avons vu que-ce même appui passa au prmce Radûwil .et à sa confédération de Lithuame. Nous avons remarqué que M. de Rulhière ne les en blâme point; c'était contre le roi qu'ils agissaient , et en ce cas tout lui paraît bcm.

Le primat Podoski -et les autres fectietpL retardèrent aussi la marche des profets améliorateurs.

L'influence étîcangère changea une seconde fois de parti : elle redevint favorable aux institutions .utiles ; at hs {Confédérations qui s'y opposèrent amenèrent le premier partage.

Nous iivolis "VU dans mon précédent mémoire comment Stanislas-Auguste , qui ne put empêcher «etpttrtuge, en profita :pouf se faire donner, i<> le Conseil permanent , qui devint un moyen de reprendre des relayas eûHiérieurés; 2^ la permission d'administrer les .ministères par des. commissions, par celles du trésor, delà guerre, de la justice et de ^'intérieur ; > la liberté d'inâtituerle conseil de VinstrucUon pubUque.

CLvi rascussiON.

On affaiblif celui-ci clans ses^ màîm , mais on n'osa pas le détruire : Técole des cadets qui ferma Kosciusko j et quelques colhéges prospérèrent : les écoles priitiaires, qui auraient pu sauver la patrie, n'eurent pas lieu. Ce qu'on fit pont FinstructKm fut utile, mab incomparablement moins* que ne l'auraient été les projets que le conseil et le roi avaient r^lu d'exécuter.

Les autres commissions eurcint aussi d'heureux effets: celui sur- tout d'arrêter le désordre. Elles

ne purent pas faire tout le bien que le roi désirait et avait conçu. Je crois que M. lé rapporteur a eu tort de s'en prendre à leur fondateur et à elles , et de m'objecter que, malgré ces institutions auxquelles î'ai dû rendre hommage, la Pologne ne se releva pas entièrement. — Elle avait repris une existence politique; ce n'est point une petite chose. Elle pouvait déployer plus de fofce depuis que, réduite d'un tiers , elle avait acquis ces insti^ tutions , qu'elle n'en possédait lorscpie , sans «être encore entamée, elle ^it privée de gouvernement.

Mais cette force renaissante n'ent pas k temps d'être développée : les' finances si^-tout , quoique n'étant plus arbitrairement dilapidées , étaient de^ raeuréès insuffisantes. — Tout peuple , et encore plus un' peuple qui sort de l'anarchie, répugne à l'impôt dont il sent le poids, et n'en conçoit que faiblement la nécessité, les très-grands avantages. On

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le croit pour la cour, aiême quand il n'est que pour l'état.

Le roi et la diètâ avaient espéré une grande augmentation de revenus piiblics, de Tespèce de per* ception qui semblait le moins sensible aux seigneurs et aux habitants,, parce qu'elle était établie sur la frontière ; de celle èe& douanes de la Yistute qui portait à Dantadek les graÎQS, les bois, le goudron, les chanvres , les cuirs , le suif, la cire , le mid , quelques fourrures de la Pologne , et en rapportait les marchandises ouvrées ^ue consommait le luxe des grands et de la noblesse. Cette douane en effet produisit beaucQjjp , tant, qu'elle dura telle qu'elle avait été décrétée. Mais le roi de Prusse en fut ja^ loux, comme dua moyen de puissance et d mdé* pendance , et aussi comme d'un revenu qu'il voulut s'approprier. Sous le prétexte de l'intérêt du com«* merce, il força la république de diminuer presque à rien le tarif qu'elle avait établi , et il augmenta dans la même proportion celui des nouveaux états prussiens que le commerce polonais avait à traverser. On continua de payer, ce fut pour lui. .

Cependant , plus de régularité dans la collecte des revenus ordinaires;. quelques vacances, au profit du trésor, dans la. concession des stàrosties; plus de surveillance dans l'eniploi de la iJ^pense et dans la comptabilité, avaient fourni de quoi commencer à regarnir les arsenaux. Et la vente de la nue prù* priéié des stàrosties , ordonnée par la niéme dièt«

Ch\ni DISCUSSION.

qui prociama la constiUirion noaveUe, aurait donné une riche ressource, sur laquelle on avait déjà fondé l'espoir d'un empnint considérable qui eût achevé de rendre la force déCensi ve très-imposante.

Les deux armées avaient été extrêmement resfreintes par le premier traité de partage. Le roi , parmi plusieurs autres projets militaires , suivit celui de donner tous les ans des congés de vétérance à un assez grand nombre de sold^tts qu'on retrouverait au besoin , et qu'on remplacerait par des élèves formés- pour cela ; de soite qu'au premier coup de tambour, là bSAyie armée sous les drapeaux , permise par les traités , pourrait être recrutée et plus que doublée.

Et lorsque, pour avoir fait, conjointement avec sa nation, une constitution raisonnable, il se vif forcé de secouer le joog plulâl qu'il ne le jugeait prudent , se croyant néanmoins soutenu par les trente-^six miUe hommes que le traité avec ta Prusse lui avait promis, son armée^ déjà decinçuanie-six miUe sur le papier, était de quarante -cinq mille hommeshxetk effectifs. La république n'en avait pas neuf mille quand il monta sur le trône.

Dans aucun temps il i»'a perda son plan général ^ vue, et il n'a pas écrit uuje lettre, pas eu une conférence politique qui ne s^ rapportât. Nul homme n'a poussé plus loin la patience et la longanimité.

' Quelquefois, dans l'intention de leur épargner

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