SUR LA VIE B£ BULHIERE. XXIII
mîuistre laborieux , .quoique frivole à Texcès ^ rusé sous Fair de l'indiscrétion, sincère dans sa vanité , faux sur tout le reste , adroit et heureux négocia* teur, à qui la malice des courtisans pardonnait quelque mérite en faveur de ses ridicules.
Aux bornes de FËurope ^ d'autres images se présentent : les agitations de Constantinople , Tindécision du divan , Tineptie politique et militaire des grands- visks; les qualités inutiles du sultan Mustapha , trop bien inteationné pour ne pas sentir, mais trop ignorant pour guérir les maux 4'une monarchie théocratique , ou rignorance est un point de religiop. Non loin de là, un descendant de Gefigiskan, Crim Gueray, qui, du sein de sa disgrâce, avait éclaû'é le sultan sur les projets de la Russie , apparaissant tout-à^coup , à la tête de ses Tartares , est arrêté par une mort soudaine , tant la destinée sert bien Catherine !
An milieu de ces mouvements , la Pologne , envahie par les armées russes, déchirée par les factions intérieures, préfère au )oug étranger les caprices de sa liberté ombrageuse. Qn admire encore cette liberté sur des ruines et $es derniers soutiens qui saeeombent. Un vieillard octogénaire, le grand-^ m^échal de Lithuaqie, beaurirère du roi , mais tout entier à la patrie; un prince de Radzivvily épuisant pour @U& son inunease fortune, bravant la pJersécution \, la misère et la foiite ; des hommes nouveaux^ des parvenus à la glmre ; Pulawski^ ^ ses deux fiky.levaqt des troupes qui sont qudqiie^
XXIV NOTICE filSTOBIQUE
fois victofieases: deux prélats respectables, Krasinski , évêque d e KaminTek , organisant avec son frère une confédération puissante ; et Tévéque de Cracovie , Gaétan Soltik , martyr intrépide , dévoué sans espoir à la cause commune , n'ayant d'autre attente qu'un exil en Sibérie , attente que le gouvernement russe n'a pas trompée ; enfin Mokianouskî, plus brillant qu'eux tous, se trouvant par-tout où l'intérêt public l'appelle; aux diétinès , aux armées , dans la diète J à Versailles , dans le cabinet du duc de Choiseul; à Berlin, dans celui de Frédéric; ardent, jeune, ayant tons les courages comme aussi toutes les passions nobles ; servant l'amour et l'honneur, mais avant tout la liberté de son pays; héros des temps chevaleresques, et républicain des temps antiques^
Ou conçoit aisément que Fauteur comble d'éloges des personnages si dignes du souvenir reconnaissant de l'histoire. S'étonnera*t-on qu'il ne traite pas aussi bien ce Poniatowski , long-temps obscur citoyen d'un état libre , amant favori d'une princesse étrangère , couronné par elle à force ouverte , hii vendant pour le nom de roi la servitude pu* blique et la sienne; et, malgré son infatigable obéissance , ne parvenant à jouer sur le trône t]ue le rôle d'un courtisan disgracié ?
Avide de gloire littéraire plus encore que de fortune, RuHiière voulut écrire une histoire austèretnent véridique ; il a rempli sans molle complaisance les nobles devoirs de l'historien , et soii