‹ Œuvres posthumes de RulhièreChapitre 62 sur 70 · LIVRE PREMIER · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER

Lfcs Russes et les Polonais sont des divisions de ce peuple nonibreux qui, sous le nom commun d'Esclavon ou de Slave, s'est répandu, il y a douze siècles, dans tout l'orient de TEurope , et dont la langue se parle depuis les montagnes de la Macédoine et les bords du golfe Adriatique, jusque dans les îles de la mer Glaciale. Us furent connus pour la première fois , ou du moins ils le furent sous ce nom général, et commencèrent à se faire craindre , dans le temps que les Huns, les Alains, les Vandales et les autres Barbares septentrionaux inondèrent presque toutes les provinces romaines. Une partie des Slaves envahit quelques-unes de ces pro-

vinces. Une autre partie, et ce sont les Russes et les Polonais ^ demeurai dans lés va3tes plaines qu ils occuptnt encore , et qui A^ont jamais été comprises dans les limites de Fempire romain. On ne trouve dans ces contrées aucune ville ancienne : toute espèce de civilisation y paraît nouvelle, et cependant on n'y trouve aucun vestige de l*ègâlî|é plimîtive^ et de ce -qiie nous nommons là vife des premiers âges. L'esclavage de la glèbe y est établi de temps immémorial. 11 semble qu'on n'y reconnaissait parmi les honmies auciii^ amtre distinçtipH ^e celle du maître et de l'esclave : l'un, toujours armé pour la défense du pays, et l'autre forcément attaché à la culture tles terres. C'eçt,, pao^i^i toutes les nationjs qui descendent de ce même peuple, l'originç de la noblesse et de la servitude , et la base comnifuae de toutes les constitutions différentes qua le temps, les é vioements^ ^ la diversité des lieux y ont iaitro4uites.

Les Russes , qpi Tirent fpfnder au xniUeu d'eu|[ la ville de Kiovie par mue colonie ^ue les empereurs grecs envoyèrent sur le Boristkène, et qui, dans leurs anciennes incursions^, infestèrent souvent les^ provinces grecques , et péiiétrèFent jusque sous les mu^s de Constantinople, reçu* rentde cet em^pire l^ur religion, leur écriture, lei^rs vêtemente, leurs bains^ Us sie 42oatturent

de société poUcée /que aou» un maître absolu ; et la succession au trâiie, conservée dans la même ï^fm^ {)^n4aAt {4u^ 4e sept siècles » ne laissa auçup ipterv^)]^ ^ 1^ liberté. £0 recevant des j^ecs dégénéré» wi/e civilisal^pn peu différente de la bfjrbari^, îi^ sq rassemblèrent, il est vrai» ^ 1^ manièm de ceux-rci, Mn^ <k grades yiUes, assea^ pjeiipl^ fl0^r se 4éfeiii^re ps^ lews pro^^ pr^es forces, q^ s^moç coQsiâtittiaa , saoa lois» SsS^ droite de cité^ toi^oiK^ soumiâie^ h des ppri^çes ab^liVA» Toijite^ ces villes réunies sous w^ mèpû^ déijiomin^ion dansle dixième siècle , fçrmaient {4ors un ^tat puiss^anl» dont les relations s'étei^dkent eu ^PQpe^ et q^ sVlia, par des marias» arvec la jBoagrie, FAUeQi^iie et la France. Mpiis elles fiireiit p^rt^gées ,ei)SMite, comme nn Mç^g^? entre les Dqp^biremiK^ desr cendant^ de la maisop Tenante; et, dans cette désunion, ell^ furent aisément siibjugvées ; les> ^ j^es par les Polonais , qui les Û9C9rpQi;èr^iiit à leur rép^iq^e, et e^ adoplèiTe^t Ie^ |i^rinces a^ rang de leurs con<;itayeiis ; les ^^utre^ par les Tajrtares , qui les qnt tenues d^n^ un extréinf abaissement pendant deijis i^^es. J^m^i les Russes ont cessé d^étre au rang des nations , jus/qn^an te^ips où le i^ouverain de Moscou est ^rve^n k se ^eii^n^ independaQt, et à squt jaetbr^ d'^bo^d toutes les vill^ ^voisines ; ce

4 HISTOIRE DE l'anarchie

qui a donné naissance au nouvel empire de Russie.

Cependant, les Polonais, par. leur communication avec les contrées occidentales de TEurope, reçurent la religion romaine , notre écriture et nos arts. Us conservèrent, ou, pour mieux dire , la noblesse polonaise conserva , en s'instruisant chez des peuples amis de la liberté, Tamour naturel de Findépendance. En se formant en corps de nation, ils habitèrent toujours, à la manière des' anciens Germains , dans de faibles bourgades ; et, malgré la grande étendue de leurs provinces , ils ne bâtirent , avec le temps, qu'un très-petit nombre de villes. Dans leurs fréquentes assemblées, que leur dispersion habituelle rendit nécessaires à leur sûreté, ils établirent des lois qui laissèrent à chaque citoyen, c'est-à-dire, à chaque noble, toute son indépendance; et ils se formèrent des coutumes qui n*ont aucune ressemblance avec celles d'au- , cùne autre nation. Tous leurs engagements civils n'ont que trop respecté la liberté naturelle ; et les familles de leurs rois s' étant souvent éteintes , cette couronne est toujours demeurée élective.

Voilà comment sont devenus si différents deux peuples voisins , qui ont une niême ori- ^né, et qui, malgré la diversité de leur pronon-

dation t msJgré celle de leur écriture , Tune grecque et Fautre latine , parlent évidesunent la même langue.

L'amour effréné des ndbles polonais pour la liberté, a introduit pelu-à-^eu les plus ^nguUers désordres dand leur gouvernement. L'opposition d'un seul suffisait autrefois pour balancer , dans clia^e délibéraition, ràutorité de toute la républii|ue^. Depuis plus de cent ans, cette opposition sur une seujiç affaire a suffi pour rcxnpre Içsjissemblées générales de la nation. Un si étrange ^us de Fégalité a produit parmi eux la plus funeste' anarchie.. Les Russes ) au contraire, gouvernés par une seule volonté souveraine^ ont fprraé un vaste empire ; uùe discipline formidable leur a domié une puissance au-dessus de leurs forces réelles ; et ils ont conçu une ambition encore plus. vaste. que leur empire et que leur puissa|ice« Apr^ès? avoir conquis tçijtt le nor4 de FÂsie, et p]^es<|ue tout le nOrd.de l'Europe, enfermésy • poiir ainsi dire .^ dans ua espace immense , par des forêts impénétrables,, des déserts arides , ju|ie méf ipconnue^ une aujl^j^ mer glacée, la Pologne $tini$p^ barrière entre eux et ,1e reste de l'Europe,, était aussi l'unique passage ^p9r. ou leur ^oçiitijati^n pouvaî): encore s'étendre auioin. L^s désordres dje cette république leur ont donné fa^cileiae^t entréç.dàiis

6 HISTOIRE tfÈ È^ANAilGHIE

toutes sti^ affaires ; et \e& efforts éê ce5 deùit peopleSf rmi pcmr impôl^ét* le jèdg, Téftiti^ pënt s'y dérober, sont le plus singulier spectacle qnt lé mondé ait offeti depuis long-teittlt]lè. ï>'un cÀtë^ le despotisme employant tôM ^s àtan-^ tages^i'idtrigue ^ le siforét^ là ciîsdiptiné,4â téti^ nioB de toutes les forces, te eoiiceft de iôtites lés'bpétations; iltalssjâ litiiiSlftlit à M^i&é^e par les vices ^o'il trahie tiécës^^rement Apt^ Ini^ une ambitiaû saiis tdesitfe , u« thSfl^theat éOtt* tinuel de rues et dé ày^ètttés, Mlle èoâAâi^ sance d4is hôiiiitieè^ e%, daiiS leà ei^lkVêi ijfii'il , emploie , nulle atltr^ rêSsouteé Ijûé teii# dévouement aveugle 9 de l'autre ëôté, rîndiâë^Utiè des armé^s^ ou pltit6t llttipos^ibilMé de f6i*mer une afiâée 4 le désordre et le vidé des fîtianee^f les haines dés fainill^s, les itttérétà pèrsdhnéls dans tù«^ lèutb e^^ès^ ùhé itàHè dééuhioti qui fait échoùèt les ^iltrepliSes le^ itnéUk tbticer^ téesy te iHaùqtie aNolu: dé toûs le§ moyens; mais des i^ssout^ËfS ptësquè inépuisables dèiîs^ les îrérius naturelles aii!Ëb6mm6Si ëi^erànàr<cMë mâtue exët^ë V rhti^tl'éur dé la èèlritudè, la:fbrcè<dëS arttl^Si faôtilrë iiidii^trie dû pltls gr^ûid nbkbl^è A^ ek^yé^, tel ésft lé ¥bnd dir tableau que je vaîs^ofifrlÉr ttix lëttétirt. iëi Vo^ Icmàî^ tttttfctèrèiAt ènijyii pbûir défendeur un autre empire qm, dâfis lèàdéiWiers siècles, fut la^

terretir de la chrétienté, mais qui pâir^ aujour-dTiui sur son déclin, les Turcs que nous verrons forcés de prendre part â cette sanglante querelle. Ce nOUrerihcendie s'est étendu au loin; La Grèce a cru recouvrer sa liberté. Les terribles événements occàsionés par cette grande diversion , ne Changent rien cependant au premier état de la guerre , et ne servent qd'à déceler là faiblesse mutuelle dei^ deu^ empires de Coàstantinople et de MosCc^u. Mais, pendant que la Russie, incapable dé consommer soU etitreprîse Côiitre les Polonais, dévastait leur pays qu^elle tentait vainement de subjuguer; peiidant que la Pologne , trop désunie pour achever sa délivrance, était encore bifeti loin de se croire réduite à la soumission , deux autres peuplei^ voisins j dont les forcés ménie séparées eussent encore surpassé celles des Russes, s'^unis^etit avec eulx paer un traité qui jti^ue-là h^avaît point eu d^exemplé. Cénttnillé Combâtlantà efavirpnnent tout-à-coup cette ikïblt république. Us en envahissent de Concert ]eÉ plu^ bèUes provinces; et* ces deux iiôtrv'éàut dppfè^èUW, toujours ennemis nialgté Cette* alKanCéihdméU«> tanée , ménagent la Russie par une suite déi craintes quHIs ^Huspiretlt mutuellement, làissétit son autorité s^appèsânlîr àur les rentes lufoi** tunés de la Pologne.

^agrandissement subit de ces trois états a changé nécessairement presque tous. les rapports ; une révolution s^est opérée dans la poli- .tique générale de FËurope, et par-là ^ce démena>rement d'une république ^ ancienne est devenu une des plus grandes époques de Thistoire de notre continent.

«Mais ce sujet d^histoire , indépendamment de son extrême étendue y .a encore ses difficultés particulières. Comment suivre le fil des jévénements au travers des mouvements orageux d^une anarchie ? Comment peindre , sans confusion» une étonnante miUlitude de personnages, tous égaux par leur naissance ^ par leurs droits ^ par leurs prétentions , et presque tous diversement en action dans ces troubles? Ce qui m^enhardit, c^est que, dans ces abus de la liberté^ presque tous les desseins sont connus, tous les caractères décidés; c'est que l'histoire peut, en quelque sortç, recueillir sur la place publique les plus secrètes pensées de ces infortunés républicains^ En parlant de 1^ cour de Russie , j'éprouverai une .difficulté e^tièrement opposée ; ce ne sont plu^ de grands mouvements populaires à décrire, mais des anecdoctes à dévoiler^ Comment pénétrer dans ces cabinets mystérieux > où, dq sein des yoluptés un despote présidait à la destinée de tant de peuples ; où la politi<|^e et le

plaisir^ cachés sous les mêmes voiles, au liea de regaer ensemble, sont presque toujours détruits rua par Tautre ? Mais ces viles anecdotes, dignes seulement de nous intéresser en ce qu^elles ont influé sur les événements pu-, blics, au milieu d'une cour corrompue, ont toujours été avouées par la licence , ou pénétrées par rintrigue.

De longs voyages entrepris à dessein de connaître par moi-même presque toutes les cours, les souverains et les ministres que j'aurai à peindre 5, mes liaisons personnelles avec les chefs des factions opposées, la communication des -mémoires les plus sûrs , et des innombrables relations envoyées de tous les pays au ministère de France , m'autoriseront à parier avec certitude de la plupart des événements., des intrigues et des caractères.

Avant de commencer le récit de ces troubles , il est indispensable d'en développer les principes. Les événements récents auxquels une partie des Polonais imputent tous les malheurs de leur patrie, en ont été les occasions successives, mais n'en sont point les véritables causes^ Tant de calamités ont des ra^dnes plus profondes, et qui s'étendent, pour ainsi dire, sous les derniers siècles; de sorte que , si la fatalité eût amené d!autresconjonctures, ces tristes ser

10 HISTOIAÊ t)S l'AKARCUlË

menées auraient aus5i irottyé quelque autre ma-^ nière d'^lore. Les projets exécuta de nos jours contre la Pologne, ont été {iroposés il y a plus de cent ans: j^ai retrouvé , dans les archives des affaires ëtratigèrés ^è France , cette anecdote importante, et fusqu'à présent ignorée. Il faut donc expliquer comment cette république, tombée dès ce temps-là dans une dissolution presque totale, et toujours menacée de sa ruine, a subsisté dans cet état jusqu^à nos jours , et même quelquefois avec gloire. Il est également indispensable d^entrer dans quelque détail sur cette constitution anarchique , soit dans le dessein de justifier à quelques égards rattachement singulier du plus grand nombre de ces républicains pdur leurs mauvaises lois, soit parce que nous verrons dans la suite cette constitution même servir de base à tous les changements que les {actions diverses, ou* quelquefois les plus sages citoyens ont faits ott tentés pour réformer leur gouvernement; enfin, par cette méthode , nous éviterons la nécessité de revenir fréquemment ^tir nos pas, pour donner des éclaircissemehts préliminaires, dont la multiplicité jetterait une nouvelle confusion dans le récit de ces désordres.

La Pologne est gouvernée souverainement par plus de cent mille gentilshommes, un roi

ëkclif et liii sériât pétpétwl. Le coneotifa^ de ces ttùk atitDtités fofriie lâ puisé^aiice lëgb^ lative. Cette thultit^idâ de gefttiléhomme» à^b^* semble qtielqtiefolè à thtvhl dàû^ une va^té plaine ; et tms \éi déiix and ilsi liomfnént des dëpUléà, pùvLt ttpté^etitér cette assemblée générale 4e la ûàtién. L^ufiànmiité dé* suffrages y fttt toujours néeessah-ê pour prettdre ufle tésù" lutiùH. lU âiÉeht : ^ qtté lèut république t^i *» utie^ et que leur sô(^iété m petit être rottipi»!. *> Mai* âôiltént ôh a VU, pOUr rétablii" Tilnâtiimiié, maéèMter ]es opposants.

Leuî^ liberté tf â point eu de première épô-» que f ils étaient libres aVànt qu^aùctinè histoire les eût nommés. On trôuté Sur leurs frontières un ancien fossé qui marquiaiit les limites de Tempire jrottlain^ seul monument qui soit resté dé leurs àiMétres; et il était reçu autrefois en Eui'ôpè, the^ toutes les nâtiôus qui n'âVaiént pàs^tiî Subjuguées pâf les Romains, u qu^un » homme libre ue peut être ni taié , ni gou-^ » irerftë qUe de Son aveu, >> Vôîlà sàné doute le principe dé la constitution polonaise.

C'est donc une erreui» de •tohfbndt^e cette constitution ieomme ôri lé fait communément, avec le gouvéîfhément féodal .étâbliv<iâns l'octî-

dent<le FEui^ôpé,: long-temps après la conquête des pirotinees t*oihâines pdi* lés Barbares ; et il

12 HISTOIRE DE l'aKA&CHIE

importe de réfuter cette erreur, pour se former d'abord une idée nette de. cette <:onâtitution singulière , et ensuite pour exposer dans le plus grand jour Fanarchie non moins singulière qu'elle a produite. Il est vrai que la nation polonaise est armée sur ses terres , et fortifiée dans ses ch|îteaux, mais sans aucun droit de suzeraineté sur les terres voisines ; sans aucun assujettissement d'hommages, de services, ou de l'edevances envers qui que ce soit ; sans aucun autre^ devoir qu'envers la patrie. Un gentilhomme polonais, domestique d'un autre gentilhomme , se tiendrait offensé qu'on le crût son vassal: il n'est sujet que de la république: Tous sont égaux et se nomment, frères : un seul est égal à tous. On sait que le gouvernement féodal s'établit autrefois dans une grande partie de l'Europe ^lorsque les ducs, les marquis, les gouverneurs de provinces, et tous les possesseurs de bénéfices militaires parvinrent à assurer leurs titres , leurs emplois et leurs possessions à leurs familles. Les premiers érigèrent leurs gouvernements en principautés héréditaires, liées seulement à l'état par une subordination assez incertaine. Les autres se reconnurent vassaux de ceux-là; et. tous, par leurs engagements mutuels, se garantirent réciproquement cette hérédité. Mais, en Pologne, les duchés sous le nom

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é^palatmats, les commandements de châteaux' et de villes sousle nom de castellanies , les bénëfîces militaires sous le nom de starosties , ou terres des vieillards^ ont continue, depuis un temps immémorial jusqu^à nos jours, d^étre donnés seulement à vie. Les tentatives de quelques gentilshommes, qui se crurent autrefois assez puissants pour assurer leurs dignités à leurs familles, contre les droits du corps entier de la noblesse, ont occasioné dans ce royaume beaucoup de troubles et de guerres; mais cette! ambition fut enfm réprimée ; la mort de tout possesseur d^un, emploi ou d^un bénéfice en a toujours rendu la nomination au roi. Cette seule différence ne permet plus de confondi^e ces deux gouvernements.

Ceu^ mêmes des anciens Polonais qui habitaient sur les frontières d^ Allemagne, et qui parvinrent, à Texemple de leurs voisins, à laisser à leurs familles les domaines dont ils ne devaient avoir que la conservation et Tusufruit^ tels que les ducs de -■ Poméranie et de quelques autres districts, se séparèrent entièrement de la république; et, dans les temps postérieurs; lorsqu'elle a consenti à recevoir sous sa pro-^* tection, à titre de fiefs, les duchés héréditaires de Courlaude et de Prusse , c^est un usage étranger qui s^est introduit chez elle, uniquement

^4 HISTOIRE fm I^'ANJ^ECHIË

dans C€$ deux ç^ pairikulieFs , et wêmi sous l9 icoaditioA eiipr«^€ qv€ ces terres inféodées i|iijittem^at > à Textinctioi^ é^s ^i^j. msmoïkB ducates, cette forme de gCHiveïmeinent^ et ae so wnettraieiit a\uL ioiis ^x^év^hs de k républiquje.

Ce n'est doiKE: pomt 1^ gpar^ripieiiieiit féodal qui subsiste en Pplpgae , mais un gouyemement plus s^nciep , c^^ des Francs , des Celles» des Gol^ y de presque tous fes peuples sortà des forêts du Nord et de la Gernxaaie , celui :qui a précédé 1^ féodalité^ et d'où elle a pns naissance parw nous , et^ cb^^ presque toutes les nati(uis de l'Europe. Quelqv ii$ indiees «ndent mène très^vr^^semblable ^u^ Tuttanimité fut non moins nécessaire cbez ces anciens peu* ples^ qu'elle Ta toujours été pmesSi les Polonais ; ^t y malgré }e$ malbews dont nous entreprenons te récà^y il y A ^^ote quelque plaisir à ^paasîdérer par quel respect des coutumes aiitiques, par queji (senl^inieQl profond et du* rable de Inégalité primitive eurlj^e tous les ciliOyc^ns» s'est maiQtemu, depuis plus de mille ans, ce |(ou¥erii€^e»t des j^i^iers Européens, d^Q^ un pays où se aoiA introdutites successivement u^e rj^ligion plus »mte , ime civilisation plus perfectic^née , des «ciceurs plus polies et plus corrompues, et d«s relations plus éten-

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dues^t plus daBgerea&es arec les natioas voisines.

Autrefois^ le^ aissembléed g^ni^rale^ où cette Huiltitude de gentilshooimes se rend k cheval et vient exercer, diins iin camp, sa puissance législativ^e » Paient aufisi rares qu^elleaFont été de nos jours-; et il faut soi^^iiieiiâement remarquer que les diètes |iar députés n'avaiexit point Hep. Ces diètes , composées en grande partie de sins^tes représentants , chargés des ^pleins* pouvoirs de leurs provinces, et qui rentrent après lem: mission àasm la classe commune des citoyens , n^ont été connues que dans les états modernes ;. et cet usage , étranger au gouverne-^ ment de Pologne , ne «^y est introduit ipie depuis trois siècle^. Avant cette époque, les Polonais avaient rarement des affaires pubU^»es. On trouve fréquemment dans leur y^toise, de ces temps heureux y où Fét^^ en paix avec vtous 9es voisisis, .joujasait ^aknsent dans Fintérieur 4^ im c^me profond. Cette noblesse , pleine de vertus guerrièirea y fut toujours amie de la paix, lies lois qu^elle s^est imposéesine lui permettent point les conquêtes. Elle ne peut ni être assemblée [plus de trois semaisies^ là étce condu^e à plnsids tvois Iknes de la frontière. Us se vantent de a^avoir jamais attaqué aucune nat&oin .: défei^lre leur liberté et ka Ibnites

x6 HISTOIRE DE l' ANARCHIE

de rétat^ voilà Fidëc qu'ils avaient de Thonneur.

Ainsi ^ malgré la loi fondamentale du consentement unanime, il y avait très-peù d'occasions où la nature des affaires, les rendant personnelles à chaque citoyen , exigeât que ce consentement fût formellement donné; et la noblesse, éparse dans ses châteaux, abandonnait sans inquiétude le soin des affaires privées, à un roi librement élu, et sans cesse surveillé par des ministres qu'il ne pouvait destituer ,- et par un isénat composé des évéques^ des palatins et des c^stellans.

Il y a déjà plusieurs siècles qu'ils ont laissé prendre à leurs chefs le nom de roi. Son trône n est point héréditaire. C'est im prix toujours offert à l'ambition et aux vertus, comme chez tous les anciens peuples dont nous avons parlé. Ce fut même, jusqu'à ces derniers temps, laseule place de l'état qui pouvait être donnée à un étrangère Autrefois le commandement des armées et l'administration de la justice faisaient partie de ses devoirs, ou, si l'on veut, de ses prérogatives. Il décidait tous les procès civils et criminels suivant des lois écrites. Il passait sans cesse d'une province à l'autre, pour y rendre des jugements au milieu.de la noblesse; C'était aussi, chez les Germains et les Francs^

une des fonctions royales, avant que les grands possesseurs de fie£s exerçassent dans leurs terres cette administration de la justice. « Par m^ foi y 31 disait Henri de Valois, ces Polonais n^ont » fait de moi qu 'un Juge. » Par un mélange, sin* ^[ulier de justice et de violence, la noblesse exécutait elle-^même les sentences à main armée. Celui qui n^aurait su ni défendre son ch^teau contre un injuste agresseur, ni le reprendre s'a lui était ravi, n'aurait pas su, à ce quUls croyaient, défendre la patrie. Mais la plus éten* due et la plus belle des prérogatives accordées au roi, était de conférer à sa volonté toutes les dignités,. toutes les charges, et ce grand nombre de riches domaines qui doivent ^tre, suî* vaut l'expression polonaise, le .pain des bien méritants. Aucun appointement n^étant assigné aux charges , personne n'étant payé pour servir la république, ces domaines étaient destinés pour être, au choix du roi, le prix des services rendus à la patrie ; il en eut de tout temps la nomination, jamais la propriété. Par-là ce* pendant les emplois «t les récompenses étaient regardés comme des grâces de la cour. Le gé^ nie du roi dominait dans Tétat ; et sans autorité directe dans les affaires , ^es vertus ou ses vices ont toujours influé suï* la destinée de la répu^ blique. D'un autre côté il se trouva toujours, et

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lïlême dans ces derniers temps, des hommes généreux , qui dédaignèrent ces bienfaits de la conr, quand on ne pouvait les obtenir par des moyens honorables; et d'ailleurs, les Polonais, courti$âns assidus jusqu'à ce qu'ils eussent obtenu ces bienfaits, dès qu'ils en étaient en possession , ne se croyaient point engagés par la reconnaissance. C'était les grâces de la cour pour ceux qui y prétendaient ; c'était les biens de la république pour ceux qui en avaient obtenu la j puissance»

Mais ce qui a sur-tout empêché que les rois ne profitassent de cette libre disposition de toutes les grâces, pour se composer un ministère et un sénat qui leur fussent dévoués ; ce qui a opposé à leur ambition une barrière que jamais elle n'a pu franchir, c'est que dans tous les périls de l'état, la constitution a toujours permis de former une. ligue générale, sous les liens d'un serment, et sous l'autorité d'un nouveau chef que la noblesse se choisit. Loin d'avoir adopté cette maxiïûe des monarchies, que la guerre cwik est le plus grand des maux, ils ont donné à leurs soulèvements même une forme légale. D'âge en âge tout Polonais disait à ses enfants : « Brûlez vos maisons , et errez dans » votre pays les armes à la main , plutôt que î) de voug^ soumettre au pouvoir arbitraire. »

Le consentement unanime n^est plus nécessaire dans ces ligues. La pluralité des suffrages s^établit dans toutes leurs assemblées. Elles réunissent en elies seules Fautorité de toutes les magistratures. Les tribunaux cessent, parce que toutes les affaires des particuliers doivent être: suspendues quand la patrie a besoin du secours de tous les citoyens. C^est pour cette république ce qu^était la dictature dans Tancienne Rome ; pareilles encore à la dictature , en ce qu^elles ne subsistent que pour un temps limité. Un Polonais soumis à la pluralité des suffrages croit être somnis au despotisme i et même aussitôt que la confédération se dissout , tous les réglemente qu-elle a faits cessent arec elle. U faut , pour devenir des lois , qu^ils reçoivent alors leur sanction d^une diète unanime, et la république reprend sa forme accoutumée.

Tel est dans sa première simplicité , le plus ancien gouvernement républicain qui soit aujourd'hui sur la terre , et nous y pouvons considérer, comme dans un miroir fidèle, le premier état de presque toutes les nations modernes. Les abus qui ont altéré che^ les Polonais une constitution si simple, ne s Y sont introduits que sous le nom et sous la forme des anciennes coutumes. Mais, avant d^ entrer dans ée nouvel exaipen, commençons par observer que les

ao HISTOIRE DE L^AMARGHIE

vertus et même les vices qui se sont formés dans leurs moeurs par la perpétuité de ce gouvernement , ont également contribué à le maintenir. Non moins inconstants et légers dans toutes leurs autres passions, que fiers, ombrageux, inflexibles sur tout ce qui avait quelque rapport à l'intérêt de leur liberté ; habitués de temps immémorial, par la nécessité du consentement unanime, à sacrifier facilement leurs opinions, leurs ressentiments,. leur reconnaissance, à rompre leurs engagements, à se rétracter sans hointe , on vit toujours parmi eux, aui milieu des fureurs de parti, une facilité de conciliation inconcevable pour tout autre peuple ; les querelles les plus tumultueuses se dissipent en menaces; tout est en armes, et tout s^apaise et se réconcilie. Un seul exemple fera connaître et leur noble fierté, et leur antique désintéressement. Quand les empereurs d^Alles^a^e prétendirent que ces grands noms d'empereur et de césar, attribués à leur puissauce , leur donnaient un droit de souveraineté sur tous les peuples voisins , ils entreprirent d'y soumettre les Polonais. L'armée allemande ayant été vaincue, l'empereur Henri V montrant un coffre rempli d'argent et d'or à l'ambassadeur qui était venu traiter avec lui des conditions de la paix , lui dit : f^oUà açec quoi

je réussirai. Celui - ci portait quelques ornements d^or; il les ôta en silence, et, pour toute réponse, il les jeta dans le coffre que l'empereur tenait ouvert. Les historiens ajoutent que cet empereur, sans s^ôffenser de ce dédain , et sans admirer ce désintéressement, répondit seulement, en refermant le coffre : Je vous remercie. Heureuse cette république si, environnée de voisins qui pensent comme cet empereur , elle eût conservé de nos jours ce noble désintéressement qui eût encore assuré son indé^ pendance !

Deux provinces composèrent long -temps toute la Pologne ; mais par Faccession de presque tous les peuples voisins à un gouvernement qui leur paraissait si heureux et si libre ^ cette république devint , dans l'espace de cent et c[uelques années, un des plus grands états de FEurope. Nous ne rappellerons point ici comment la Russie Rouge, qui avait porté le noni de royaume , ensuite le grand-duché de JÀ^ thuanie, et enfin la province de Prusse, obtinrent successivement d'y être incorporés* Ces vastes pays , réunis sous un même gouvernement vers le milieu du quinzième siècle, ne formèrent plus qu'une même république ; mais alors ces lois si antiques et si simples, qui avaient suffi jusque-là au bonheur de la no^

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blesse polonaise, se trouvèrent trop favorables à rindépendance , pour un corps de noblesse désormais si nombreux. Les affaires publiques se multiplièrent en proportion de la plus grande étendue de Fétat ; et d^abord il fallut , pour défendre la province de Prusse contre les chevaliers Teutons, ses anciens oppresseurs, entretenir des gamiscMis dans ses villes. Ce fut à ce sujet, et pouir asseoir un subside général et umforme, que, dans Tannée 14^7, le roi Casimir II convoqua pour la première fois des députés ou nonces de toutes les provinces.

Cette manière dé recueillir les suffrages d^ûne nation par les seules voix de ses députés, s*était introduite presque généralement en Europe dans Fespace des deux siècles précédents. Elle n^avait point été connue des anciennes républiques, qui toutes étaient nées dans Fénceinte d^une seule ville, ou dans le territoire die quelques bourgades. Cet usage ne fut pas moins inconnu aux nations qui détruisirent rSmpire Romain. Chez la plupart de ces peuples,, tout guerrier exerçait personnellement son droit de suffrage ; et leur dispersion dans les vastes provinces qu^ils avaient conquises sur l'Empire Romain, ayant rendu leurs assemblées plus difficiles et plus rares , en abolit enfin la coutume. Quelques savants ont pensé que

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Tusagc des représentants sHntroduisit pour la première fois sous le règne de Charlemagne , aux fameuses assemblées du champ de mai; mais quelles que fussent ces convocations nouvelles, le gouvernement féodal les fit bientôt oublier. Cinq siècles après ce règne, Faurore de la civilisation reparut en Europe ; et à cette époque , des causes semblables ayant eu par-tout les mêmes influences, on vit, dans Fintervalle de quelques années, Tusage des représentants sMtablir successivement dans presque tous les pays; chez les Anglais, en 1265 ; en Allemagne, vingt-sept ans plus tard; chez les Français, en ' iSo3; en Ecosse, dans Tannée i3o6; en Es^ pagne, vers iSSo. Les Polonais l'adoptèrent dans cette année 14^7 ; quoique seuls de ces nations ils n'eussent jamais perdu, et n'aient point abandonné, dans la suite, ûi le droit, ni la coutume de convoquer , dans les occasions importantes, le corps eiltier de la noblesse, et avec cette autre différence, que Taffranchissement du peuple n'ayant point eu lieu parmi eux, il ïi'eut dans ces assemblées aucune voix, aucun représentant.

Depuis cette première convocation, la république se trouva constamment engagée dans une suite d'affaires qui, se succédant sans intervalles, rendirent indispensable le renouvel-

lemént des subsides. De là, ces conyocations sVtablirent à des retours réglés et périodiques ; et bientôt les députés, chargés des pleins-pouvoirs de la noblesse, reçurent d'elle le droit de la représenter dans toutes les opérations de la puissance législative. La nécessité du consentement unanime , regardée comme la loi fondamentale de Tétat, fut maintenue dans ces assemblées nouvelles, par un respect déplacé ^t mal entendu pour cette loi, et contre le vœu des hommes les plus sages, malgré leurs remontrances, malgré leurs perpétuelles réclamations. Vainement ils en annoncèrent les funestes conséquences : Fesprit général remporta sur toutes leurs craintes ; et Funanimité fut jugée nécessaire dans une république où la liberté, assise aux pieds du trône, a toujours à se prémunir contre Tautorité, contre l'intrigue, contre Tespoir du crédit et de la faveur; où le roi , maître absolu de toutes les grâces , aurait pu trop facilement procurer à ses opinions personnelles , la pluralité des voix. Mais ce droit de s'opposer seul aux résolutions publiques, plus retenu, plus timide quand chacun n'était chargé que de son propre suffrage , acquit nécessairement une force plus grande, et s'exerça avec plus d'audace , quand il fut confié à quatre cents députés chargés des pleins-pou-

voirs de leurs provinces. Chacun d^eux se crut en droit de confondre les prérogatives de sa naissance avec Tautorité de sa mission; et de s'arroger personnellement , à ce double titre , tout le pouvoir que le peuple romain avait donné au petit nombre de ses tribuns, de s'opposer à toute loi nouvelle , par le seul root veio^ Ces députés, à qui leur mission même donnait un caractère inviolable, ne se permirent jamais, il est vrai, dans leurs délibérations les plus tumultueuses, de rétablir entre eux l'unanimité , par le massacre des opposants. Us ne se livrèrent point, dans la fureur de leurs querelles, à ces violences qui ensanglantent souvent les diétines, où toute la noblesse d'une province se rassepible confusément et sans choix, et les diètes générales , ou toute la noblesse du royaume se rend à chevalet en armes. Mais' nous oserons le dire , cette crainte d'être massacré, ces sabres toujours prêts à frapper l'imprudent ou l'audacieux qui eût refusé obstinément son suffrage , imposaient une retenue nécessaire à ce droit dangereux. Conserver cette loi du consentement unanime, née dans la férocité des premiers .âges, et adoucir cette férocité , n'était-ce pas ôter à l'hydre de l'anarchie le seul frein qui l'avait . rendue soumise et docile? Ajoutons encore que ces mêmes dé-

âG HISTOIRE DE L' ANARCHIE

putes,, revenus^ dans leurs provinces, étaient obligés de rendre, chacim dans son district ^ un compte exact et scrupuleux de leur mission ; car cette grande question , toujours indécise et souvent agitée avec tant de violence dans la plupart des républiques modernes, de savoir si les représentants reçoivent un pouvoir souverain, ou s'ils doivent être subordonnés aux instructions qu^Us reçoivent, ne fut jamais une question parmi les Polonais. Chacun de leurs représentants fut toujours astreint à rendre, dans rassemblée de sa province , le compte le plus rigoureux; et alors ils se trouvaient expo* ses au péril d'être massacrés, s'ils n'avaient pas obéi littéralement aux ordres qu'ils avaient reçus. H fallait donc , par cette crainte même , porter toujours à la diète générale une opiniâtreté inflexible sur tous les points dont ils étaient chargés; et, tandis que par-tont ailleurs dans la république, on eût risqué sa: vie en refusant de joindre son suffrage à celui du plus grand nombre, c'était au contraire en se désistant de son opposition dans ces assemblées nouvelles, qu'on se fiit exposé au péril d'être massacré à son retour. Ainsi l'unanimité , toujours nécessaire dans ces diètes nouvelles , y devenait presque toujours impossible à obtenir.

G^est en effcîtpaF ce-droit d^opposition, que ces dëputës, sans jamais faire aucune entreprise pour s^emparer seuls de la puissance l^islative^ sans jamais essayer d^enlever ni au roi , ni au sënat, le droit qui leur fut accordé à Tun et à Tautre dans la législation , sont parvenus , dans Tespace de deux siècles, à suspendre, en Polo* gne , tout exercice du pouvoir souverain. Mais plusieurs causes ont accéléré ou retardé les progrès dWe si étrange anarclue.

Parmi un corps si nombreux de noblesse, qui avait pour principe Fégahté absolue , il se formait cependant, par un effet inévitable de la durée des sociétés, une inégalité réelle de fortune, de considération et de puissance. D'abord ^admission des anciennes maisons russes (autrefois souveraines, et la plupart encore maîtresses de leurs principautés ) au rang de simples ci* toyens, porta la première atteinte à cette antique égalité. Ensuite, parmi les familles polonaises, le plus ou le moins de bonheur et d'économie , la faveur ou la disgrâce de la cour, perpétuée plus ou moins long-temps dans les mêmes familles , la réunion ou le partage des biens par les successions ou les mariages , établirent enfin une énorme disproportion dans les fortunes. QueN qués maisons accumulèrent d'immenses richesses , entretinrent plusieurs milliers de sol*

28 HISTOIRE DE l' ANARCHIE

dats, et ajoutèrent à la considération dont elles jouissaient, la pompe d^un nombreux cortège domestique et militaire. D^autres maisons moins heureuses, et quelques-unes par la seule vertu de leurs ancêtres, restèrent dans une médiocrité qui perdait chaque jour de son prix. Il y eut dès lors en Pologne, contre l'esprit même de ce gouvernement , une grande et une petite noblesse , si on peut se servir de cette expression en parlant d'un pays où elle serait encore désavouée. Les( grands ne furent plus , comme autrefois, ceux qui, à force de services, ou par la faveur du roi , étaient parvenus aux premières dignités, mais ceux qui possédaient d'immenses propriétés héréditaires : en même temps que leur puissance les rendait fiers et indépendants , leur luxe les rendait insatiables de nouvelles grâces. Plus assidus, plus accueillis à la cour , ils devinrent suspects à la multitude. On craignit qu'ils ne favorisassent raùtôrité royale et les projets contre la liberté. Il se forma, il est vrai, dans les mœurs polonaises, par une suite nécessaire des droits et des besoins mutuels , un genre de politesse qui leur est particulière, humble, mais affectueuse dans les petits ; grave ; mais caressante dans les grands. Leur égalité , comme citoyens, se laisse encore entrevoir jusque dans les prosternations

asiatiques ou ceux-là semblent toujours près de s^abaisser, et sur-tout dans T affabilité que ceux-ci conservent au milieu du faste qui les eavironniî. Mais il se forma en même temps une dissension sourde, une jalousie intestine. D'un côte , le sénat, compose le plus souvent de toutes les grandes maisons, et de Fautre côté Tordre de la noblesse, furent divisés entre eux par de perpétuelles défiances. Le veto ^ ce droit indéfini de s'opposer seul aux délibérations publiques, devint d'autant plus cher à la multitude, qu'il rétablissait véritablement tous les citoyens dans une parfaite égalité, et qu'il suffit, en plus d'une occasion, pour déconcerter les menées les plus artificieuses et lès factions les plus puissantes.

Toutefois dans le premier siècle où ces diètes nouvelles s'établirent, les Jagellons, rois de P<dogne et grands-ducs de Lithuanie, régnaient encore sur ces deux états avec un pouvoir qu^ leur nom, leurs grandes actions, leur mérite personnel , le mérite même, d'avoir ajouté à la Pcdogne une si belle p]::Qvince, rendaient de jour en jour plus étendu. La grande considé-^ ration, ou plutôt l'autorité i-éelle dont ils jouissaient, suspendit pendant plus d'un siècle les funestes effets du privilège nouveau que la noblesse venait de s'arroger, sous le prétexte appa-^

3o HISTOIRE DE l' ANARCHIE

rent de conserver ses anciennes prérogatives. Si cette maison, toujours plus respectée, ne fût pas venue à s^ éteindre, il est vraisemblable que les Polonais eussent perdu , ,peu-à-peu , comme tous les autres peuples de FEurope, le droit d'élire leurs souverains, ou du moins que les cérémonies de cette élection fussent seule* ment demeurées comme de vaines et antiques formalités.' Mais enfin le dernier des Jagellons mourut, et la conjoncture où le trône devint vacant rendit cet événement plus important encore.

Dans tous les autres états de l'Europe, le pouvoir des souverains n'avait cessé de s'accroître. Les nations européennes, à peine délivrées de la tyrannie féodale , commençaient par-tout à craindre d'être tombées sons le joug d'un seul maître. Presque par-tout on cherchait, les armes à la main, à se former enfin des gouvernements réglés. Ces quei^ellès ten^bles avaient été suscitées par les querelles de religion, et remplissaient l'Europe de guerres ci-^. viles, de séditions et de mas^cres. A cette époque, dans l'année i573, les seuls PolcMiais, par la mort de leur roi et la vacance du trône , rentrèrent paisiblement dans tous leurs droits. Eux seuls , dans l'Europe entière , sans troubles, sans effusion de sang, et par de tranquilles dé-

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libérations, réformèrent, à leur gré, le gouvernement. L^autorité royale reçut parmi eux des bornes d^autant plus étroites, que par-tout ailleurs elle les avait franchies. A cette même époque , la Hongrie et la Bohême s^étàient laissé ravir le droit d^élire leurs souverains ; et les Suédois, délivrés d^une oppression étrangère, venaient d^assurer à la maison de leur libéra* teur une couronne jusque-là élective. Ainsi les Polonais furent désormais les seuls dans Tunivers chez qui tout simple citoyen pût encore espérer de devenir roi. Us attribuèrent à la sagesse de leur gouvernement ce qu^ils devaient en partie à cette faveur du sort. Il se forma , parmi eux, un nouveau sentiment d^ orgueil, un nouvel esprit de défiance contre Tambition de leur souverain. La nation, instruite par Fexemple de ses voisins, se trouva plus dispo^ sée à empiéter sur Tautorité de ses rois , qu^à, laisser perdre la moindre de ses prérogatives. Bientôt , en effet , la disposition des armées et l'administration de la justice furent soustraites des prérogatives royales. Ce fut sous le règne d'Etienne Bathori, qu'une longue guerre empêchant ce prince de parcourir le royaume , la noblesse, lassée d'attendre inutilement dans les provinces, qu'il vînt y présider à ses séances, se nomma elle-même des arbitres; et de là ont

pris naissance ces grands tribunaux souverains, qui changent tous les quinze mois par de nouvelles élections. Ce droit d^administrer la justice y que les possesseurs des grands fie& avaient usurpé sur les prérogatives royales dans presque tout le reste de l'Europe, et que les rois, aii;jtemps dont nous parlons, commençaient par-tout à leur disputer et à leur ravir, le corps entier de la noblesse polonaise parvint alors à se Farroger. Le gentilhomme pauvre et inconnu , nomimé député à ces tribunaux , redevient, pour un temps', Tégal et même le supérieur des plus grands de Tétat. Ce fut encore sous ce règne que les armées perpétuelles, établies dans les autres pays , obligèrent cette république à ne plus se fier, pour sa défense, ni aux seules convocations de la noblesse ^ toujours lente à se rassembler, ni à des levées faites dans les be-. soins pressants. On créa donc des armées perpétuelles. Tune pour la Pologne et Fautre pour la Lithuanie. Mais elles furent mises sous le commandentent de deux généraux, que le roi, après les avoir choisis, ne pouvait destituer. On se garda bien d^assurer dés fonds suffisants pour la solde de ces armées, et la noblesse se réserva le droit d'en assurer de nouveaux à chaque diète. Enfin les querellés de religion excitèrent dans Tétat une suite de mouvements

dont il est nécessaire de donner ici quelque idée.

Les Polonais avaient d'abord adopte toutes ces lois d^infamie, d'exil, de peine de mort, par lesquelles l'église romaine prévient ou proscrit toute opinion nouvelle. Mais ni la sévérité de CCS lois, ni le crédit des évéques, premiers sénateurs du royaume , n'avaient pu l'emporter sur la liberté naturelle; et ce pays que nous avons vu dévaster de nos jours, sous le prétexte de la religion , est le prén^ier état en Europe qui ait donné l'exemple de la tolérance. Les mosquées s'y élevèrent entre les églises et les synagogues. La république n'eut point de sujeti, plus fidèles que les Tartares mahométans établis sous sa protection; et des juifs firent valoir toutes les terres de cette noblesse plus adonnée aux factions qu'à l'économie. La Pologne, à qui sa constitution ne permit jamais d'être conquérante, ne dut même qu'à cette tolérance son agrandissement et l'adjonction de tous les pays voisins. La Russie-Rouge n'en devint une province^ que sous, là condition expresse de conr server le christianisme qu'elle avait reçu de Constantinople. Léo^ol , capitale de cette pravince, a toujours été le siège de trois, évêques, un grec , un arménien et un latin ; et on ne s'informait jamais dans laquelle des trois cathé- I. 3

34 HISTOIRE DE l' ANARCHIE

drales, tout hi^nme qui consentait à Yivre si^el et sans entrer en partage des fonctions de la souveraineté y allait recevoir la comnrnmon. La Lithuanie, encore païenne , quand elle reçut librement la civilisation et les lois des Polonais, ne tarda pas à se convertir au. chrisfianisme ; mais elle conserva long-temps une partie de ses anciennes superstitions, et on continua ^ dans chaque maison, dY nourrir un serpent conme un génie tutélaire* Enfin ^ quand la. réforme déchira tant d'états, la Pologne, sans proscrire Tancienne religion^ reçut dans son sein les deux sectes nouvelles , et par-là elle parvint à détruire deux ordres de chevalerie qm entrete*naient jusque dans sta province une milice étrangère et souveraine. Les grands-maîtres de ces deux ordres, après avoir éminçasse la religion réformée,, se dépouillèrent de leors croix et des buUesl du pape, entre les nuiiBS d'un sé-r nateur polonais.

Cependant, la tolérance ne consistaitencore f}ue dans les privilèges psoticuliers qui, en dérogeant aux SBiciennes lois , conservaient à chaque province sa propre religion.. Mais en xâyS, quand la Pologne 'donna une nou^^Ue sanction à son gouvernement, la tolérance fut érigée en loi générale et positive. Tous les gentilshommes s'avouaoat entre eux qu'ils pensaient

différemment au sujet de la religion , se comprenant tous, et même les catholiques, sdus le nom ccmimun de dissidents, mfer nos dissi-^ dénies de rdigiane^ se promirent mutuellement, tant pour eux que pour leurs Successeurs à perpétuité, de b6 jattiais faire la guerrie pour la diversité dé religion , tt se juràrent^ que la croyance ne mettpraîl jamais, aucune distinction entre les droits de citoyens. Benri de Valois , célèbre par ses Tictoires sur les calvinistes de France , £ei1 pourtant élu roi par cette m^me diète ; mais les àasibassademi^^qiii Tinrent lut présenter Cette coaronne , apportèrent en France la tolérance et la paix;, et ee prince ^ teint du sang de.ses ciotneitoyisna, vkii jtEiter en Polôgtie,

snr lés.aùteia 4^ l'église romaine^ de n^'étre plus persécntcui^. i&dus le ngnk stûvaiit, u» nouvel avanta^ fitt d4 à la: nlêiite politique! Les Cosa* ques dé ll3kramevnoiii$ quï^ignifient les pirates de la. fro|itièrè^ paysans échappés à Fesckvâge des paiy^ Voisins^ ^ d^abof d réfugiés da^s lés rochers, au, milieu àes cataractes du Botik^thène ,

avadéiit. enslmte formé sur les detix rives -de ce fleuve une nation nouvelle. Ils s'étaient enhardis à Cdnrnr la mçr Noire dans dê$ troncs d'arbres creusés^ Us e'élâient enridbii^ par le piUàge àes c^es de l'iLsie ; et^ $!a^rx>issant toujours: en nombre, ik ataieiiitt troo^ ^elquë {kp^ection

36 HISTOIHE DE l'aKARCHIE

€n Pologpe , où d'abord on se servit d'eux pour rëprimerles incursions des Tartares : ils ne tardèrent pas à mériter, par leur courage, d'être formes en milice réglée ; et on laissa ces pirates se croire de la religion grecque. Ces nouveaux sujets joignirent à l'excellente cavalerie composée de la noblesse p6lonabe,une infanterie non moins courageuse : réunion qui n'existait alors chez aucrnie autre, nation de l'Europe.

, Aussi, dans l'aocienne histoire de la république, ce temps est^il son plus bel âge. La liberté, parvenue à son plus haut période , si on peut parler ainsi .d'une liberté qui n^est pas fondée sur de Isages: lois:, allait décliner rapidement vers l'anarchie ; mais lés abus naissants n'avaietit encore donné aux aîhesiquè plus d'élévation^ etde force* Air milieu dé l'Europe agitée ^ la république était : florissante et tranquille ^ pleine de grands hommes \ d'état et de grands couragèSy pai^îfique à-la-foîs éïguélrrière. Elle oppdsa une barrière insurmQnt2d>le aux premières; incursions: dés. Moscovites, dont les armées , dès ce tempstlà \, avaient effrayé l'Europe.

Ce ne sont point les lois qui -gouvernent les hommes : c'est l'esprit public; et, ds^ l'espace de peu d'années > il diangea entièreliient parmi les Polonais. Les tentatives réitérées' des papes

DE POI^OGNE. O'J

pour réunir les chrétiens du monde entier sous leur domination, ces projets d^accord entre toutes les sectes, travail de plusieurs siècles, et tenté dans tous les pays, eurent enfin quelques succès en Pologne. Six évéques de la religion grecque crurent quUls pouvaient^ en conservant les anciennes cérémonies de leur église, rendre obéissance au pape. Un petit nombre de gentilshommes, qui suivaient encore le même rit, saisirent avec joie , pour se réunir à leurs. cdn-^ citoyens, un moyen que Fexemple de leurs évéques: avait rendu légitime ; mais les curés , à qui cette religion ordonne d^mir le mariage' au sacerdoce , ne voulurent point renoncer au plus doux des sacreinents. Us ne cédèrent point à Texemple de leurs évéques, qui, toujours choisis dans le cloître , n^avaient point à faire un si grand sacrifice, Les paysans dNine grande partie de la Lithuanie et des anciennes pro-. vinces russes suivirent obstinément la doctrine de leurs pasteurs. Rome céda , il est vrai , sur ce point, et permit aux prêtres grecs te mariage ordonné par leur église. Mais les peuples bel^ liqueux de l'Ukraine étaient déjà prêts à se sou-, lever. On avait voulu que ces pirates recon-^ nussent la puissance du pape ; et quand on leur eut apporté le calendrier Grégorien, voyant compter les jours d'une manière nouvelle, ils^

38 HISTOIBE DE l'AKARCHIE

crurent leur religion entièrement détruite. Des mëcontentements politiques se joignaient à ce fanatisme. On ebercbait vainement une forme de gouvernement qui pût maintenir une juste alliance entre une noblesse souveraine et des paysans libres. Les Cosaques ^ vaincus après le plus terrible sotdèvcfment, se doiinèrent aux Moscovites, croyant trouver plus dé sûreté chez une nation qui professait là même religion qu'eux;: et, ce qui deirlnt non moins fiineste, les autres paysans des provmées limitrophes, également attachés à la religion grecque, s^enhardirent par Texemple des Cosaques, parleurs exhortations, par les insinuations des Mosco^ vites, à persévérer dans leur ancientie croyance, ouvertement protégée par une puissance voi-^ sine. Aujourd'hui eiicùre ils y démeiireiit fidèles, et semblent toujotina épier les occasièns de se donner à cette puissance, ou du moins de prendre les armes en sa fatèùr.

Dans le iftiéme temps, lès seèlès luthériennes et calvinistes ét^ent devéâties non iîKHB» odieus^s ; et si nous examinon»^ comffient cette loi de la tolérance , récemment étâJi>ti€ par la nation elle-même , se trouvait, en si peu d^aw^e^, totalement contraire à resptit géfi^al, nous avouerons que cette fatalité qui entre dans tous les événements humains , n'a peut-être jamais

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mieux fait sentir son infl^ience. Un si grand changement çrit scm origine ilans «in fait étran<» ger à la religioa«

Pendanft ies preoiières incursion Âes Mos-^ codâtes , la province de Livome , abandonnée par les chev.aiiers iiToniens, qui désespérèrent de la'deCendiie^ s^était divisée pour le choix de jses nosprieaux maîtaies. Les cheraliers , s'attachaot dans teur msAieur 1 un igouvemement coaf orme à leucs principes, avaient demandé la protection delà noblesse polonaise , 6t cédé à la république tous leurs droits de souveraineté, hts villes avaient préféré la domination suédoise ^ qui favorisait ^également tous les ordres .des citoyens ; et cette province , après la retraîbe ^des Moscovites ^ demeurait ainsi partagée. La Beio^ne , toujoaro pacifiq«te , ^rut prévemr la ^nécessité d^eonctr^prend^e une con*qti^e , «nolunsîssant piour r^i un jeuiie prince suédois d^à destmé au tPÙà»ê >de Seiède , et qui pamaaît., en lavem die son lélaction , de restituer àda ircpuidiqae toutes les^vSfesde Livonte. Une conduite si .modérée! A&mû: >la souixe des plus grands naiaibeurs. Ce prince , attaché à la xid%ion7QmaÎB[ie, queiesSuédo^ avaient proscrite^ fut chassé de sa patrie. La gloire d'^ob-^ te&ir une couronne âectîve lui fit perdre une couroraie héréditaire. Cet événiement suscita

40 HISTOIRE DE l' ANARCHIE

de longues guerres entre les deux nations^ Ainsi cette république , qui ne se permet aucune ambition, et qui avait établi la tolérance comme une loi fondamentale, était forcée par la fortune de manquer à Tesprit de sa constitution , d'entreprendre une conquête , et de soutenir à-la*fois sur toutes ses frontières des guerres opiniâtres dont la religion était le principe. Elles durèrent pendant trois règnes, le trône étant successivement occupé par les descendants de ce même prince. Les calamités qui en furent les suites firent regarder avec moins de faveur les opinions religieuses , qu^on accusait de les avoir suscitées. Les rois , maîtres de toutes les grâces , et dont aucune convention ne gênait le choix , les accordaient difiicilement à des sectes qui leur étaient personnellement odieuses. D'ailleurs, en établissant, dans Tannée iSyS, la loi de la tolérance , on avait laissé subsister tous les anciens établissements qui dérogeaient nécessairement à cette loi. Richesses, juridictions, dignités, les prêtres catholiques avaient tout conservé. Les réformés , au^ contraire, n'avaient rien stipulé en faveur de leur clergé ; ils n'avaient placé dans le sénat aucun évêque luthérien; ainsi cette foulé de jeunes gens que l'ambition où l'avarice destine au'sacerdoce , n'avait de vocation que pour le clergé

romain. Dans le même temps un ordre de religieux, voue par son institution aux setils intérêts de rëglise romaine, les jésuites s^ étaient emparés par la faveur des grands de toute Fédu* cation de la jeune noblesse. ^

Llnstruction se joignait donc à la cupidité ; et de toutes parts on abandonnait sans scrupule des sectes en disgrâce à la cour , et qui ne promettaient à leurs partisans lès plus zélés , ni rangs, ni hcmneurs, ni. crédit. Elles ne se conservaient que parmi la bourgeoisie des grandes villes de Prusse , et parmi quelques nobles plus attachés à leurs opinions qu^à leur fortune. La loi de la tolérance , toujours inscrite daiis les conditions imposées au roi , létait renouvelée à chaque règne , mais avec un tel changement dans Topinion publique , que le nom de dissidents n^exprimait plus, cotnme autrefois, tous les ordres de Vétat , pensant entre eux différemment sur la religion ; mais seulement ceux qui s^étaient séparés de Téglise romaine. Le serment du roi , conçu dans les mêmes termes , tf avait plus le même Sens, de côiise!rver la paix entre les dissidents, mais açec lés dissidents» Ce n^était plus qu^un nom de sectes tolérées ; et l'esprit général de la nation, dans toutes les provinces, tendait perpétuellement à destituer les réformés de toutes les fonctions souveraines.

42 HISTOIRE DE l'AKÂRGHIE

Une pareille dissension^ dans une républûpie si incapable de gonremer les otoyens, de^t être le germe des plus cruelles calainités; et dès les premiers temps où ce levain de la soperstition et du fanatisme commença de fermenter et de se mêler à tous les autres vices dëjà introduits dans cette constitution , ils se compliquèrent les uns par les goitres , et se rendirent mutuellement irreraëdiables.Ce fut donc alors, que du sein de ces assemblées nouvelles, composas de députa de toutes les prormces, sortit enfin cette anardne singulière qui , sous le pré^ texte de rendre la constitution inâ>raiUabie, a détruit en Pologne tout le pouvoir souverain, sans laisser ni à aucun corps , ni à aucun d^ toy en, Tespérance de parvenir un jour à Tusur-* per. Le droit de s'opposer seaï aus relations générales, toujours avoue, toujours reconnu, y fut long'4emps ^ans exemple, et quelque temps encore sam abus. lies mœurs antiques servaient de contre-poids à cette dangereuse loi de Tunanimitë. Mais aussitôt que les mœms se perdent et que la vertu dëgënère, tous les défauts d*un gouvernement paraissent au grand jour, parce qpie la corruption et Tintrigue savenft bientôt les nnployer comme des moyens. Quand Fextinction de la maison régnante eut laisse monter sur le trône des rois moins considérés ; quand

DE POIiOOtlE. 43

la simple noblesse devenue plus entreprenante^ se fut rendue maîtresse des tribunaux, eut perdu toute can$idérati0n pour Fautorité du sénat, euteoiiçude perpétuelles déSianceseontre Tambition ^s grande, et se fut lirrée à toute Tanîmosité des sectes de religion ; quand les progrès de la mollesse et du luxe, dans l'Europe entière « eurent baAni la simplicité des moeurs, et que Tavidité ^ui suit toujours le luxe eut in^ troduit dans les diètes la vénalité dés Suffrages ; enfin, lorsque la correspotidance des difiérents états de TSuropé, plus étendue de jour' en jour, eut donné entrée aux factions étraligèree, et forcé les Polonais d'admettre dans leur capitale des intrigants autorisés , alors le désordre de leurs diètes n'eut plus aucun frein. Ce droit de contradiction, <|ue la noblesse n-auràit dft em^ ployer que pont la défense de ses pririléges , fut exercé sur les ^faires publiques suivant rintérét personnel , la défiance ombrageuse , le caprice ou là trahison.

L'histoire aurait peine à suivre le progrès de ces désordres* Il fut d'autàiit plus rapide qiie puniiis on n'avtot pu faire admettre dans ces diètes une méthode constante pour délibéMr et conclure. La violence des brigues renversa toute méthode qu^on essaya d'y étaUir. L^ancienne coutume de ne traiter les affaires des particu-

liers quW jour inarq\}é de chaque semaine; fie résista pas long-temps à Fimpatience de tous les intérêts personnels ; et ils se trouvèrent perpétuellement mêlés et confondus avec les véritables sujets des délibérations publiques. Des provinces entières eurent Fimprudence de sacrifier ainsi tout Tétat à leurs intérêts privés; et quelques diétines ordonnèrent à leurs députés de ne laisser proposer dans la diète générale aucune affaire , avant que les leurs ne fussent terminées. Plusieurs députés apportant de leurs différents palatinats une pareille instruction ^ le cours des affaires se trouva suspendu , et quelques diètes finirent avant d^avoir pu commencer.

' Bientôt il devint facile à quiconque voulut s^opposer h des résolutions qu^il craignait, sans avoir ni le front ^ ni Faudace de s^ exposer aux reproches^ ou peut-être à la vengeance publique , d^employer de perfides manœuvres pour rendre les diètes inutiles. On se fit un art d'y exciter de vains tumultes, d'y proposer à dessein de fausses matières de délibérations, capables de soulever tous les esprits ; ce .qui s'appelait , suivant une expression proverbiale , souffler dans la ruche, pour mettre les mouches en furie. Cet art malheureux de se jouer du zèle de ses concitoyens , de faire perdre en folles

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clameurs, le temps fixé pour la durée de leurs assemblées, de faire en sorte que Tépoque marquée pour leur séparation arrivât avant qu^il eût été possible de rien conclure , s^appelait tratner tes diètes. A ces pernicieuses manœuvres , on opposait toutes . les ressources dé la persuasion; de Findustrie ^ dé llopiniâtreté et du courage. ' La cour Y forcée de conduire les affaires indépendamment* des suffrages de là noblesse , proposait aux états des résolutions prises d^avance dans le conseil particulier du roi ; et , pour amener les délibérations piAliques aux mêmes, résolutioo^y cw ne séparait point la sessipb, que les veilles, Ja faim, Tépui* sèment des f<i>rces n^eussent réduit tpus les suffrages^ 1- unanimité. Sous le règne de Ladisla^ IVf le dernier jour de la: diète s^ étant pasj^ avant qu'on eût rien conclu,, le roi ne voulut pas séparer rassemblée. £t cependant qn^ .ancienne loi, 'qui a pour objet de' prévenir la, trop longue durée. de chaque séance, et de la proportionner :à cette durée d'attention que peuvent soutenir les' esprits d'une: trempe commune, défendait de rien traiter aux lumières. On restadans les ténèbres^ chacun prenai^tson repos , assis a son rang, et il arriva ce q^e le$ romans les plus fabuleux ii^oseraient imaginer ; un sénat et une 'diète restèrent assemblés.^ ;cha-

cun endormi à sa place, présidé par un roi endormi sur son trône!.

Les armées n'avaient point de solde assurée : chaque diàte devait leur assigner de nouveaux fonds; et souvent elles furent réduites à se confédérer pour obtenir par la force ce qui leur était dû; elles vinrent plus d'une fois camper sous les murs de la ville où les états venaient de s'ouvrir, afin d'en imposer, par leur présence, à quiconque voudrait y exeitar àûs troubles. D'autres fois^ la noblesse'en corps, n^osant plus se fier à ses députés , vint camper près de la ville où ils tenaient leurs séances ; ce qw s'ap^ pelait tenir la diète sous le boidcUêr. On cn»t rer médter sufiisamment aux désordre^ et ramener le calme dans ces assemblées orageuses, en é\jàr blissant que les cinq premières semaines dé chaque diète seraient employées & délibérer, et la dernière semaine réservée à tocttes les conclus^ns. Mais la source du: mal étant tôu-^ jours la méme> il se manifesta bientôt par des sjfm|>tômes encore plus mortels. Quelques dé* pûtes eurent l'audace de refuser leur consentement à tout ce qui avait été décidé , si la diète ne consentait pas à ce qu'ils proposaient euxmêmes ; tt l'opposition swr mue seule affaire entraîna Fimpossibilité de prendre aucune conclusion ; il ne restait plus qu'un pas à faire

pour toat perdre , et il fut fait en i652^ sous le règne de Jean Casimir. Un noble polonais^ nommé J^nsld , nom que ses contemporains ont mandit et dë^oué d^àge en âge à la malé* diction de lai postérité, s^étai»! évadé de la diète à Fépoqite marquée poiir les conclismons , et par son absence vc^ootaire, ne bdssant phis aucune espérance de voir Fananimité rétablie, la diète jugea qu'elle avait perdu son activité par cette désertion d'un seul député. Elle se crut forcée de se dissoudre ,. et la république , en conservant l'apparence de son ancienne constitution, ne sentit point que ce nouveau malheur la plongeait dans une anarchie irrémédiable ; et que par un exemple si facile à imiter , le pouvoir souverain allait être vérita-r blemesit détrmt.

Telle est Torigine et la première époque de ces ruptures 4e diète, i^ardées, chaque fois qu'elles ont eu lieu, comme une calamité publique : iimeste usage que des écrivains modernes Goit prk pour l'exercice d'un droit incontestable ,. mais en effet le plus: grand des abus où devait enfin parvenir cette dangereuse loi de Tunanimité. D'après ce premier exemple , la plus grande partie de la nation fit consister le plufii beau droit de la liberté polonaise dans cette facilité de rompre la diète , soit par une

48 mSTOIEE B£ l'âkarchie

subite évasion , soit par le seul mot : Niepoz^alam,je ne consens pas. Ceux qui exercent cette fatale prérogative ont coutume de se dérober par la fuite ; et pour échapper aux ressentiments de leurs concitoyens , ils demeurent cachés des années entières. Leurs noms ne se prononcent plus qu^avec horreur ; la mémoire de leur action devient une flétrissure dans leur famille. D^autres, plus courageux, s^exposent avec intrépidité aux premiers mouvements d^une nation courroucée. ; et quelquefois elle a respecté en eux un abus qu^elle blâme , et dont pourtant eUe s'enorgueiUit.

En Tain , plusieurs provinces , sans famsis contester le droit , réclamèrent contre ses abus. En vain , les évéques menacèrent d^excommunier ceux qui en feraient usage. En vain , on représenta en pleine diète que c^était perdre la république , lui ôter le moyen de s^ gouverner et de pourvoir à sa défense ; plusieurs députés répondirent , « qu^ils aimaient mieux exp<>5er ^> rétat aux invasions étrangères , que de souf- M frir la moindre. atteinte à leur liberté. »

Le ^ liberum veto , malgiré toutes les rédiamations, s^est donc mâititenù dans toute sa puis-' sance, toujours maudit et toujoui's respecté. Depuis ce temps, en effet, la constitution, dans sa ruine même, paraissait devenue inébran-

iable; mais la république, presque toujours destituée d^uae autorité législative et souveraine, se trouva dans une impuissance absolue de suivre les progrès que l'administration commençait à faire dans la plupart des autres pays. Tout ce qui exigeait des dépenses continues devint impraticable; Lies armées, presque toujours sans paye, demeurèrent sans discipline et sans recrues. Il fallut renoncer aux tentatives qu'on avait faites pour créer une marine. Les châteaux et les villes, autrefois fortifiés avant l'invention de rartillerie, n'eurent point d'autres remparts que leurs antiques murailles dégradées par le temps. Les arsenaux demeurèrent vides. Les grands établissements qui annoncent la perfection des arts, et les soins toujours actifs du gouvernement , ne purent seulement pas être proposés ; et si , dans les siècles précédents , la Pologne avait marché d'un pas égal avec tous les autres états , elle s'arrêta désormais au point où elle était parvenue , ou plutôt elle rétrograda de plusieurs siècles. Elle n'eut plus d'autre force, d'autre défense que ses confédérations qui, jusqu'à ces derniers temps, et à l'aide de circonstances étrangères, ont toujours sauvé la république, au milieu du sang et du carnage. Les hommes que la loi ne réunit plus , attendent qu'un sentiment commun les réu-

5o HISTOIRE DE L^ ANARCHIE

iiisse ; mais comme les moyens 4e i\ouer ces confédérations sont toujours embarrassés et périlleux, comme ils craignent eui^-inemes ces cruelles extrémités , avant d^ avoir re<:ottrs ils diffèrent, ils souffrent long-temps. Ofi Q€ conçoit pas comment v^i^ patience presque servile peut se trouver jointe avec un amoiir si effréné de la liberté : de trop grands intérêts s'oppofient toujours à la formation de ceç redp^t^les ligues. Les rois i ^lapinés de voir naître une autorité au-despiis de la leur, ks tri^yêrsent de toute leur piiissance, et préfêrent de laisser rétat en péril. Si les rois entriepreonent de les former , alors c^est la nation qui s'al0nBae. lia défiance contre Tambition du pHuce devient plus pressante que la crainte des armes ennemies. Les dangers augmentent, les remèdes se diffèrent. Un ennemi vainqueur parconit le royaume ; tout est dispei^é ; rien n^est soaoni^. Il semble que ces résolutions exirémes aient toujours besoin de rindignation ût du désespoir.

Ainsi se sont pei^étués, depuis na ten^s immémorial jusque dans la politesse de notre âge, et chez une nation justement célèbre, la liberté, le gouvernement et les lois des barbares. Il n^est pas besoin d'ajouter que les mœurs générales de cette noblesse prévenaient seules les

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calamités y ks désastres, que chaque moment aurait pu enfanter sous ua gou¥eraement deveau si TÎcieux ; toufow*» amie de la paix , et toujours prête & la guerre^ également formée a tous l€$ emplois des camps, h tous ceux de la vie cirile, et au. séjour faafeitnel de ses campagnes , elle honorait des pliis éclatantes distinetions les vertus militaires , et pratiquait les vertus domestiques dans latdiowee obscurité qui leur convieaiâ. Les dames polonaises viraient alors dam leurs châteaux., loin de la couf et de 6es brtgueâ , lom des diètes et du crédit populaire r il se passa encore plua d^un demi-siècle avanf qiie le^rs passions se mélasseiri: dans les intérêts publics.

Ce tableau, quelle que soit son étendue, ^serait encore incomplet ^ si nous passions sous silence ime tentative qui fut faite pour réformer ce gouvernement. Elle acheva de rendre cette anarchie irrémédiable ; mais il en résulta un moyen de rétablir quelquefois, et pour, quelques moments, une autorité législative dans la république.

Ces ruptures iàe dièles, oi^ le conçoit aisément, avaient porté au plus haut degré les animosités entre les grands et ]a simple noblesse. Tous ceux qui occupaient te ministère et les principales magistratures étaient forcés d'ei^L

52 HISTOIRE DE l'aNÀRGUIE

étendre arbitrairement le pouvoir; et toutefois, d'un jour a Fautre, le caprice d'une multitude pouvait les perdre , en leur demandant compte de ce même pouvoir que la loi de la nécessité les forçait d'étendre au-delà de toutes les lois. Ils voyaient, avec effroi, leur patrie sans défense, et ils étaient indignés des droits que s'était ari^ogés un ordre inférieur. Ils résolurent donc, d'un commun accord, de tenter cette difficile réforme. Cétait au moment où le faible Casimir, après avoir éprouvé, pendant un long règne, toutes les tempêtes de cette anarchie naissante , était près d'abdiquer la couit>nne , pour chercher enfin le repos dans un cloître. Ils avaient dessein de se choisir un roi parmi les plus grands hommes qui fussent alors en Europe ; et sous son autorité , qui serait soutenue, à ce qu'ils espéraient, par sa propre gloire, par leurs propres forces réunies, par le crédit de la France et de ses alliés , ils se promettaient de réduire la multitude à recevoir de nouvelles constitutions. Mais quand le Irône fut vacant, par l'abdication de Casimir, cette multitude rassemblée dans le champ électoral, au nombre de plus de cent mille gentilshommes, ^^ joua de toutes les intrigues qu'on avait tramées pour obtenir ses suffrages ; et par des acclamations insensées^ par uix mouvenient tu-

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lAùltueux et populait*e, qui devint assez généra], sans avoir eu d^origine certaine , elle plaça sur le trône un gentilhomme (t) obscur, inconnu^ difforme, qui n'était revêtu d'aucune dignité^ qui n'avait exercé aucun emploi, qui lui-même rejeta avec un saisissement' d'effroi cet honneur inattendu. On se plaisait à insulter à tous les projets des grands, en les forçant de fléchir devant ce ridicule roi. Ceux-ci entraînés par ce flot populaire , y cédèrent pour un temps. Mais bientôt seize cents d'entre eux, ayant pour chefs le primat du royaume et le célèbre Sobieski , formèrent secrètement le plan d'une confédération pour détrôner le vain fantôme qu'on leur avait opposé , « et pour soustraire la république » à cette sotte tyrannie d'une noblesise plé- » béienne. » Ce fut leur expression dans une lettre à Louis XIV (2) , par laquelle ils laissaient à son choix de leur donner pour roi, ou Turenne , ou Condé , ou un prince de Conti ^ encore enfant, dont Turenne serait le tuteur ^ prêts, s'il le fallait, disaient-ils, à confier à l'un des deux héros français un pouvoir absolu. Mais les voisins de la Pologne, dans le dessein d'y perpétuer l'anarchie, embrassèrent aussitôt

(i) Michel Yisnîovîskî, en juin i66g, (2) Lettre de Sobieski à Louis XIV, du i4 juillet 1672 , et sufrantes ,. au dépôt des affaires étraDgères^

54 HISTOIRE HfE l'anarchie

la facile politique qulb ont constamment sbitic depuis ce temps. Ils s'offrirent h la simple no-* blesse comme protecteurs de ses prétendues prérogatives. La maison d'Autriche, qui n'avait pas dédaigné de ^nncr une de ses princesses pour épouse à ce roi inepte et contrefait, profita du crédit demt une jeune reine faisait jouir dans cette cour l'ambassadeur autrichien. Celuici anima la faction opposée slvûl granddv La noblesse, sous.cetap|Kii, se confédérala première; elle ordonna qu'on ferait le procès ans gr»tds; et, pour en détrmre plus sûrement 1» puissance, et s'ouvrir à elle-même plus d'aecès aux dignités, elle demanda que dorénavant elles ne fussent plus données à vie, et fussent conférées de nouveau tooa les ans;.

Du sein de ces désordres naquit tm mfrf en inattendu de rétablir en Pologne une autorité souveraine. La r^^fmhhque reçut, pour »nsi dire , des seules mains dt la destinée , nen un remède à des maux incurabfes, maâsun palËatîf qui ferma se&phies pour un temps, et jusqu'à d'autres périodes plus dangereux, où elle a encore employé, dans une dissolution semblable, ce même paUiatif ; et c'est jusqu'ai^ourdliuî le seul moyen dont le patriotisme et la tyrannie se soient servis tour-à-tour.

La noblesse, confédérée la première, voulut,.

avant de se sëparer, laîsseï* assez de force entre les mains du roi pour faite le procès atix grands, et pour les réduire , fût-ce par une guerre , à subir Tarrét qui serait prononcé. Elle doîinâ donc au roi le pdutoir de convoquer une diète extraôrdiilairé ; et afin d^en prévenir la rupture, afin d'empééher qu^un seul partisan de la faction contraire ne pût d'un seul nfot renverser tous leurs projets, il fut résolu d'avance que cette diète serait composée du conseil de la confédération, c'est-à-dire que les maréchaux et conseillère déjà élus par chaque province confédérée ,• prendraient le titre de députés ou nonces de lents proviâees, et qu'ils s'assembleraient suivant la^ manière dés confédérations, en présente du sénat et àtt ro4^ et non suivant la manière de^ diètes, où les députés discuteixt les affaires entre eux. Il fût également décidé , par une stiite de ce nouvel arrangement , ^e cette diète ne pourrait être rompue^, que l'unamimité n'y serait point liécessaire, qu'aucune opfk>silion , àucume protestation n'y set'ait admise. Ainsi, pour défeÉfdfé cette méttié prérogative que la faetioii de^ gratids tôtrlàit leur enlever, ils étaient réduits à en suspendre volontairement rexereicé: tant il était évident à leurs propres yeux , qu'elle detait toujours ôter au gouvernement son activité et sa force*

Mais, dans le même temps, lès armées et presque tous les sénateursse confédérèrent pour la défeuse de Sobieski ; et, sous ce prétexte spécieux , ils se confédérèrent en effet pour mâio' tenir tous les avantages attachés aux grandes dignités , et pour enlever à la simple noblesse ses droits prétendus. Sobiesld, parvenait alors au comble de la gloire ; et pendant que le plus grand nombre de ses concitoyens , soulevés contre lui, proposaient de mettre sa tête à prix, il vengeait la Pologne des insultes qu^elle avait récemment reçues des Tartares ; il remportait sur les Turcs une victoire si décisive , que les historiens datent de cette époque la décadence de Tempire ottoman. Ce grand homme, après avoir repoussé loin des frontières les ennemis étrangers, revint aussitôt dans sa patrie pour en réformer le gouvernement. Il disposa ses troupes victorieuses, de manière à tenir en respect les autres voisins de la Pologne, intéressés à y perpétuer Tanarchie ; et dans cette situation, il attendit les réponses de Louis XIV. Mais cette faction des grands fut alors abandonnée de la France. Elle se sentit trop faible pour se soutenir par elle-même contre ce corps nombreux de la simple noblesse qu'ils méprisaient comme milice , mais qu'ils redoutaient comme souveraine ; et ils ne tardèrent pas à

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prêter roreille aux propositions d^ accommodement qu'ils reçurent de Varsovie.

Le traité de paix entre ces deux factions devint la base du gouvernement. Toutes deux ^ dans leurs craintes mutuelles , consentirent à tolérer les abus différents dont Fune et Tautre s'étaient plaintes. Ce traité conserva aux grands toute rétendue de leurs dignités, tout le pouvoir que le désordre des diètes les forçait d'exercer arbitrairement; et, de son côté, là simple noblesse parvint à autoriser les prérogatives qui lui étaient si chères , par une constitution équivoque, où les nouveaux abus furent envçloppés sous le nom général des anciennes coutumes. Je ne puis me défendre de rappeler ici qu'à- ^ peu-près vers ce temps , et daQS une contrée voisine, les suffrages d'une nation assemblée érigeaient le despotisme en gouvernement légitime. Ainsi, dans ce siècle célèbre où toutes les nations de l'Europe sortirent enfin de la bar- . barie, deux peuples également anciens, et tous deux justement illustres, établirent chez eux , avec tout l'appareil des lois les plus saintes, et en vertu même de l'autorité nationale, l'un, ce furent les Danois en 1660, la souveraineté la plus illimitée ; l'autre , ce furent les Polonais en 1673, l'anarchie la plus irrémédiable. Mais observons sur-tout la forme que prit, chez les

58 UISTOIBE D£ l'anarchie

Polonais , cette autorité nationale. Il fnt convenu entre les commissaires des deux factions, que les articles du traite recevraient force de loi dans cette diète extraordinaire , dont tous les membres, choisis parla confédération de la simple noblesse , avaient reçu d'elle Pordre de renoncer, pour cette fois, à leur droit d'opposition. En confondant l'autorité du congrès , celle de la CQnfédération et celle de ïa diète , on conserva toute l'apparence des anciens usages; et on obtint , par une conciliation forcée , ce consentement unanime, seule puissance législative-reconnue dans cette république. Ce bizarre mélange de violence et de subtilité est presque l'unique moyen qui jusqu'à présent ait pu être employé dans cette anarchie ; nousïe verrons renouveler dans les crises les plus dangereuses; et les Russes eux-mêmes ont essayé d^en faire usage, pour contraindre les Polonais à recevoir unanimement le j^oug qu'As voulaient leur imposer. Aussitôt que par la fréquente rupture de ses diètes laPolo^e se fut mise hors d'état de pourvoir constamment h sa défense , une si riche conquête a toujours tenté Farabitioii de ses voisins. Six ans étaient à peine écoulés depuis que ce fatal abus s'était introduit, et déjà la république paraissait détruite ; son gotivemement semblait être dissous ; toutes ses provinces

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étaient envahies ; il ne restait plus en apparence, pour achever sa ruine, et pour éteindre le nom Polonais , qu'à s'accorder sur la part que chaque puissance voisine voudrait ou céder, ou comerver dans ce démembrement. Les Russes , toujours alliés des Cosaques , avaient alors suspendu leurs hostilités, par une trêve , qui laissait toutes leurs conquêtes entre leurs mains. Le roi de Suède ,. après avoir vaincu , sous les murs même de Varsovie , les armiées et une grande partie de la noblesse polonaise, dans une sanglante hetfàSle disputée pendant trois jou» , avait traversé en conquérant la Pologne entière, et , quoique ralenti dans le cours de ses prospérités , occupait encore de vastes provinces. Le duc de Prosse, plus connu sous le nom d*électeur de Brandebourg , vassal infi*dèle, fenak au sein de lârépid:ylique ses troupes tantôt auxiliaires, tantôt ennemies, et avait . déjà obtenu son indépendance pour prix de ses perfides secours. Enfin les Autrichiens, eflfirayés des conquêtes rapides des Suédois, avaient pris les armes en faveur de la Pologne r et ces dangereux délenseurs en occupaient Pancrenne capitale comme place de sûreté. Dans ce* conjonctures , un ambassadeur de Suède , le comte de Stippenbacfa, proposa, par de secrètes négociations , à ces trois dernières puissances , de

6o * HISTOIRE DE L^ ANARCHIE

mettre fin à leurs querelles , de se partager le pays qui en était Toccasion et le théâtre , et de former une ligue pour se maintenir mutuellement dans leurs usurpations. On ne donnait aux Russes aucune part à ce démembrement, et le roi de Suède se chargeait d^ arracher seul de leurs mains les provinces qu^ils avaient conquises. , Cette négociation , découverte par le ministère de France , remplit d^effroi la cour de Varsovie. Sans divulguer d^une manière po* sitive ce fatal secret , elle se pressa d'annoncer aux Polonais que la licence de leur gouvernement les livrerait en proie à leurs voisins, aussitôt que ceux-ci parviendraient à s^accorder pour le partage d^une si riche dépouille. Ce discours de Casimir, cette prétendue prophétie dont toutes les paroles ont été rappelées de nos jours avec étonnément , et comme si une inspiration divine lui eût révélé un siècle d'avance les désastres qui devaient accabler la Pologne, n^était réellement dans la bouche de ce prince , que Fexpression de ses terreurs présentes.

Plusieurs causes se rémiirent alors pour détourner ce funeste événement. Les confédérations polonaises développèrent dans cet extrême péril une valeur indomptable , et ce désespoir généreux qui rend les vaincus si formidables aux vainqueurs. Les animosités récentes entre

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là Suède et FAutriche ne permirent pas à ces deux ennemis de se concilier. La prochaine vacance du trône de Casimir, donnant à quelques-uns de ses voisins Tespéranc^de posséder par une élection le royaume en entier, les empêcha de s'unir pour le partager. C'était le temps où s'établissait en Europe ce fameux système de Téquilibre, cette correspondance mutuelle des différents états , tous ambitieux, tous jaloux les uns des autres, et qui, pour leur propre sûreté, veillaient à ce qu'aucun d'eux ne s^agrandît. Cette sage politique , un sentiment d'honneur qui régnait encore dans les mœurs européennes , s'opposaient également à ces alliances , toujours infortunées, des plus puissants contre les plus faibles. Enfin la France, qui dominait en Europe , se pressa d'employer son crédit à terminer cette guêtre ; et la paix fut conclue par sa médiation et sous sa garantie.Mais sur-tout cette pacification intérieure dont nous avons parlé, ayant mis fin aux dissensions qui avaient causé tant de maux aux Polonais, leur choix unanime plaça Sobieski sur le trône ; et, sous sa conduite , ils vinrent secourir l'Allemagne envahie par les Turcs , délivrer la ville de Tienne assiégée par une armée innombrable , et sauver une seconde fois TEuropé d'une nouvelle invasion des barbai^e^.

Cette victoire trompa TËurope entière sur la situation de cette réptEbligue. Malheureusement elle entretint TiUusion des Polonais eux-mêmes, à qui leur gloire déguisa leur faiblesse , et per-* ^suada de plus en plus qu^ils n^avaiént pas besoin d*une réforme. La république s^était ranimée par cette réconciliation entre ses citoyens. Mais bientôt les diètes furent rompues de non* veau. L^usage du liberum veift devint plus fré-* quent d^année en année. Ce seul mot là replongeait, comme par encfaantanent , dans un sommeil léthargique ; et chaque fais qu^il était prononcé , elle retombait tont-à-coup , et pour un intervalle de deux années , sans mouvement et sans vie. On en vint même sous ce règne )usqu à rompre les diètes dès leurs premières séances , et leur convoeatim A^était le plus souvent qu'une vaine formalité. Toutes ies psoties du gouvememeni qui ou^ besoin dWe surveillance active , telles qne le canuziaiidement des troupes et Tadaninistration du trésor^ confiées à des généraux età des ministres indépendants de toute autre autorité que cékt de la diète , s'exerçaient alors arbitrairemesEt ; aucune de ces magistratures ne pouvait cependant envahir une autorité scmveraine. Jamais rien de semblable n'est arrivé chez aucun peuple. Le pouvoir législatif achevait de se détruire, et qui

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que ce fut n^eûtseulement osé essayer de Fusurper. Le pouvoir exécutif était partagé en trop de mains , et s^il eût été possible que le roi , les généraux, les ministres et ce grand nombre de magistratures eussent .pu s^accorder, et former un complot contre la république , aussitôt tout se fût soulevé ; le droit qu^avait la nation de se confédérer, était un frein toujours présent contre de semblables usurpations.

Cette espèce d^immobilité générale faisait, dès ce temps-là , comparer la -Pologne à un géant enchaîné. Dans une situation si étrange , cette belle victoire remportée sous lesmurs de Vienne, cette fameuse délivrance de TAllemagne envahie devint une source perpétuelle de malheurs. Non-seulement elle avait donné naissance à une guerre que cette république n^ était plus en état de soutenir ; mais elle donna occasion à une alliance qui ne tarda pas à devenir plus funeste que la guerre même.

Pendant que la république de Pologne ^ mal«gré la gloire qu'elle venait d'acquérir, était dans une décadence si rapide , l^s Moscovites, entièrement inconnus au festç 4^ rSurope, étaient dans un progrès toujours soutenu d'agrandissement et de puissance. Sobiesld, alarmé des pro- .grès de ce peuple nouveau, avait plus d'une fois exhorté ses concitoyens à suspendre tout

64 mSTOUlE DE L^AKARCHIE

autre intérêt, toute autre guerre , et à tourner leurs armes contre un voisin que chaque jour rendait plus formidable ; mais il fallut au contraire , dans les périls et les embarras de cette guerre contre les Turcs ^ s'allier avec les Moscovites contre cet ennemi commun. La trêve qui suspendait les hostilités entre la Pologne et ce nouvel empire , fut alors changée en une paix perpétuelle. Le traité, signé à Moscou en 1686 , céda aux Russes , à perpétuité, la plus grande partie.de la province d^Ukraine, et les belles villes qu^arrose le Boristhène, dont ils s'étaient emparés pendant la rébellion des Cosaques. Les Russes , à qui on ne devait laisser aucune part dans le projet formé pour démembrer la Pologne , furent ainsi les scfuls qui parvinrent à en conserver une partie. En vain la noblesse polonaise rejeta un traité si honteux, et voulut examiner cette affaire avec sévérité. La diète qui suivit , ayant été rompue , une année se perdit; et quand , Tannée suivante , une autre diète voulut en prendre connaissance , la mort avait enlevé les deux négociateurs aux informations qu^ils devaient subir. La république désavouant toujours ce traité, ne nomma aucun commissaire pour régler les anciennes limites ; et jusqu'à ces derniers t^mps, elles étaient demeurées indécises; étemel sujet de division entre ces

deux peuples, qui a pour époque leur traité de paix perpétuelle.

Telle était la situalion de la Pologne , quand Auguste II, élect-eur de Saxe, élu roi par une faction peu nombreuse , en fit appuyer les suffrages par une armée saxonne* Nous terminerons cette peinture générale de ranarchie et des mœurs polonaises par un court exposé de cette élection d'Auguste et de sa politique , qui ont donné accès aux Russes dans toutes les affaires de ce royaume. Il avait eu pour concurrent ce même prince de Gonti, que la faction des grands avait autrefois demandé pour roi ; et si le primat qui présidait à l'élection, avait eu moins de respect pour les mauvaises lois de sa patrie ; s'il eût consenti que plus de quatre-vingt mille gentilshommes, qui s'étaient formés en bataille dans le champ électoral, eussent proclamé le prince françsds , et forcé les suffrages de quelques centaines d'opposants, Conti eût remporté le dangereux avantage d'avoir cette nation à gouverner; mais, dans les temps de corruption et de vénalité , tous ceux qui ont reçu de la nature de grandes âmes et un génie véritablement élevé, se trouvent trop éloignés de l'esprit public , et il leur est impossible de bien connaître les hommes avec qui ils ont à traiter. Tel fut le primat Rad-Zie-Jofski. Il se flattait encore I. 5

d'obtenir en faveur du prince français une élection unanime , et il différa au lendemain. Le parti du prince saxon s'accrut au contraire pendant la nuit par d'indignes manceuvres , et il fut assez nombreux dans la matinée suivante pour hasarder une double élection. Ce parti fut bientôt soutenu par la présence d'Auguste , par un couronnement précipité , par une armée de dix mille Saxons , et par des prodigalités sans bornes , tandis que le prince de Conti apportait dsuos toute sa conduite une extrême réserve, de perpétuels délais , une épargne conforme aux embarras de finance où son pays se trouvait alors, et la crainte de s'engager trop avant et de se trouver compromis. La nation , abandonnée de ce prince , céda avec inique honneur ; et depuis cette époque , elle a toujours reçu ses rois par la force des armes étrangères. Cependant ce pouvait être vn boqheur pour cette république que d'être enfin gouvernée par un roi , que Pancieniieté et la grandeur de sa maison, les richesses et les forces de ses états^ héréditaires, leur proximité, ses alliances personnelles avec un grand nombre de souverains, les alliances de sa politique avec un grand nombre d'états, auraient fait justement respecter des Polonais, et craindre de leurs voisin?. Maïs Auguste , élevé dans les préjugés

des souverains , crut qu^il lui serait facile de régner arbitrairement dans un pays en proie à tant de désordres. Il ne vit pas que dans ces désordres même s'étaient formés de grands courages, des âmes hautes, qui aimaient mieux cette liberté et tous ses dangers , qu'une tranquille servitude ; que ses courtisaâs y pleins de souplesse et d'avidité , étaient prêts à devenir ses adversaires les plus intrépides ; qu'au milieu des bassesses de la cour , des discordes civiles , de la vénalité , ou plutât de l'anéantissement des diètes , il y avait encore de l'audace , une sorte d'honneur soutenue par l'ostentation , et quelques grandes âmes prêtes à s'enterrer sous les ruines de la république. Au lieu de sentir que la nation pouvait avoir de rindifïérence sur le choix de son roi , parce qu'elle se promettait de défendre contre lui tous ses privilèges j il conçut de cette facilité même avec laquelle il s'était acquis le royaume, l'espoir dangereux d'y rendre son autorité absolue. Il viola toutes les conditions qui lui avaient été prescrites, et pour conserver auprès de lui, sous le nom de troupes auxiliaires, l'armée saxonne, qu'il avait juré à son couronnement de renvoyer en Saxe , il chercha à engager la république dans une nouvelle guerre. Il réveilla les anciennes querelles au sujet de la Liyonie-Sué-

G8 HISTOIRE B£ L'AKÀRCkiE

doise , et s^allia avec Pierre-le-Grand , pofur conquérir ensemble cette province.

L^empire de. Russie ayant eu sur la destinée des Polonais. une si fatale influence ; Fhistoire des czars et celle même de leur cour, étant devenue dans les derniers malheurs de cette république , une partie inséparable de son histoire, * il m^a paru important de bien connaître le génie, de cette cour et les mœurs de ce peuple. Après avoir étudié l'un et l'autre dans ses deux capitales, et soigneusement comparé ce qu'il fut autrefois , et ce qu'il est aujourd'hui , l'un sur d'excellentes relations d'anciens ambassadeurs, l'autre sur mes observations personnelles , j'ai trouvé tout ce qu'on dit communément à ce sujet , mêlé de beaucoup . d'erreurs et de mensonges. Je vais donc maintenant exposer quel est le génie particulier qui distingue cette nation de toutes les autres, et quelles sont les véritables causes de son agrandissement.

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