‹ Œuvres posthumes de RulhièreChapitre 64 sur 70 · LIVRE III · texte numérisé non relu

LIVRE III

Si ie trône de Russie eût été plus long-temps

occupé par un de ces priiices ambitieux, ha«

biles à saisir toutes les occasions que la fortune

leur présente^il est vraisemblable ique le période

fatal de la Pologne serait arrivé dès ce temps-là.

Pierre , devenu tranquille possesseur de toutes

les provinces situées au nord de ce royaume ,

et possédées autrefois par sou rival, voulait en

suivre l'exemple , renvoyer Auguste en Saxe, et

réduire les Polonais à leur propre faiblesse. Il

avait embrassé, dans les derniers mois de sa vie,

cette politique qu'avait eue Charles XII , avec

l'extrême différence que le caractère de ces

deux princes devait nécessairement apporter

dans un dessein semblable ; l'un se préparant

à violer toute foi publique pour exécuter un

projet où l'autre avait été conduit par sa vertu

rigide et son inexorable justice ; mais un excès

de débauche, ou plutôt une longue suite de

pareils excès , causa au législateur des Russes

une mort prématurée ; et il a fallu près .de

quarante années , et une suite des plus étranges

conjonctures , pour ramener une sieconde fois

ia6 HISTOiaE DE L^AKARCHIE

cette même politique sur le trône de Kussîe. Il laissait à ses, successeurs un empire immense, une puissance affermie , et tout ce qui pouvait les amollir et les corrompre. Dans une cour despotique, le prince donnant toujours son caractère au gouvernement, rien ne se suit, toHt' change d^un règne k Pautre. Souvent , sous un même règne , on peut compter autant d'administrations di£fërentes qu'on voit de favoris et de ministres s'élever et disparaître. De singuliers spectacles vont donc s'offrir sous les yeux des lecteurs. D'un côté, la Pologne n'a plus ni les mœurs de son gouvernement , ni celles même qui eussent fait respecter son anarclne ; d'un autre côté , les Russes n'auront plus le génie de leur ambition. En continuant, il est vrai, de regarder cette république comme un pays qu'ils doivent subjuguer un jour , c'est un but qu'ils se proposent vaguement, sans savoir quelle route pourra les y conduire, l^es intrigués opposées feront exécuter successi^^ement des desseins contradictoires. Les vicissitudes de leur gouvernement auront ainsi sur la destinée des Polonais, autant et même plus d'influence que sur la destinée de leur propre empire. Cette république, exposée à tous les désordres de son anarchie , ressentira encore toutes les agitations d'un despotisme étranger ; et les

grands événements que je dois raconter ne se-^ nadent pas entendus, si je ne mêlais souvent. à leur récit le détail des révolutions , des intri^ gués et des mœurs de cette autre cour. .

La fortune avait pris dans les demiars rangs, ou pour mieux dire , hors des rangs de la société , la souveraine et les ministres qui succédèrent à toute la puissance de Pierre-le-Grand. Catherine, née sans que sa mère ait jamais eu d'époux, mariée à un soldat livonien, servante d'un curé suédois, devenue concubine d'un général russe , ayant passé dans les bras de l'empereur à l'instant où il la vit pour la première fois, l'avait ensuite accompagité dans ses travaux, comme la plus chérie de ses maîtresses, avait été, après la naissance de deux enfants, déclarée sa légitime épouse ; et son génie la fit monter sur un trône dont sa beauté favait fait approcher. £lle eut pour ministre ce même général dont elle avait été concubine , Mensikof qui, dans son enfance, servait de bouffon dans les cours du palais aux soldats de la garde, et qui ayant un jour amiisé le czar qui le reigardait par les fenêtres, fut appelé par ce prince, lui répondit avec une l^ouffonnerie spirièaelie, fut fait page , devint favori , obtint le commandement des armées , resta pli«s d'une fois régent de l'empila pendant 1^ voyages de son maître,

128 HisToiai: de l* anarchie

et acquit de si grands biens qu^il pouvait, dissâton , aller de Riga en Livonie jusqu'à Derben en Perse, en couchant toutes les nuits dans ses terres. Cette longue faveur* était passée quand Pierre mourut ; mais cette mort ayant prévenu les derniers effets de sa disgrâce, et ses dignités lui restant encore , il en ressaisit aussitôt Tautorité. Il prit , comme premier feld-maréehal, le commandement des troupes : il fit environner la maison où les sénateurs s'étaient assemblés pour délibérer à qui ils donneraient la couronne ; et en sa qualité de premier sénateur, prenant place à leur tête, il les força de laisser le gouvernement entre les mains de Catherine. Son ambition s'augmentant alors avec son pouvoir, il employa les armées russes à envahir pour lui-même le duché de Courlânde , souye-* raineté dépendante de la Pologne. Ainsi, sous ce nouveau règne, le seul intérêt d'un ministre favori engagea Fempire de Russie dans une entreprise particulière contre une province polonaise ; et son ambition personnelle restreignit au. dessein de sa propre fortune ce qui avait été commencé pour de plus vastes projets.

Les duchés de Courlânde et de Sémigale sont un reste de l'ancien domaine des chevaliers livoniens. Au temps des premières incursions des Moscovites, lorsque, pour la première fois, vers

le tnilieu du seizième siècle, ils s'étaient jetés sur là Livonie, cet ordre touchait à^a ruine. Il avait adopté la réforoiation , qui dans ce mênie temps séparait de là communion romaine un si graad nombre d'états. Les commandeHi^s. et le trône même étaient devenus des biens 'patrimoniaux et héréditaires; Un pareil changement ne s^était point fait sains degrandes dissedsions ; et ce nouvel état se trouvaiit alors sans-défense, le duc et la noblesse, à qui bientôt il né resta plus de toutes leurs possessions que les provinces de Courlande et 4e: Sémigale , implorèrent pour les conserver le secours des armes polonaises. Ces duchés devinrent un fief de la république^ sous l^^rondition expresse d'en devenir un jour une province , et d?êtrev quand lâmftisaDnducale.s'éieindrait, partagés^ en palatinate pour être goûvemésde la même manière que lés autres pays^ de la république. L'évéiiement «prévu dans ce traité d'assujettissement, était e sur 'le point d'arriver. Le dernier duc, vi€;ux, infirme, sans enfants, revenu à la religion catholique, et brouillé par cette raison avec la noblesse, de son duché , s'était, retiré dans une ville. étrangère, et, tout entier à ses infirmités ou à ses pratiques de dévotion, fuyait également les soins du gouvernement et le mariage. LesCourlandais virent avec douleur approcher

i3o HisTOïKE Ds l'ahârchie

le ïriamcnt où leur patrie deviendrait une province de Pologne. Leur religion n'est point celle qui domine dans la république ; leur langue et leurs usages ne sont point ceux des Polonais. Originaires d^AUemagne^j ils en ont consenré les anciennes mœurs. La coutume des duels subsiste parmi eux dans son antique liberté. Ils virent dans une grande. indépendance de leur souyerain ; ils ne lui paient aucune sorte de trU>ut;'Ce sont eux, au contraire, qui font valoir les terres ducales^ anciennes comlnaDderies qui doivent toùjoun leur être affermées* La faiblesse de ce petit état ne loi permettant pas d'avoir une armée , ils servent dans les. troupes étrangères ; mais cette» espèce de - qoûsomption quVn appelle maladie du^ays^ «pirne se guérit que par le plaisir de revoirions les objets qu'on a vus dans son enfance, s'enq^are'prasque toujours d'eux; et la plupart reviehnei^ mourir dm» leur patrie.. Cette noblesse craignit d'être soumise à de nouvelles lois. D^, ^dans une diète assemblée à Varsovie en '17:1^, la seule qui depuis long* temps se fût heoreose* ment terminée ^ les Polonais comfèant siir la mort prochaine du vieox duc, avaient décidé le partage de cette principauté en palatinats. Ils avaient envoyé des commissaires à- Mittan, capitde de la Courlande , pour régler la non-

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Telle forme du gouvernement. Les Courlandais s^opposèrent à cette résolution. Ils décidèrent dans leur diète dMlire un nouveau duc, de donner d'avance la succession éventuelle; et pour séparer les intérêts du roi de Pologne d^avee ceux de la république , ils offrirent unanimement leur couronne au comte Maurice de Saxe, son fils naturel. C'est ce même comte dé Saxe, devenu ensuite si célèbre par ses talents militaires. Menzikof, premier ministre russe , soutint les Courlandais dans cette espèce de rébellion ; mais il voulut ce trône pour lui^ ^onême. Le jeune comte de Saxe ne manqua point à sa fortune ; réduit à se défendre contre deux puissances , dont Tune employait Tautorité des lois, le traitait de rebelle, et sous ce titre mettait sa tête à prix ; et dont Fautre , n'ayant que la force pour elle , fit envahir le pays par une armée, il osa soutenir une guerre. Il trouva des ressources dans son génie ; il se retira avec honneur quand il ne lui rest^ plus aucune autre ressource que la retraite, conservant ses droits, s'il en avait , et ayant commencé d'acquérir par cette entreprise illustre , quoique malheureuse, le nom qui le rend immortel.

Menzikof se croyait déjà souverain de ce duché, et pour achever de s'en emparer, n'attendait plus que la mort du vieux duc. Mais l'am-

i32 HISTOIRE DE L^ÀNARGHIE

bitioa de ce favori croissant toujours avec sa puissance, rencontra en Russie même son terme fatal.

La mort dé Catherine avait laissé le trône de Russie à un enfant de onze ans , petit-fils de Pierre V\ Menzikof, encore plus maître de Fétat sous ce nouveau règne j allait marier sa fille au jeune empereur, et son fils à la sœur de ce prince. Uempirje , par Fun et Fautre de ces mariages , paraissait également assuré à sa famille. Dans ces Conjonctures, une légère indispo^tion, qui le retint quelques jours dans ses appartements , ouvrit à ses ennemis un accès facile auprès du jeune czar; et le caprice d'un enfant perdit ce vieux ministre. Ce n'e^ point ici le lieu de raconter comment il fut conduit hors de Pétersbourg , avec un cortège nombreux et magnifique , soit qu^on. voulÂt par-là contenir le peuple dont il était adoré, soit que Fon crut devoir encore ce ménagement à un reste d'amitié du jeune empereur pour lui. Mais au sortir de la ville , cette pompe disparut. De Ifcut ce cortège il ne lui resta que des gardes. Il fut , avec ses deux enfants, conduit dans une contrée déserte , où, jusqu'à sa mort, le travail de leurs mains servit à soulager leur commune misère.

Les princes Dolgorucki , auteurs de sa chute , succédèrent à son crédit , à ses projets sur la

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Courlande et sur le trône même de Russie , vainement retenus par les prières et les pressentiments de leur nombreuse famille. Car , en ce pays, les familles entières ëtant toujours enveloppées dans les di6grâ€es, chacun s'inquiète et tremble pour soi - même , en voyant un homme de son nom parvenir à la faveur. Une secrète épouvante s'y mêle toujours à la joie dans les plus heureux succès de l'ambition. Les infortunes dont ils étaient menacés , s'annoncèrent par la mort du jeune czar et celle de sa sœur, pendant les apprêts d'un double mariage avec les enfants de ces ministres favoris. Le trône demeura vacant. Il faut savoir que l'ordre de la succession ne se règle en Russie que par la volonté du dernier souverain ; cette volonté n'avait point été déclarée. Il faut savoir encore, pour bien entendre les mouvements intérieurs de cçtte cour , qui doivent se lier à tous les événements de cette histoire, que la maison impériale se trouvait réduite à quatre princesses. Deux étaient nées de Catherine et de Pierre, mais avant leur mariage , et l'aînée notême était alors absente et mariée au duc de Holstein. Les deux autres étaient nièces de Pierre, et filles de son frère aîné; elles, étaient également absentes : sa politique cherchant des alliances au dehors, les avait aussi

l34 HISTOIRE DE L^ ANARCHIE

marines à de petits souverains étrangers; la première au duc de Meckelbourg , prince avare et cruel , dont elle était séparée ; et la seconde, à un duc de Courlande , dont elle était veuve depuis assez long-temps. Des révolutions suc* cessives ont élevé tour-à-tour à l'empire ces quatre princesses ou leurs descendants.

Au moment de cette vacance du trdne, les Dolgorucki , la pltis ancienne maison russe , se voyant seuls à la tête des affaires et de la cour , voulurent délivrer à jamais leur patrie du joug odieux des favoris , qui montaient de Fesclavage au ministère , et du joug encore plus odieux des étrangers, qui venaient en foule de tous les pays instruire et subjuguer la nation russe. Ils rédigèrent les conditions auxquelles i]s donneraient la couronne. Il ne s'agissait pas d^établir un gouvernement libre , mais de forcer le despotisme à revenir aux anciennes mœurs. Ils stipulèrent que le nouveau souverain ne pourrait disposer ni des grands emplois , ni des revenus de Tétat, sans Favis d'un conseil choisi parmi les anciens Russes. Après avoir long-temps balancé , ils remirent la succession dans la branche aînée , mais non dans l'ordre naturel. Ils envoyèrent offrir la couronne à la duchesse douairière de la Courlande , qui vivait dans ce duché avec un revenu médiocre ,♦ uni-

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quement occupée de ses plaisirs , sans avoir jamais conçu ni Fespérance, ni Fambition de régner. Anne signa aveuglément toutes les conditions qui lui furent présentées, et partit de Mittau suivie d^une foule de nobl^sfi côurlandaise c)ue lui attachait sa nouvelle fortune. Ce fut ainsi que la destinée commença à mêler toutes les affaires de Courlande avec celles de Russie.^ et à soustraire presque entièremiént ce fief à la' république de Pologne.

Cette princesse, devenue impératrice à des conditions qui ne lui laissaient qu^un pouvoir limité , ne tarda pas à reprendre en main le pouvoir absolu. Les détails de cet événeitient sont étrangers au sujet que je traite ; mais ils sont si extraordinaires , ils forment un contraste si marqué avec lés moeurs polonaises, que f ai cru faire plaisir au lecteur dei led lui raconter comme je leè ai appris moi-même sur les lieux et de témoins oculaires.

En arrivant à Moscou , Anne fut séparée dp tonte sa suite ; les prince^ Dolgorucki la gardaient à vue. Jamais elle n'était uiï moment sans être observée par Fun d'eux. Mais la petite noblesse russe , que sa pauvreté met à Fabri des coups violents du despotismp, et qui,^ disait-elle, préférait un maître à cinquante tyrans ; les étrangers qui voyaient la cour se fermer à leur

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engagé, occupaient à-la- fois toutes les premières places de Tëtat ; et sous le règne d^une princesse formée elle-même aux mœurs étranr gères y ils étaient devenus les vrais maîtres de Fempire. Tel fut Ostermann, qui présidait au conseil, et qui, dans sa politique, avait , disait^ il, pour maxime, « De ne jamais faire le jour » même ce qu^il pouvait remettre au lende- » main. » Tel fut Munich , dont Factivité convenait mieux à la guerre , et qui se vantait de n^avoir jamais remis au lendemain ce qu^il avait pu faire le jour même. Tel fut enfin ce grand nombre d^hommes célèbres, qui portèrent en Europe et en Asie la terreur du nom russe , et par qui ce règne devint le plus bel âge de cet empire.

Un jeune Courlandais les contenait sous un joug sévère , Biren , que nous verrons bientôt duc de Courlande , et ensuite , après avoir éprouvé les plus effroyables disgrâces, enlever encore ce duché aux princes de la maison de Saxe. La nouvelle impératrice Favait amené à sa suite. Sa famille avait servi les ducs de Courlande dans les plus vils emplois. La faveur intime de cette princesse , hautement déclarée pendant qu^elle résidait à Mittau , n^avait pu le faire admettre parmi la noblesse de ce duché. On avait cité contre lui une note infamante ,

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inscrite dans le nobiliaire de Courlande , où il ëtait dit que cette famille serait à jamais rejetée de Tordre de la noblesse , pour avoir produit des titres faux* Mais en Eussie la faveur seule lui donna le gouvernement de Tempire. C'était un esprit altier , une âme féroce , qui méditait froidement d^horribles cruautés ^ et prétendait s'en justifier par la nécessité, disaitil, de traiter ainsi le peuple russe. La fermeté de son caractère anima et mit en vigueur toutes les parties de Tadministration. Les Russes, exposés aux plus cruels supplices, méprisés dans leur propre pays , éloignés de tous* les grands emplois, n'étaieât appelés à la cour que parmi les bouffons , pour y être perpétuel* lement avilis au milieu des fêtes indécentes et grotesques qui en étaient les seuls amusements* Dans les deux premières années de ce règne, ces étrangers craignaient de quitter la cour. Ils se disputaient la suprême faveur auprès d'une princesse que la licence de ses mœurs exposait à, toutes leurs prétentions; et leur rivalité les empêchant de s'éloigner , et s'accordant ainsi avec les véritables intérêts de l'empire , ils ne paraissaient occupés que de l'administration intérieure. Mafô bientôt la faveur de Biren ne laissa plus d'espérance à ses rivaux , et chacun dut chercher sa fortune dana^

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l'éclat de ses services. Cet homme lui-même , qui n'avait pu parvenir à se faire admettre parmi la noblesse de Courlande , ne tarda pas à former le projet de s'en rendre le souverain. Telles étaient les dispositions de cette cour , quand la vacance du trône de Pologne offrit à cette foule d'ambitieux l'occasion qu'ils at« tendaient.

Les Polonais depuis quinze ans avaient vécu dans la paix ^ le luxe et la mollesse. La république avait craint une seule fois de nouveUes agitations. Une querelle dans une rue entre des enfants , avait donné naissance à ces mouvements dangereux ; et l'on reconnaîtra , par ce récit même , comment une cause si frivole a eu la plus grande influence sur toute la suite des événements. Les jésuites s'étaient établis dans la ville de Thom ^ où domine le luthéranisme ; d'autant plus zélés qu'ils habitaient, suivant leur expression , dans un repaire d'hérétiques ; d'autant plus hardis qu'au milieu de cette bourgeoisie peu considérée en Pologne , ils en élevaient toute la jeune noblesse. Quelques-uns de leurs écoliers , après une procession publique , insultèrent des enfants luthériens La bourgeoisie prit part à cette querelle , s'assembla en tumulte ; et rçpoussée avec outrage des portes du collège , elle s'irrita , força cette maison ,

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pilla réglise ^profana tous les objets du culte sacré , et traîna dans les ruisseaux une image de la Vierge. Toute la Pologne frémit de cette profanation. Une diète se tint dans ces conjonctures; elle ne fut point rompue. Le zèle re-. ligieux concilia tous les esprits ; on nomma une commission pour informer de ce désordre et punir les coupables. Ce fut dans cette même diète que Ton décida , comme nous Tavons ra« conté, le partage de la Courlande en Palatinats. Ainsi la superstition publique /et l'intérêt personnel j puisqu'il s'agissait , dans l'affaire de Courlande, d'augmenter le nombre des emplois et des grâces , rétablirent enfin cette una* nimité nécessaire à la tenue d'une diète , et qu^aucun autre intérêt relatif à la patrie n^avait pu ramener depuis si long-temps. La commission nommée contre la ville de Thom , reçut toute l'étendue du pouvoir souverain. Les jésuites furent les accusateurs. La commission se laissa prévenir par leur zèle , par les risques qu'avait courus cette jeune noblesse au milieu de ces bourgeois séditieux, et enfin par la haine que des gentilshommes souverains portent naturellement aux privilégesr des grandes villes. Ou ne se borna pas à punir une sédition, on voulut venger Dieu. La ville deHiorn, occupée par des troupes polonaises, vit deux vieillards,

l42 mSTOIBE DE l'ANAECUIE

chefs de sa magistrature , sans autre crime que de n^àvoir pas suffisamment reprimé le désordre , perdre leur tête sur Téchafaud , et plusieurs de ses citoyens expirer dans les bûchers. On éleva une colonne dans la place publique ^ afin de perpétuer la double mémoire du sacri* lége et da supplice. Le culte luthérien fut dé* pouillé de tous les avantages que dans cette ville seule il avait usurpés sur les catholiques.

Les dissidents, trbp peu nombreux pour s* opposer à cette cruelle exécution , se plaignirent à tous les souverains ; ils espérèrent un moment d'être soutenus par des troupes étrangères; les Polonais le craignirent, et dans toutes les provinces on se tint prêt à prendre les annes. Auguste ne vit pas sans effiroi cette nombreuse noblesse s'armer et se rassembler : ce prince , qui pour parvenir à soumettre la nation , avait cherché tous les moyens de la séduire , s^empressa de lui offrir pour défendre la religion catholique /le secours de ses troupes saxonnes et luthériennes. Il en avait réformé la plus grande partie à la fin des derniers troubles ; mais il profita des craintes actuelles pour faire en Allemagne de nombreuses levées , et se précautionner contre les événements. Il se croyait affranchi , par la mort de Pierre I^^, des engagementâ contractés sous cette redoutable ga~

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rantie , et il attendait impatiemnient une occasion de faire rentrer ses troupes en Pologne. Il ne.fut pas même sans espérance que les Polonais ne se laissassent aveugler par leur. fanatisme , jusqu^à recevoir volontairement un secours si dangereux. Mais alors aucune puissance n^avait intention de troubler cette république ; toutes se bornèrent à des recommandations en faveur des dissidents. Les Polonais, indignés de ce que leurs concitoyens eussent ain^ crié vengeaiiCfe dans lescours étrangères, ne songeaient plus qu'à réprinier une licence qui pouvait devenir plus funeste ; ils voulaient prévenir par de nouvelles lois le danger d^uà pareil exemple. Il s'agissait d'assurer Tindépendande de la république ^ en effrayant par lasévérité des défenses, quiconque serait tenté d'avoir recours à ces protections trop puissantes. Auguste de son côté vit avec douleur s'échapper l'occasion de faire rentrer ses Saxons en Pologne ; cette efq>érance avait fait renaître toute son ancienne ambition. On a découvert que dansson^épit, et sëh de rendre nécess^re aux Polonais le secours dexette nouvelle, armée , il soUiciteit alors le kan des Tartares de faire une invasion sur les frontières. Il offrait aux puissances voisines, pour l'aider dans le dessein d'assujettir la république, el d'en rendre la couronne héréditaire dans sa maison ,

l44 HISTOIRE DE X.' ANARCHIE

la cession de quelques prbvinces. Sa mort arriva dans ces conjonctures. Il fallait que Tindustrie des Saxons et la fécondité de leur sol y le pillage de la Pologne pendant la guerre , et la vente de tous les emplois de cette république pendant la paix, eussent été pour lui une source intarissable de richesses; car, après les dépenses incroyables de son règne , après les étranges vicissitudes de sa fortune et les prodigalités de son luxe ; après avoir bâti à Dresde une nouvelle ville , élevé de superbes monuments y meublé ses palais de tous les ckefs-d^œuvre des arts; et, qu^on nous permette de le dire, pour donner par un seul exemple une idée^de tout le reste, après y avoir rassemblé, dans vne immense galerie, pour quarante-quatre millions de porcelaine , il laissait à son fils douze millions dans son trésor , un crédit assuré par la liquidation de ses dettes , et une armée de trente-trois mille hommes d^cxcellentes troupes. Cette somme , ce crédit , cette armée , et un parti assez nombreux, eussent suffi pour décider dans la prochaine élection les suffrages de: la noblesse polonaise. Mais d^autres conjonctures tendaient cette vacance du trône de Pologne un des plus grands événements qui pût survenir eh Europe.

Stanidas Leczinski , ce polonais couronné par Charles XII , et qui ensuite proscrit dans son

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pays, portait d^asile en asile le titre de roi de Pologne, par une inconcevable destinée avait, du sein de son infortune , fait sa fille reine de France. Peut-être eût-il été d^une saine politique , et du véritable intérêt de la France de laisser aux Polonais un roi qui eût des forces personnelles, et qui, dans leur anarchie, pût aa moins les défendre. On ferma les yeux sur une si sage considération. Les Français se firent un point d'honneur de rendre au père de leur reine la couronne qu'il avait déjà portée ; mais par une suite des brouilleries qui avaient éclaté entre la reine de France et le ministre qui gouvernait alors ce royaume, rien n'était prêt pour cet événement. La France n'avait aucune liaison enPolognè ; elle avait depuis long-temps négligé et presque totalement abandonné les affaires du nord. Toutefois les sommes immenses qu'elle répandit dans cette république , les talents de ceux qui agirent en cette occasion, les prétextes honorables qu'ils firent valoir en excitant les Polonais à se ressaisir de leur indépendance , enfin l'opinion des secours qu'on devait attendre d'un royaume si puissant et de ses alliés, réunirent bientôt tous les suffrages. Les Polonais commencèrent par s'engager, daiu^ toutes les provinces, sous la foi d'un serment unanime, à ne donner la couronne; qu'à cm de leurs con-

l46 HISTOIE£ DE L* ANARCHIE

citoyens. Soixante mille s^assemblent dans le champ électoral ; ib rappellent sur te trône Stanislas, et, par nne singnlarité digne de tout le reste de sa vie , pendant qo^une flotte encore éloignée , sur laquelle s^était embài'qtié, à la vue de tout un peuple , xm homme dont t6QS les traits ressemblaient à ceux de ce priâce , était attendue à Dantzick, comme si elle Teût amené par mer , il se trouva présent et parut tout- V coQp an moment oà il fut élu. Un seul Polonais s^avance alors au milieu du camp, et d'un mot suspend Télection ; mais il se laisse fléchir aux prières générales. Son apposition rétractée ne sert que dé témoignage, et^ pour ainsi dire, de monument à la liberté qui règne dans cette élection. Soixante mille suffrages donnèrent donc une seconde fois la coul^onne à Stanislas , et les Polonais s^applaudissaaent de voir enfin renaître parmi eux cette Inureuse unanimité de leurs ancêtres, qui autrefois, Paient-ils, donnait à leurs lois une sanctioin si vénérable , et à leurs actions de guén'e un accord invindble.

Mais déjà troi^ armées environnaient les frontières, et menaçaient dUnonder les provinces, si Ton osait élire Stanislas. Le ntouvèl électeur de Saxe avait ûtnploré le secours de la Russie ; et quoique la vraie politique de cet empilre dôt être de placer sur ce ti^ne un prince sans force

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et sans armée, dans cette cour comme dans celle de France, des intérêts particuliers l'emportèrent sur ceux de rëtat.

Le noirrel électeur , qui fut bientôt connu sous le nom d'Auguste III > pour obtenir le trône de Pologne , promettait à Biren ie trône de Courlandé. Il offrait à tous ées ambitieux qai dirigeaient le gouvernement russe , Tespôir de disposer de toutes les grâces de son royaume. D'un autre côté, la maison d'Autriche possédait dans ce temps le duché de Silène , qui borde tout roccident de là Pologne ; elle avaât presque toi^ours pris part aux troubles de ce pays^ die avait, depuis deux ^nts aus^ employé sa poli-, tique à y a^ftiènïer Tinfiuence des Russes ; et des intérêts momentanés engagèrent enèore l'empereur autrichien dans le même concert , pour seconder le nouvel électeur de Saxe. Il n'y avait cependant pour cette invasion aucun prétexte légitime. Les puissances de l'Europe ayant toujours exercé entré elles le droit du plus fort dan^ toute l'étendue de «a barbarie , cherchent à côW^rir leurs îtiju^icés et leurs violences de quelque apparence spécieuse; et à tous les coUimèncemenlS de guerre, on voit éclore dès volume.^ de SOphismes. Ceux qui furent alors imaginés , doivent d'autant moins être passés sous silence qu'ils ont eu

dans la suite les conséquences les plus fa* taies.

Les deux empires réunis s^annoncèrent comme garants du gouvernement et des lois de la république. Il faut, pour expliquer cette prétention, remonter aux siècles précédents, où la noblesse de Pologne et celle de Hongrie sMtaient mutuellement garanti leur liberté. Ces deux nations, quelquefois gouvernées par un même roi, et toujours soigneuses de cultiver entre elles le bon voisinage, s^étaient , par leurs traités^ donné réciproquement le droit de réclamer les secours Tun de Fautre contre tout ennemi étranger ou domestique, qui aurait entrepris de renverser leurs lois. Les vicissitudes des temps avaient tout changé. Le sceptre de Hongrie était passé entre les mains des empereurs autrichiens. Les Polonais, distraits par leurs dissensions civiles et leurs longues guerres, n'avaient pu secourir les Hongrois opprimés ; en un mot , les anciens traités étaient tombés dans un mutuel oubli. Mais la maison d'Autriche voulut en inférer, dans l'occasion actuelle, ce prétendu droit de veiller en Pologne à l'exécution des lois, et d'exiger une nouvelle élection. Les Russes, recevant cet exemple de leurs alliés , voulurent aussi s'approprier une autorité semblable. Ils commencèrent à en chercher les fondements dans

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ce traité de paix conclu en 17 17, entre Auguste II et ses sujets, sous la médiation et sous la garantie de Pierre I«'; traité qui avait eu pour objet unique Tévacuation de la Pologne par les troupes saxonnes. La Russie prétendit en inférer ce droit nouveau de veiller sur toutes les affaires de la république. C'est une imitation absurde de Tautorité que la France et la Suède , après avoir rétabli la liberté de F Allemagne ^ peuvent y exercer, comme garantes des traités de Westphalie ; garantie légitime , et qui est d'accord avec tous les principes du droit public de TEurope , parce que les différents états qui composent l'empire germanique, indépendants les uns des autres, peuvent faire la guerre ou la paix, et s'allier avec les puissances étrangères* Mais s'arroger une autorité pareille dans l'intérieur d'une république , c'est renverser le droit des nations : et ce système d'oppression ne peut avoir pour fondement que cette maxime des barbares : « Malheur aux vaincus. » Cette prétention tyrannique que la Russie devait soutenir de nos jours par tant de violences pour forcer les Polonais eux-mêmes d'y donner un consenrten^ent formel, naissait dans le même temps où ces républicains avaient résolu de prévenir toute ligue, toute liaison de leurs sujets avec les puissances étrangères. Des sentiments si opr

l5o HISTOiaS B£ L'ANARCHIE

poses, dont le choc devait allumer un si vast^^ incendie, se produisaient alors pour la pre^ mière fois dans ces deux états , coitinie si Fun eut senti sa force au moment où Fautre commençait à sentir sa faiblesse.

Soixante mille Russes , sous la conduile de ces étrangers qui diercbaient à signaler lèuaiTS nonîs en Europe , et à asâûrer leur fortune en Russie, s^avaneèrent donc en Pologne. Us dévastaient sur leur pacage les terres de tout gentilhomme qui avait Montré du zèle en faveur du nouveau roi. Au seul bruit de cette nlvasion , la, guerre devint presque générale eçi I«rope. Depms long-rtemps tous les états de cette partie du monde ne se maintenaient en paix que par Feifort mutuel des nég^ocîateurs, et, peur ainsi dire, par un délai général de toutes les querelles. La prenûère secousse devait causrer un ébranlement universel. Mais les victcwes que la France et ses alliés remportèrent dan& d^autres contrées sur les alliés des Russes, ne fureiiA d'aucun secours suix Polon^ais; Cette cour né^ gociait pour susciter en leur faveur toutes les nations qui; avaient pris ka armes di^ temps de Charles XII. Mais avant qu^ ses n^ociatioas , auprès du divan et dans la nouvelle république de Suède, eussent déterminé ces deux puissances^ à la guerre , tçmtât cette noblesse polo-

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nais^ 9 rassemblée par ThaJi^ikté 4es i^iiarigyes , deiiieura abandonnée à ses propxes forces. Attac}tté^ par les Russfefi et Im». Saxons, raenaeëe par lies Autriçlâe&i», la crainte de Tincendie de ses viUages la riaippeU d^ui3 st& cbiteaux ; elle se d^pers^ dan&. $e9 vastes plaines. Les de«x ai>nKées de U république^ réformées souple règne précédenl; , composaient à pme> quinze milte homxœs sans ^xe^ccice et sans^ discipU^. E^les arrêtèrent cependant les^ Ruia^es. au p^ay^^e de laVisAulç^ asdmih t^mpa pour qu'ils njç pu^s^t arriireir au obamp de$.41ectiit>ms., ayant rexpjratiçadu ifii^^ fixé par les Ipis. UjS pairyinrent dans une fqr^t voisine ^ Varsovie, le jou^ mâmeoi^ ^rt^rip$ es;pipç^ l ^% là ^ofi Section faite dsspi^ vœ auber^ç, fjir une roi^kte , au mi^liçi|i d^s b^Sj, p«c uuj petsJ: nombre d» gei^r til^QjpPi^e^dont4^el^je[Sruns y furent con^juijts eiMîb^iî^§,,4€iv^^^ titçe qjoe^l^ nouvç^ él^ctfiuf 4^Saxe e^%h £^e va^i^ çoot^^ T^leçtioB.

u;|ia^l|i|ffi^ spn^conçurre^v Slim^^t toujoiwa inf4Çirt»j^:?ijr Ijû tyô^^e^quoMi^e par^t^i^t afll/^^rs^ et pep^Jfii^ le ç<H*rs d'*|in% IjOnguft yie, il ait éJté uni wrç; e:i^en^ç. ^ pros^ril^^ et de; tï^bfi»?;» se ir^fugwi,;. mn 4^ toij^^ 1jb% grancjs, da»s,b seu^ yil^ fy^^ de çqs ^onliréçs. ïla^tzick » plu^^li pi*oté^, des, fiolpi^i^ que leur sa^j^tt^, flcM^aRH par lift' CQX^inarc^ de ph|f de w^la

l5a HISTOIRE DE L^ ANARCHIE

vaisseaux, et jouissant d^un gouvernement particulier sous i^autoritë de ses magistrats, s'est fortifiée elle-même pour conserver son indépendance. Le roi de France écrivit aux trois ordres de cette ville pour les engager à défendre Stanislas, en leur promettant un prompt et puissant secours. Le siège fut sanglant et opiniâtre. On montre encore dans les fortifications un lieu nommé depuis ce temps le cimetière des Russes, Huit mille de leurs soldats y périrent dans une seule attaque. Après cinq mois, un faible secours arriva enfin sur une escadre plus faible encore : et la plus héroïque valeur ne put le faire pénétrer dans toute la ville. Toutes les tentatives dès-Polonais, pour le même objet, n'avaient point réussi. Les confédérations qui s'étaient formées dans presque tous les districts, quelquefois heureuses dans les combats de leur cavalerie légère colitre la pesante cavalerie saxonne qu'elles surprenaient dans ses cantcmnements et dans ses marches y n'eurent jamais aucun succès contre l'infanterie russe. <r Jamais dans cette guerre, dit une relation fidèle, trois cents Russes ne se détournèrent pour éviter trois mille Polonais. » Tant le choix des armes , la discipline et l'ensemble ont d'ascendant sur le courage même et sur le nombre ! Désormais toute espérante était per-

DE POtOGKE. l53

due ; mais avant la reddition de la ville, Stanislas eut le triste avantage d^échapper, sous les plus singuliers déguisements, aux périls dont il se trouva environné. Un grand nombre de Polonais lui restèrent fidèles. On supposa qu'ils étaient retenus par la foi de leur serment. L'empereur voulut obtenir du pape quHl les déliât de ce serment unanime, d'exclure du trône tout étranger ; mais ils ne s'en crurent déliés que par l'abdication de Stanislas : elle fut une suite des traités de paix qui terminèrent cette guerre. La France y gagna de nouvelles provinces où Stanislas vint régner. Les Espagnols gardèrent un royaume qu'ils avaient conquis sur la maison d'Autriche ; et enfin la Russie plaça sur le trône de Pologne Auguste III qu'elle avait soutenu, regardant comme un assez grand avantage de faire régner sur cette république un roi odieux à la nation , et que la crainte où il serait toujours de ses sujets, maintiendrait dans la dépendance de ses protecteurs.

Toute la nation polonaise se réunit dans une diète dé pacification, tenue en 17^6. Ce peuple vaincu, mais fier dans sa soumission, fit une sorte de réclamation étemelle, en mettant à prix la tête de quiconque à l'avenir , dans un interrègne , appellerait des troupes étrangères ;

154 HISTOIRE 0£ l'anarchie

et cette m^e <£ète qui reconaut Auguste IIl pour roi y prononça, en sa présence , l'infamie et la peine de mort contre ceux qui, dans la suite, imiteraient son exemple. On exécuta dans cette diète tout ce qu^on méd^^t^dt depuis plusieurs années contre les dissidents. Le petit nombre qui en restait encore parmi la noblesse, fut absolument exclus dngouveraement, et réduit à la ccmdition de sujets. On leur accorda la sikreté de leurs biens ^ le droit de posséder tous ks emplois milit^dires , et d'obtenir les grâces de la coi)ir, qui n'emportent avec elles aucune magistrature , le di^ok de donner leurs voix dans les diétines, pour l'élection des députés, sans pouvoir être députés eux-mêmes. On leur ôta également toute activité dans les tribunaux et dans les commissions: souveraines ; et L'on décerna contre eux l^s peines de haute trahisosi, ^, pour être rétablis dans leur premtKr état , ik imploraient 1$; protection des puissances ârangères. Ces nouvell!es}0is^de.veiiuies de nos jours l'occasion, ou plutôt le prétexte de tant de troubles, ej; d(è$ ce temps-là contredites par un gr^nd nombre d^ catbo^ues^ passèrent toidefoî^ a^vjeç une afipa^ente unanimité. Aucun prince étjçaD^er ne réclama contre elles; et ettçs {mmp portées, en quelque sorte, sous la pro^e^tiofii des armes russes.

to POLOGNE. l55

Cependant les Turcs avaient laisse yioler im*ponément le traité conclu, il y avait alors vingt-^ trois aos, sur les bords du Pruth, et qui aurait du garantir la Pologne de l'invasion des Russes. Ce n'était plus ni le même visir, une disgrâce lui avait coûté la vie; ni le même sultan, une i*évolution Favait précipité du tr^e. Us étaient remplacés par \kn eoipereur et par des minia* très, moins dignes encore du gouvem^fnent. Le chef des eunvques noirs ^t^it le maître de Fempire ; et sous une administration si méprisable, les insinuations de laFrance n'ûvs^^nt pu exciter dans le sér^L qu'une attention vaine, et de tardives inquiétudes. Mais ces hardi^i aven* turiers, qm gouvernaient U Russie , saisirent le prétesite de ces inquiétudes ioèpiie. Déjà, el dès le temps des séditions qui avaient agité Cons-: tan^oi^le, et pla^é sqi: le trocie te nouyeam sultan, -ils avaient réseau d^'attaquer cet empire , de venger la Ru/ssjie de F^ffront qu'elle avail reçu an bord du Pruth , A\&^^w ce traité honteux qui opposait à Vambition des Ru3$^ un^e barrière que, dans d'aube» eonj<wetures, ^^ aurait pu craindre de fraucbir. Ik^ n'avaieu^. suspendu (te dessein que pour donner un roi ^ la P'ologne. Us le reprirent avec une uouveUe ardeur aussitôt que cette répiublique fut pacifiée. CesboRimes, d'un génie ^ redoutable, sen-

l56 HISTOIRE B£ l' ANARCHIE

tirent que , pour enchaîner la Pologne , poor ne pas laisser dans cette république une espérance d'appui , et par cette espérance un germe perpétuel de révolte , il était nécessaire d'humilier Fempire ottoman ; et que c'était peu d'avoir donné un roi aux Polonais , si on ne les séparait entièrement de leurs protecteurs. Pendant t^ les premières hostilités, ils continuaient d'amuser ]e divan par de fausses négociations , et tout le plan de la guerre était déjà concerté avec les Autrichiens. La Russie profitant même de se^ correspondances avec la Perse, avait engagé dans cette Kgue l'heureux usurpateur Thamas- KouHkan.

' Ce fut sur-tout pendant cette guerre que Munick , par une rigueur inflexible , acheva d'établir dans les armées russes la discipline qu'elles ont conservée. Les officiers généraux étaient , pour les moindres fautes, enchaonés à des canons, et traînés ainsi dans de longues marches. La plupart des soldats , par la crainte de s'avancer dans les déserts sablonneux qui séparent ces deux empires, feignaient des maladies pour ne pas sortir des frontières. Munick, qui vit par cette ruse ses troupes diminuer de moitié , fit publier dans son armée une défense d'être malade , sous peine d'être enterré vif; et le lendemain , ayant fait enterrer trois soldats

8ur le front du camp, les maladies cessèrent, et Farmée passa outre. Au siège d^Oczakoff, une bombe alluma dans la ville un incendie irrémédiable. Munick commande aussitôt une attaque environnante. Uincendie s'étendant de plus en plus, et faisant sauter consécutivement trois magasins à poudre , ensevelit au loin sous les ruines une partie de la ville, et des bataillons entiers d^assiégeants. Les Russes refusant alors de monter à un assaut pour entrer dans cette ville embrasée , Munick fait pointer contre ce détachement une batterie de canons , et ces troupes., ainsi forcées à combattre , emportent cette malheureuse ville.

Toutefois les projets concertés entre les alliés ne s^exécutèrent point. Thamas, après avoir demandé aux Russes, sous prétexte d^attaquer* Tennemi commun, des ingénieurs et des ofiiciers d^artillerie , employa ce secours à la conquête des Indes. Les Turcs, qui évitent de faire la guerre sur les frontières désertes de la Russie, mais qui se portent toujours avec ardeur en Hongrie, où F espérance du butin les attire, attaquèrent avec toutes leurs forces les possessions autrichiennes, et obtinrent de grands avantages. L^armée russe, désolée par cent millç Tartares, n^eut dans la Crimée, quelle mit à feu et à sang y que d'inutiles succès. Tous ces anciens

l58 HISTOafi BE l'akahchie

giéfier aux, formés sous Pierre-le-Grand , avàieiit repris le premier dessein de ce prince, détendre la domination moscovite jusqu^au rivage de la mer Noire , et de s'établir sur cette mer , tandis que les principales forces des Turcs seraient occupées de toutes parts. Mais moins la fortune seconda ce prc^'et, plus elle donna de grandes occasions au génie de Munick. Il change tout le plan de la guerre. Il traverse sans obstacle une partie de la Pologne , pour attaquer de ce cdté les frontières ottomanes. Ce fut lui qni, le premier, en Russie, conçut le dessein de faire soulever contre les musulmans tomtes^ ces nations chrétiennes, conquises depuis trois siècles, et qui, depuis ce temps, toujours ennemies de leurs im^res , s'informaient, avec une joie secrète, de tous les progrès des armes russes, et commençaient à en attekidre leur dâivrance. Etrange pouvoir de Topinion, par lequel , trois siècles après TéMindion de Tempire gtec, des barbares étrangers à cet empirie, |>arviendrotit, peut-être, à le renouveler en Moscovie ; ainsi que -, dans nos climats , trois iHècles aptes Textinction de Tempire romain , •d'autres barbares ayant usurpé son nom dans la -Germanie, enont, en quelque sorte, renouvelé la puissance. Munick, appelé <lans le conseil de Pétersbourg , ou Ton voulait la paix , opina

DE POLOGNE. i5q

pour continuer la guerre. Il exposa l'état intérieur de l'empire ottoman; « Que tous les Grecs » regardaient la czarine comme leur légitime » souveraine; que la disposition de ces peu- » pies tenait à ce premier éclat de renommée ^> qu'avait maintenant la puissance russe ; qu'il » fallait saisir ce premier moment de leur en- » thousiasiifie et àt leur espérance , marcher à » Constantinople, et qu'une pareille disp osition » dans les esprits ne se retrouverait peut-être » jamais* »

En effet, dès que Munick eut conduit son armée dans la Moldavie 9 ancienne province de l'empire grec , et dont les habitants conservent encore la même religion, ils le reçurent comme leur libérateur. Il se préparait à passer le Danube , et à porter la ^erre dans fe côéur même de l'empire ottoman. Les Turcs ^ malgré les grandjs avantages qu'ils obtinrent alors contre les Autrichiens, auraient difficilement résisté au soulèvement g^éral dès Grecs, appuyé par une armée jusque-là victorieuse , et ccmduite par un tel homme. Dans ce péril même , qui menaçait dé si près la puissance ottomane , les événements de là gnertre né servaient que d'occasion et de prétexta aux intrigues du sérail. Tantôt les intentions pacifiques d'uù grand-visîr devenaient le motif apparent de sa disgrâce ;

iCo mSTOiaE de L'ANARCIilË

tantôt dans les victoires de son successeur cou* tre les Autrichiens, on trouvait un motif pour r exiler, comme trop opposé à la paix. Mais d^autres événements arrêtèrent Tannée de Munick , et empêchèrent Texécution de ce grand dessein. Thamas, revenu de la conquête des Indes, menaçait alors les frontières turques; et le divan, effrayé^ consentit avec précipitation i la paix que demandaient les Autrichiens vaincus; et dans le même temps, les Russes étaient rappelés dans le nord par les premiers mouvements d'une nquvelle guerre contre les Suédois. La France avait offert sa médiation entre la Russie et la Porte ; son ambassadeur , uniquement occupé d^acquérir la gloire de pacifier ces deux empires , travaillait sans instructions de sa cour, sans aucun plan, sans aucun avis relatif à la situation des autres états ; il pacifiait tout dans ces contrées , sans intéresser dans cette mé* diation les Suédois , qui , trop tard excités par les précédentes insinuations de la France , se préparaient à commencer cette nouvelle guerre. Il laissa anéantir le traité de Pruth, cet unique bouclier qui restait à la Pologne ; et le nouveau traité signé à Belgrade, en 1739, déclara, dans son dernier article, « que toutes les conventions » antérieures n'auraient plus aucune force. » Ainsi les Polonais demeurèrent sans défenseur;

DE POLOGNE. iGl

un calme dangereux fut rendu à ces contrées , tandis que les longues tempêtes excitées par Félection d^un roi de Pologne ^ allaient encore porter leurs ravages dans d^autres cUmats ; et le dessein de rétablir un jour Tempire grec subsista seulement dans la politique russe.

Le nouveau roi de Pologne , fidèle aux promesses qu^il avait faites à Biren , lui avait assuré le duché de Courlande, quoique ce duché ne fût pas encore vacant. Les Polonais ,. en cédant sur de plus grands intérêts , avaient consenti dans la diète de pacification à laisser porter cette atteinte aux conditions expresses du traité d^assujettissement de la Courlande. On avait statué qu^elle continuerait d'être gouvernée par un duc quand la maison ducale s'éteindrait; et en conséquence ils avaient donné au roi, dains cette même diète , le pouvoir éventuel de conférer ce fief à son choix: Tunique condition qu'ils eussent imposée d'avance à celui qui en recevrait l'investiture, était d'en acquitter toutes les anciennes dettes , et d'en dégager les do* maines hypothéqués à des étrangers. Par-là, ils avaient dessein d'affranchir ce duché des prétentions que formait sur une partie de ses revenus l'impératrice de Russie, comme duchcisse douairière. Mais cette condition même assura le trône à Biren, parce que cette princesse I. Il

l62 HISTOIRE lœ l\\NARGHIE

annonça, au moment de la vacance, qa^elle n^abandonnerait ses droits qu à lui seul. Les états du pays cédèrent à la nécessité de le de* mander pour duc ; et le sénat de Pologne, convoqué à cette occasion^ nVut point d^autre conseil à donner aii roi , que de s'accommoder au temps. Le diplôme fut donc expédié à Biren. Toc^efbis les soins de la faveur et du goover** nement ne lui permirent pas de quitter la cour de Russie, il ne remplit aucune des fonnalités exigées par les lois de Giurlaade pour y pren^dre possession de la souverameté. Malgré ces irrégularités, cet bomme^ dont la famille était diffamée en G>urlande , et qui n^avait pu s'y faxre inscrire parmi la noblesse , en fut reconnu souverain par cette noblesse même , et par toutes les puissances étrangères.

Mais rimpératrîce Anne touchait alors à ses derniers moments;- et la même ambition qui avait perdu M^nzikof, allait perdre le nouveau ducde Courtaude . Anne, cédant aux insinuations de cet ambitieux, désigna pour successeur au trôtie de Russie , un enfant de quelques semaines, l^le ecarla 4a duchesse de Mekelbourg , sa nièce, qu'elle avait appelée en Russie, qu'ellemême avait mariée ; et elle choisit pour empereur Tenfant qui venait de naître de ce mariage. Ivan , porté en naissant au faîte des grandeurs,

B£ POLOGNE. l63

reçut dans son berceau les serments de tout Tempire ; et Bireiii comme régent, se fît prêter serment par les armées. Une senl€ nuât , préparée par dix-hùit ans de hfi&m , renversa ses vastes projets. Munick, son ennemi personnel, ayant su> powr arriver an palais « tromper la vigilance des gardes, le anrprxtdans son liU ^ le fit enchaîner enveloppé dans une 'couvertnivei toute cette famille fut mise wx fers» Son épouse, arrêtée comme lui dans son lit par des sol^ dats, fut exposée aux phis «néj^rîsants outrages; et la régaace de Fempire fut temîse à ht itière deTempereuT.

Une sentence rendue par une cot9fni3sion qu'on npinina le sénat de Russie, déclara Biren criminel d'état, digne -de tnort, et lui faisant grâce de la vie , le pnva de l^nneur^, de ses biens et de sa, liberté. Il fut, avec sa fatnille^ transporté enSîbérié , dans une afifreuse prison^ dopt Mttf^l: naiagina le frlaa et traça lui-même le dessin >pour y rafemmr son ennemi* L'im'rope^ qui s'était tue pendant la faveur de cet homme , entendit avec surprise annoncer dans tous les papiers publics le néant de son origine; et d'illustires familles qui cherdiaient quelque parenté avec kii, onbUèrent leurs reefaerdiies. La régence de Gouriande n'^oaploya pins son nom dans aucun acte, et le fit effacer des prières

lG4 HISTOIKE D£ l\4NARCHIE

publiques. La Russie, sous le prétexte de s^indemniser des sommes qu'elle Taccusa d'avoir fait porter en Courlande, fit mettre en séquestre toutes l^s terres ducales. De son côté, le roi de Pologne ordonna que ce duché , pendant la vacance, serait administré sous son propre nom, et la régence se soumit , sans aucune réclamation , à une administration si bizarre , où les honneurs étaient pour la Pologne, et les revenus pour la Russie.

Ce duché paraissant alors destiné au favori, quel qu'il fût, de- la princesse qui régnait en Russie, la régente Anne en sollicitait déjà l'investiture * pour le prince de Brunswick, son mari, quand une nouvelle révolution précipita dans les fers l'empereur Ivan, ses parents, tous ceux qui avaient attaché leur fortune à cette famille , et tous ces étrangers qui , depuis si long-temps, gouvernaient l'empire. La seconde fille de Pierre I^**, Elisabeth, qui pendant une année entière avait tramé de grands complots, et médité une guerre pour monter sur le trône, fut forcée, par la crainte que ses trames ne fussent découvertes , de changer précipitamment cette conspiration en un coup de main. Elle se rendit la nuit au palais, sous 1 escorte de soixante grenadiers, tous vieux soldats , choisis dans les régiments des gardes, et que la mé-

DE POLOGNE. l65

moire de Pierre-le-Grand attachait à sa fille. En entrant dans la chambre de Tempereur, elle courut au berceau et se saisit de cet enfant. Cette troupe de soldats féroces rangés autour d^elle , présentaient leurs baïonnettes, et, prêt» à le massacrer, attendaient qu'elle le leur jetât. La nourrice, éperdue, et tombant prosternée aux pieds d'Elisabeth , présentait à terre un carreau au-dessous .de ce malheureux enfant. Elisabeth, balancée entre la pitié et le soin dé sa propre sûreté , fixa en silence ses regards sur lui , qui , dès. un âge si tendre , accoutumé aux respects et à se voir baiser la main, la lui tendit arec un sourire. Elle fut attendrie ; elle le caressa ; et, le posant sur le carreau, elle dit à la nourrice d'en prendre soin. Cette même nuit , on arrêta la régente et le père de l'empereur. La première intention d'Elisabeth parut être de faire conduire toute cette famille hors du pays ; mais après leur départ de Pétersbourg , ik furent retenus siir la frontière, ramenés dans l'intérieur de la Russie, et enfermés dans des prisons ignorées. Il fut défendu , sous peine de mort, de prononcer le nom de cet enfant, et de garder une seule pièce de monnaie frappée à son image.

On avait arrêté au même instant tous ceux qui avaient eu part au gouvernement , Oster-

l66 HISTOIRE D£ L^ANARCHIE

manii) Munkk, tous ces antres étrangers dont lés grands talents avaient, <Mi quelque sorte, fondé cet empire. Les soixante vieux girenadiers rosses voyant Fautorité remise , par eux seuls , entre les mains d^une princesse toujours ëlevëe en Russie , et qui ne connaissait point d^àutres moeurs, lui demandèrent, pom^ unique récompense , d^ordonner dans tout Tempire le massacre des étrangers. Elle désarma leur férocité ; mais en leur jurant de faire mourir dans les supplices tous ceux qu'ils voudraient trouver coupables. Bientôt , en effet , Fétersbourg vit conduire sur Féchafaud , les uns pour y être écar télés, les autres pour y être roués vifs, cette foule dliommes célèbres , auxquels cette ville devait sa fondation et son éclat. Tous y montrèrent la plus héroïque fermeté, et le dédain le plus outrageant pour la nation qu^ils avaient illustrée. Ils y reçurent grâce de la vie , pour être conduits dans d'effroyables exils: Ostermann, dans cette île déserte oùMenzikof était mort ; Munick , dans cette triste maison construite sur ses propres dessins pour y enfermer Biren. Cehii-cî , qu'Elisabeth ne haussait pas, en sortit pour un exil plus doux; et, on raconte que ces deux ennemis s'aperçurent, en traversant la chaussée étroite par où Tun sortait pour faire place à Fautrc. Golofkine, le seul

Russe qui eût été employé avec éclat sous leur ministère j fat conduit à T ettrémï té de TÂsie, au*» delà du cercle polaire. Sa femme et lui fureint enferma daas la mésne chambre; et tant de calamités ayant bientôt causé la mort dis <ett6 femme^ Golof kîne appela l'officier <|ui le gar-* dait^et lui montra ce cadavre irofficier répondit « que ses ordres porkuent de ne rien, l/jusser >) entrer ni sortir; » et le corps de cette infortunée resta sous les yeux de son époijiXt jusqn^aa retour d^uii émissaire envoyé à deux mille lieues prendre les ordres de la cour. Le barcMi Mengdeii fut transporté encore ph^ près du pôle, avec son épouse et un enfant dans les braft de cette maUieureuse mère. Cet enfant passa ses premières anné^ « ne conaaissant de Tunivers entier que ses deux parents^. Ih Tinstruisirent arec soin dan» pre$que tous les^ arts de FËurope. Il leur survécut à tonis àeniÈ^ dans cette même prison, y resta longrteBspj&.seid, en sortit à Tâgë de vingt ans ; et Facteur de cette Histoire Ta vu occupé à compareip^ii^ les objets de la nature et de la société f ég^ement nouveaux pour Iui« avec Ws notions îusftea et fidèles que $es parents lui en avaient transmises, et qui étaient profondément gravées dans sa mémoire. D^antrea eurent d'aussi tristes destinées.

1^8 msTonuE de l'anarchie

Jamais révolution ne fût plus générale ni plus prompte. Dans toutes les villies russes , les étrangers furent poursuivis , quelques-mis massacrés. Ceux qui servaient à Farmée ne durent la vie qu^à leur nombre , à leur réunion et à leur intrépidité. La plupart se pressèrent d^abandonner cet empû'e, et de passer chez des nations plus reconnaissantes : tels que Kèït, Ls^cy, Lowendal , qui trouvèrent ailleurs les honneurs et la gloire ; Mansfeldt, aide-de-camp de Munick, et qui Pavait suivi dans toutes ses campagnes ; £uler,dont les travaux ajoutèrent une nouvelle célébrité à Facadémie de BeMin. Quelques-mis, n'ayant pas , comme ceux-ci , un nom qui partout assurât leur fortune, obtinrent de servir la Russie dans ses ambassades, se précantionnèrent contre les confiscations, en plaçant leurs biens dans les banques étrangères, et réso* lurent^ en employant leur génie et leurs talents au service de cette cour, de n'y retourner jamais. Il resta seulement en Russie ceux qui purent supporter le mépris. Les juifs furent de ce nombre; mais on les soupçonna de faire passer en pays étrangers les biens de ceux qui avaient quitté Tempire ; et un édit impérial bannit à perpétuité toute leur race.

Gomment des historiens n'ont-ils vu dans tout cet événement, que la révolution particu-

DE POLOGNE. l6g

Hère qui ëleva Elisabeth sur le trâne, et non une révolution générale? Les anciennes mœurs russes repriirent aussitôt leur cours. Par-tout rignorance et la barbarie reparurent avec la vanité. Un luxe sans bornes continua de régner dans un pays où mancjuèrent bientôt les arts nécessaires. Les vastes projets formés sous Tad* ministration des étrangers , restaient encore dans la mémoire des Russes. Ils voulaient avoir une escadre à Textrémité de FAsie, afin d^y découvrir de nouvelles terres ; et ils n^avaient plus un pilote à Pétersbourg. Ils se croyaient destinés à conquérir le monde : et , dénués des talents qui les avaient conduits , ils ne savaient plus assiéger une ville.

La tolérance des religions, suite nécessaire du gouvernement des étrangers, gens de tous pays et de toutes sectes, subsistait encore. On n^avait point révoqué les ordres absolus qui établissaient cette liberté. Mais Tancienne superstition et le zèle d'en étendre la croyance reprirent bientôt toute leur force. Voler dans les rues des enfants étrangers pour en faire des esclaves, était une action religieuse, parce qu'en même temps on les convertissait à la religion russe. Elisabeth, par sa bonté même, laissait commettre une infinité de maux. Cette princesse, douce saiis être clémente, avait fait

lyO HISTOIRE DE L ANARCHIE

serment de ne panir personne de mort ; mais cette indulgence consistait uniquement dans une horreur superstitieuse de tout ce qui pouvait lui rappeler Fidëe de la mort. C'était afin d'en écarter jusqu'à la moindre pensée, qu^elle n'osait en signer Tordre pour un crimineL Pourvu que lé sang ne fût point verse , les ordres les plus sévères, s'ils étaient demandés par un favori , ne coûtaient rien à ta bonté de son coeur. Elle laissait exercer dans tout son empire une effroy^able tyrannie. Les cachots étaient peuplés d'une multitude de malheureux. Un tribunal, nommé l'inquisition d'état, destiné de tout temps à porter l'effroi dans le sein des familles , à recevoir en secret les délations des esclaves contre leurs maîtres , et qui prononce ses horribles décrets avec le même mystère, n'avait jamais apporté à ses fonctions plus de vigilance et plus de rigueur. Les gouverneurs des provinces, se jouant avec une atroce subtilité du serment de leur souveraine, faisaient attacher des hommes en croix, et, sans leur ôter la vie , les faisaient ainsi abandonner au fil de Teau sur les grandes rivières qui traversent ces déserts. Tout était en proie à leurs vexations et à leur pillage. Cependant Elisabeth était adorée ; et quoique, sous les derniers règnes, les étrangers eussent rendu le gouvernement entier

rement militaire, bientôl, sous ]e joug A^une princesse russe , Superstitieuse à la manière du pays, et qui suivait en tout les anciennes mœurs, on vit reparaître cet ancien esclavage volontaire, cette espèce de religion qui avait le souverain pour objet de son culte. Un Russe ne pouvait concevoir que, dans les autres pays de rSurope, nous fussions attachés à nos souverains ; puisque notre vie, protégée par les lois, ne dépend pas uniquement de leur volonté. « Moi, disait-il, chaque soir je bénis ma souve- » raine de ce que ma tête est encore sur mes » épaules. » C'est dans ce temps qu*un écrivain russe , en racontant que des sauvages de FAsie se donnaient la mort plutôt que de supporter la servitude , ajoutait que ces suicides se multiplièrent à un tel point, que la cour envoya, de Moscou, un édit exprès pour les défendre.

Pierre-le-Grand n'avait pris en main la puissance du patriarche , que pour la détruire ; mais, sous le règne d'Elisabeth, cette puissance, jointe à l'autorité impériale, la rendit encore plus sacrée. Le synode on conseil des prêtres se fit gloire de considérer la czarine comme chef de la religion ; et le despotisme fiit encore aggravé du pouvoir même qui autrefois l'avait balancé. Ainsi les Russes retournaient par la

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pente invincible de leurs mœurs , à leur servitude religieuse ; et formés en même temps au despotisme militaire, ils étaient parvenus au plus' bas degré d^esclavage qui ait jamais été chez les hommes.

Tous ceux qui, depuis un siècle , avaient eu part aux grandes affaires ou à la faveur, ayant tour- à-tour péri dans les supplices ou en exil, les esprits semblaient affaissés par le souvenir de ces fameux exemples. On ne voyait s^élever nulle part ni ambition, ni talents. Les mères recommandaient à leurs enfants de s^arréter aux premiers pas dans le chemin de la fortune ; . et la plupart de ceux qui parvenaiept aux honneurs, étaient choisis parmi les esclaves domestiques du palais. Un homme restait seul qui avait été employé sous le ministère des étrangers; et sa longue expérience, malgré ses vices, reconnus de sa souveraine , le porta à la tête du gouvernement. C^ était le russe Bestuchef , génie vigoureux , mais sans culture , sans morale , sans aucun soin de sa réputation. La cour le croyait audacieux, parce qu^il méprisait toute pudeur, et que jamais il n'employa Fintrigue où pouvait réussir Fimpudence. Sa politique était de croire ' qu'on peut toujours faire à un autre homme la proposition d'un crime ; sa seule adresse dans ses conversations était de balbutier, afin d'avoir

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le droit de revenir sur ses paroles, en soutenant qu^on ne Tarait pas bien entendu ; de paraître ne pas comprendre avec facilitéla langue qu'on lai pariait V afin qu'on s'expliquât de tant de manières qu'on dît enfin plus qu'on ne voulait dire. Sa souveraine lé redoutait ; et la disgrâce, avant de le frapper, le menaça vingt ans. Il détestait sa souveraine , et souvent il médita de la détrôner. Ce ministre , perdu de luxe, comme le furent tous les courtisans sous ce règne , trouvait une ressource perpétuelle à son désordre, en vendant l'alliance de sa cour aux . puissances étrangères. Aussi soutenait-il dans le conseil « que l'état naturel de la Russie est » la guerre , que son adpiinistration intérieure, » son commerce, sa police, toute autre vue » doit être subordonnée à celle de tégner au- » dehors par la terreur, et qu'elle ne serait » plus comptée parmi lés ptdssances euro- » péennes, si elle n'avait pas cent mille hommes » sur ses frontiètcs , toujours prêts à fondre » sur l'Europe. » Par cette politique ruineuse, il maintenait avec effort la considération des Russes en Europe , il faisait rechercher l'alliance de sa cour, et vendait cette alliance à son profit personnel.

La faveur de Fimpératrice était tombée sur un de ses pages, le comte Ivan-Schouvalbf,

174 HISTOIRE DE L'ANAECHIE

jeune homme sans génie, modéré par crainte, qui borna son autorité k prot^er faiblement les arts de luxe ; mais im de s^ parents , Pierre Schouvalof , que , par allu^^ion ati nom de de«x empereurs, on nommait quelquefois Pierre in » profitait de cette faveur jkhît. s^éiever à um puissance formidable , tenait en mom>pole le commerce maritkne de Fempire , affermait à un profit immense la province de SibérM^, c^est* à-dire, presque tout le nord de notre continent; d^ouillait, dans ce vaste gouvernement , tous ceux qui y possédaient quelques richesses, et égalait par son faste celui des souverains. Il était grand-maître de Tartillerie, et prévoyant les troubles qui devaient suivre ce règne , il avait eu soin pour s^y assurer 1^. principale influence , et balancer la force des régiments des gardes, d^aogmentc^r les trpupes de Tartillerie : il les tenait dans la capitale ; il li^s formait , par le secours de quelques subalternes étrangers, aux manoeuvres les plus promptes et les plus hardies : elles avaient atteint par leur discipline et par leur adresse tout ce que les :peaj>lès les plus aguerris ont acquis dans oe genre. Leurs exercices 9 dans lesquels cet homme portait soa faste accoutumé, et faisait tirer dans les jours solennels trente mille coups de canon , ressemblaient à de grandes batailles. Ainsi, malgré les

intentions pa£Îfique$ d^Ëlisabeth , malgré la faiblesse de son caractère, quoiquHl n^ eût dans son conseil aucun projet, rambition d^un de ses favoris , et le vil intérêt de son ministre, entretenaient dans cet empire les forces qu^il allait bientôt développer. Cette princesse elle-même, qui laissait ses finances en proie à toutes les malversations , et qm ruinait son état par le luxe, toittrmetitée d^une défiance inquiète et de la crainte des révolutipns, amassait en secret un trésor particulier. Dans le même temps, tout ce peuple^ obéissant à une impulsion donnée pendant plusieurs règnes, s'avançait de toutes parts au-delà de ses frontières. Ces longs retranchements, dont ils enfermaient leur empire depuis TEurope jusque bien au-delà des possessions chinoises, étaient par-tout élevés sur des terrains envahis ; c'était une vaste mer uni abandoimait son lit pout couvrir ses bords.

Pendant que la Russie, toujours ambitieuse, était ainsi gouvernée, au hasard, par un ministre vénal et par une femme tiiplde.^ il semble que la Pologne aur^t dû se ressaisir de son indépendance, et se dérober entièrement au joug dont elle était menacée. M^i^la tranquille anardne de cette république, sous le règne d'Auguste III , n'offre pas un spectacle moins extraordinaire que cette paisible et rigoureuse

176 HISTOIEE DE L^ ANARCHIE

servitude , dans laquelle les Russes s^applaudîssaient d'être retombés.

Auguste III , sans avoir les grandes qualités de son père, avait montré la même générosité. U avait, comme lui, prévenu par des bienfaits ses ennemis les plus opiniâtres. Il marchait en apparence sur les mêmes traces ; il laissait autour de son trône les arts que son père y avait rassemblés ; mais son goût pour le luxe n'avait rien qui lui fût personnel. C'était seulement par une habitude prise dans son éducation, qu'il se ruinait en magnificence sans l'aimer , en tableaux sans s'y connaître. Le faste de sa cour n'était animé par aucun esprit de galanterie ; et ce roi , d'une beauté majestueuse , gardait une inviolable fidélité à la reine, son épouse, la plus laide princesse de son siècle Cette beauté même , qui, dans les traits de ce prince, frappait au premier coup-d*œil, s'éclipsait à. la plus légère attention ; on lui trouvait , , au moindre examen , je ne sais quoi d'épais ; sa physionomie muette et morne n'avait aucun caractère, si ce n'est quelque fierté. Son esprit était si paresseux et si borné , que jamais il n'avait pu apprendre la langue de son royaume. Son unique passion fut pour la chasse ; et la reine ne le quittant jamais, l'y suivait des le point du jour, dans une chaise ouverte, bravant avec lui toutes

les intempéries des saisons. Dans cette unique et perpétuelle occupation^ il prétendait gouverner seul ses deux étals de Saxe et de Pologne ; mais, en effet, tous les soins du gouvernement étaient abandonnés à un favori, assez adroit pour que ce monarque nonchalant , mais orgueilleux et jaloux de son autorité, crût toujours l'exercer par lui-même.

Le comte Brulh, chasseur infatigable, parce que c'était un moyen sûr de plaire à son maître; convive agréable , adroit à tous les exercices, avait passé sa vie entière à la cour, et, devenu minisire, ne fut encore qu'un courtisan. Ce ne fui point un choix du roi qui porta Brulh à cette place, mais une faveur qui, s'accroissant de jour en jour, sans être fondée sur aucune estime, lit tomber peu-à-peu toutes les affaires entre ses mains. Jamais respects plus servîtes ne furent rendus à aucun prince, que ceux qu'il rendait à son mailre avec une perpétuelle assiduité ; toujours à sa suite dans les foréls, ou passant les matinées entières en sa présence , sans jamais dire un mot, tandis que ce prince désœuvré se promenait en fumant, et laissait tomber les yeux sur lui, sans le voir. « BruUi, j^ai-je de r argent? — Oui, Sire, » ce fut toujours sa réponse. Mais pour satisfaire chaque jour aux nouvelles fantaisies du prince , il chargea en

178 HISTOI&E DE L^ ANARCHIE

Saxe la banque de Tétat de plus de billets qu^elle n'avait de fonds ; et en Pologne, il mit à Fencan tous les emplois de la république. Il portait dans les grandes affaires de la politique gênéraie de FËurope, cet esprit d'intrigues sourdes, de mensonges et de doubles manœuvres qu'on prend si souvent dans les cours ; rampant devaut son maître , séduisant dans la sociélë par sa grâce et par sa douceur, faible et perfide dans les affaires, et par- tout ailleurs le plus superbe des hommes. L'excès de son luxe en tous les genres paraîtrait exagéré dans un roman ; et la vérité passe ici de bien loin toute vraisemblance.

LucuUus, rétonnement des Romains après qu'ils eurent pillé la Grèce et F Asie, Lucullus, qui prêta un jour aux entrepreneurs d'un spectacle cinq mille de ses habits, aurait paru au. ministre saxon, dénué de tout et presque nu. Il prétendait que cette folle magnificence n'était pas en lui un goût personnel , et qu'il s'y asser* vissait uniquement pour flatter un faible de son maître. En effet, Auguste, attaché par indolence à une vie simple et privée , mettait de l'orgueil à être servi par un ministre fastueux. Sans mes profusions , disait Bnilh , il me laisserait monquer du, nécessaire. Et le plus vain , le plus, superbe des hommes, n'était encore au milieu de

toute cette pompe, que le plus vil des flatteurs. On ignora long-temps qu^une secrète dévotion se mêlait dans Fâme de ce ministre à toutes les passions d^uû courtisan ; mais uii jour que deux étrangers pénétrèrent indiscrètement dans ses appartements intérieurs, ils l'aperçurent, avec surprise , à genoux , le visage contre terre , devant une table illuminée, comme le sont les tombeaux dans les cérémonies funèbres. Brulh se relevant avec précipitation, leur dit « qu'a- » près avoir donné sa journée entière à son s» maître temporel, il fallait bien donner quel- » ques moments à Féternité. » Tels sont les replis du cœur humain ; tels étaient les sentiments qu'il cachait avec soin , sous un désordre qui perdait deux états.

Le comte Brulh, d'abord ministre de Saxe , n'était rien en Pologne ,^ où les étrangers sont exclus de tous les emplois ; mais aussitôt que par son crédit sur Fesprit du roi, il eut commencé à disposer seul de toutes les grâces, il se donna hardiment pour Polonais , et trouva moyen, dans un procès suscité à dessein, de faire reconnaître par un tribunal une fausse généalogie. Ce jugement devint un titre qui permit à la faveur de le combler personnellement de richesses et de dignités.

Le msdtre et le favori n'avaient point d*autre

l8o HISTOIRE DE L'ANARCmE

système politique qu^uae dépendance entière de la Russie. Ils saisissaient avec adresse toutes leç occasions de capter la bienveillance de cette cour. Dès que rimpër^trice avait souri à un jeune homme , ils en étaient soigneusement in^ formés. Le cordon de Pologne était devenu, en quelque sorte, le premier degré des honneurs russes , et le premier indice d^un crédit naissant à Pétersbourg. De Varsovie on mandait fidèlementaux autres cours toutes les nouvelles de Russie ; c^était pour cet empire comme la capitale d^une province éloignée. Quelques Polonais s^affligeaieut de ces bassesses ; mais comme faire sa fortune et celle de sa famille, était devenu, sous ce règne , Toccupation générale , la plupart allaient chercher la faveur à sa source. Ils voyageaient à la cour de Russie ; les viles intrigues des courtisans russes se conservaient à Varsovie en anecdotes, pour Tinstruction de la jeune noblesse, et comme une science utile à Tambition. Brulh s'applaudissait de sa politique ; il croyait, par l'adresse de ses négociations, s'être assuré de tout ce qui avait du crédit auprès de la czarine. Mais le grand-chancelier Bestuchef se servait de lui comme d'un espion subalterne, dans les affaires générales de l'Europe, et profitait de la déférence du ministre saxon pour vendre , en concurrence avec lui , les starosties

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et les dignités polonaises ; et beaucoup de gens ont pensé que le premier ministre russe n'avait point d'autre vue sur ce royaume, ique d'y entretenir son crédit pour cette vente même.

Dans une pareille situation, le joug ne paraissait pas s'appesantir ; mais il s'affermissait d'année en année; et pour citer un exemple remarquable , Iç conseil des prêtres russes envoya un évêque de sa religion dans ces provinces polonaises, dont les paysans étaient Russes d^orîgine. Il y établit un nouveau siégé épiscopal, qui ne reconnaissait point d'autre autorité que celle de la czarine, en opposition des anciens évêques grecs qui s'étaient soumis à l'autorité du pape. Ce ne fut alors , de la part des prêtres russes , qu'un zèle de prosélytisme, sans aucun dessein politique ; et en Pologne toutes les affaires étaient dans un tel abandon, il y avait dans tous les esprits tant de légèreté , tant de négligence, qu'une si dangereuse innovation ne fut pas même remarquée.

Le roi préférait le séjour de Dresde à celui de Varsovie, parce que les forêts de son électorat étaient plus agréables pour la chasse que les forêts de son royaume; et parce qu'étant ennemi de toute représentation , il n'était point obligé de tenir une cour à Dresde, comme toutes les coutumes polonaises l'y contrai-

l82 HISTOIRE DE L* ANARCHIE

gnaient à Varsovie. Cétait en Saxe qu'il entretenait, à grands frais, des troupes de danseurs français , et de chanteurs italiens , et qu^il se ruinait en folles prodigalités. Mais le ministère polonais ne pouvant avoir d'activité que par la présence du roi , la diète et le conseil du sénat ne pouvant s'assembler que sur une convocation du roi, ses longues absei^ces laissaient la république dans une entière inaction. La loi qui oblige de convoquer une diète tous les deux ans le rappelait à cette époque ; il désirait passionnément que ces assemblées eussent une heureuse issue , parce qu'il en eût regardé le succès comme une preuve de confiance que les Polonais lui eussent donnée. Mais après quelques sessions tumultueuses , il se trouvait toujours quelque nonce dont l'opposition obligeait la diète à se dissoudre ; et le roi, accoutumé à ce malheur, paraissait aisément consolé, quand ta saison était favorable pour retourner en Saxe. Pendant trente années que dura ce règne , la nation s'assembla toujours vainement ; et presque toujours les prétextes les plus frivoles suffirent pour ces ruptures. Le roi de Prusse a raconté qu'un jour cherchant à faire rompre une diète, et ses partisans , en petit nombre, ne pouvant trouver un motif apparent qui cachât leur mauvaise intention, il feuilleta les

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lois polonaises, et y découvrit Tancienne défense de traiter aucune affaire aux lumières ; il leur écrivit de chercher à prolonger quelque session jusqu'à l'entrée de la nuit, et de faire apporter des chandelles. Il fut obéi. Les chandelles furent apportées ; grande rumeur dans l'assemblée ; on crie à la violation des lois ; « que l'ancien ordre des diètes est interverti ; » que le pouvoir arbitraire tente tous les » moyens de s'établir; » et dans ce tumulte un nonce proteste contre .la validité d'une diète où les lois sont violées ouvertement. Qu'on imagine le plus simple héritage quelques années sans maître et sans régie , tout y tomberait en ruines; et un des plus grands royaumes de l'Europe resta pendant trente années sans aucune sorte d'administration. Il n'existait aucun pouvoir légitime pour demander compte ni de la perception des impôts , ni de l'état des troupes. Les grands trésoriers s'enrichissaient du trésor public, tandis que l'état était pauvre et obéré. Les grands généraux étaient puissants, et la république sans défense. Les grands maréchaux étaient redoutés , sans que la police fût maintenue ; et on reprochait aux chanceliers de signer arbitrairement des actes illégaux. Toutes les grandes affaires restaient indécises. Aucun ministre n'avait été envoyé aux puissances étran?

l84 HISTOIRE D£ L^ ANARCHIE

gères. Il y avait sur-tout un désordre dont les funestes conséquences attaquaient toutes les fortunes. Les hôtels des monnaies avaient été fermés en i685, en attendant la première assemblée des états, aBn qu'on pût, pendant cet intervalle , délibérer avec les grandes villes de Prusse siir le règlement qu'on projetait alors. Mais la rupture des diètes empêchant toujours ce règlement , les hôtels des monnaies restaient fermés. Les anciennes pièces, d'une valeur trèssupérieure à celles qui avaient cours dans les pays étrangers , furdnt bientôt enlevées par les peuples voisins et par les )uifs. La monnaie étrangère devenant plus nécessaire de jour en jour , avait un cours arbitraire ; le commerce intérieur manquait de petite monnaie. La république ne pouvant même remédier à ce désordre , le roi se crut sufKisamment autorisé par la nécessité évidente, à faire frapper en Saxe des pièces polonaises; et dans l'avidité de gagner sur cette entreprise, il donna aux princes voisins le dangereux exemple de les falsifier. . Au milieu d'une longue paix, la nation, plongée dans la mollesse , se faisait un devoir d'imiter le luxe de la cour; et ce luxe iuvsensé déguisait « sous une apparente^ prospérité, le véritable état du royaume. Le peuple, c'est-à-dire^ les esclaves, devenaient chaque jour plus malheureux.

DE POLOGNE. l85

parce que les possesseurs des terres s'efforçaient d'ea accroître les revenus par le surcroît de travaux dont ils chai^eaient ces infortunés. La plupart des gentilshommes, ruinés par une vaine ostentation de richesses , n'avaient plus ni armes 9 ni chevaux, et n'étaient plus, comme autrefois , toujours prêts à marcher pour la défense de la patrie. De là les revues de la no-^ blesse n'avaient plus lieu ; quiconque eût proposé de les rétablir se fût rendu inutilement, suspect à la cour. On sentait donc à-la-fois tous les abus de ce gouvernement bizarre , où d'un côté la disposition des grâces , dépendant de la seule volonté du roi, laissait dominer cet esprit d'imitation qui tient à la basse flatterie des cours, tandis que les privilèges de la noblesse y maintenaient, d'un autre côté, tous les désordres de l'anarchie. Aucun danger présent n'avertissait la nation qu'elle était désarmée* On laissait tomber plusieurs autres établissements qui entretenaient autrefois son esprit militaire; et cette noblesse, unique force de la république depuis la réduction des deux armées , ne pouvait offrir, aux premiers dangers qui la menaceraient, qu'un amas de gens courageux, il est vrai, mais sans armes, sans discipline, également incapables de commander et d'obéir.

l86 HISTOIBE DE l' ANARCHIE

La cour, dont Tambition croissait par ces désordres même, employait quelquefois avec habileté tous ses avantages pour préparer le succès d^ ne diète qui eût augmenté le pouvoir du roi ; mais un seul citoyen suffisait pour renverser les plus adroites mesures. Le liberum veto , ce défaut monstrueux qui perdait la république , empêchait Teffet de tous les autres vices de ce gouvernement. Plus d'une fois la cour renonçant, en apparence, à ses projets ambitieux, chercha à engager les Polonais dans des alliances personnelles avec les autres états. L'Europe était alors partagée en deux grandes confédérations, dont les forces égales, et les succès balancés dans les dernières guerres maintenai ent une sorte d'équilibré entre toutes les puissances. Celle qui réunissait, dans une même alliance, les cours de Russie, de Vienne et d'Angleterre , protégeait la maison de Saxe, et renouvelait souvent la proposition de soudoyer une armée polonaise. Le roi favorisait cette proposition, dans l'espoir que toutes les forces de la Pologne se trouvant ainsi remises à la dis- . position de ses alliés, il acquerrait aisément pour lui-même l'autorité qu'il leur laisserait prendre. Mais ce nouveau dessein , sur le point d'être exécuté, se trouvait toujours rompu. Les autres puissances, soutenues par leur seule

réputation , conservaient encore la faveur secrète de la nation et quelques partisans déclarés^ de sorte que Ces deux grandes confédérations , Tune par ses intrigues, l'autre par l'opinion qu'on avait de ses forces , se balançaient aussi dans la république. L'équilibre même de l'Europe servait à maintenir le gouvernement polonais ; ^t la Pologne , au lieu d'être subjuguée , au lieu d'être entraînée dans des alliances dangereuises, conservait par l'impossibilité même de prendre une résolution, la liberté, l'indépendance et la paix.

Ce qui peut à peine se comprendre , c'est que dans une pareille anarchie, elle paraissait heureuse et tranquille. La sûreté régnait dans les villes ; les voyageurs pouvaient sans rien craindre traverser les forêts les plus solitaires elles routes les plus fréquentées. Jamais on n'entendait parler d'aucun crime ; et rien peut-être ne fait plus honneur à la nature humaine , et ne confirmerait mieux l'opinion philosophique , que l'homme est naturellement bon. Toutes les haines de religion semblaient assoupies. On ne vit nulle part se produire aucun zèle fanatique. Plus d'injures, plus de ressentiments. La rupture perpétuelle des diètes ne laissant exister aucune autorité législative, mais seulement l'autorité des tribunaux chargés de faire exécuter

l8Ô HISTOIRE DE L^ ANARCHIE

les lois , les dissidents n^avaient aucune occasion de réclamer, et se soumettaient avec tranquillité. Le comte Brulh, luthérien Itd-même, accordait au petit nombre de dissidents qui restaient encore , plus de faveur que la loi ne leur en laissait. Cette république, à la veille des plus terribles calamités , se contenait dans une espèce de calme. Les grandes maisons tâchaient de s'emparer des tribunaux : elles s'efforçaient d'en faire élire tous les députés parmi les gens de leur faction, afin d'y exercer leur faveur ou leur haine. Mais le choc des différents partis les maintenait tous au même niveau , et la justice recevait sa balance des mains de la liberté. Quoique la jeunesse menât une vie licencieuse, quoique les femmes jouassent des rôles importants dans ces perpétuelles intrigues , la nation élevée dans des principes de piété , avait en gé^ néral de bonnes mœurs. La cour, qui, sous le dernier règne , s'était ouvertement livrée à tous les plaisirs ; était devenue plus décente et plus résej-vée sous la reine actuelle, qui ne parlait jamais à une femme d'une vertu suspecte ; le frein dès^Jbis n'étant presque plus sensible en Pologne, les mœurs publiques suffisaient à maintenir par-tout l'apparence de l'ordre.

Aussi la plupart des Polonais regardaient-ils cette anarchie , comme le plus beau système de

gouyemement qui ait jamais été ëtablî sur la terre. Ils ii^attribuaient le blâme gênerai des autres nations qu'à Favilissemént des esprits, produit dans TEurope presque entière par Tautoritë oppressive des gouyemements modernes. Un très-petit nombre de citoyens sentait, il est vrai , qu'une situation si bizarre ne pouvait durer long-temps ; qu'il n'y a point de véritable prospëritc pour des hommes sans défense ; et qu'au premier moment, la république tomberait dans une horrible confusion. Mais dans ce nombi'e même , quelques-uns, retenus par la crainte d'occasioner ce funeste ébranlement, s'ils tentaient une réforme , réprimaient leur zèle, ne voulaient hasarder aucune tentative, et abandonnaient leur sort et celui de leur patrie au temps et à la fortune. Les autres ^ plus zélés , et convaincus de la nécessité pressante de prévenir des désastres autrement inévitables , ne se dissimulaient pas que pour réussir dans cette grande et difficile entreprise , ils avaient besoin d'une extrême circonspection; que la ' seule idée d'un changement serait regardée comme un crime par la plus grande partie de la nation , et que les puissances voisines saisiraient, pour accélérer la perte de la république, l'occasion même dés réformés qu'ils voudraient y tenter. Ces réformes ne pouvaient

igo HISTOIRE DE L^ ANARCHIE

donc s'opérer que par une rëvolution imprévue, par une confédération générale que d'habiles gens parviendraient à former sous d'autres prétextes ; qui entraînerait tous les esprits, ' avant qu'ils soupçonnassent où l'on aurait dessein de les conduire ; qui emploierait à changer le gouvernement l'autorité qu'elle aurait reçue à d'autres titres ; et que les puissances amies de la Pologne soutiendraient assez fortement pour en imposer aux puissances ennemies. C'était le but où tendaient en secret deux factions accréditées dans la république,mais divisées malheureusement entre elles d'intérêt et d'opinion, et qui méditaient pour réformer le gouvernement, deux projets entièrement contraires.

Une de ces factions, mécontente de la cour, et qui cherchait à en traverser tous les desseins , eut long-temps pour chef la maison Potocki , maison puissante et nombreuse, qui n'avait jamais rendu au roi Auguste III un hommage volontaire.^ Elle se soutenait avec éclat sous son règne par la seule faveur de la nation , et par l'autorité des grandes charges dont elle était revêtue. Un comte Potocki était primat du royaume , un'autre en était grand général. Ils reconnaissaient la nécessité absolue d'abolir cette folle loi deFunanimité ; mais ils trouvaient fdans une réforme si nécessaire un inconvénient

plus dangereux peut-être que tous les désordres actuels. Etablir dans les diètes la pluralité des suffrages 9 c'eût été, dans la constitution présente 9 ouvrir un chemin au despotisme , parce que le ^oi disposant de toutes les grâces , et lés Polonais étant toujours susceptibles, toujours ayides d'en obtenir de nouveUes , il aurait toujours en main un moyen infaillible de gagner le plus grand nombre. Cette maison, regardant la liberté comme le premier des biens, et l'obligation de la conserver dans ^a patrie comme ^ , premier des devoirs , voulait , en abrogeant la loi de l'unanimité, former une autre barrière contre l'autorité royale , par de nouveUes lois sur la distribution des grâces. Ils se proposaient d'établir un conseil permanent et souverain, auquel serait confié la nomination de tous les emplois ; seul changement que la nation , à ce qu'ils croyaient , pût jamais agréer, parce que cet établissement nouveau flatterait l'ambition des grands , que leur crédit entraînerait le suffrage de leurs clients, et que ceux-ci espéreraient assurer leur propre fortune , en assurant celle de leurs protecteurs. Une première, tentative, faite en 1 752, avait échoué. Ilsavaient cru, à cette époque , pouvoir saisir une occasion favorable que leur offraient en apparence les révolutions arrivées récemment en Russie , et qui , en oc-

iga HîâTOIRE DE L^ ANARCHIE

cupant tette cour de ses propres embarras, aa^ raient pu la distraire de ce qui se passerait en Pologne. Mais ces révolutions , fatales aux sou* Térains seuls et au ministère , n^avaient point troublé Tempire russe. La tentative de ces zélés citoyens n^avait eu aucune suite, et leurs mesures ayant été si secrètes qu'elles n^avaient causé dans la république aucune commotion violente, ils attendaient du temps quelque autre occasion plus réelle. Ils remettaient du moins leurs nouvelles tentatives à l'interrègne, époque toujours marquée, pour les réformes à faire dans les lois , et que les accidents où la santé du roi paraissait exposée , faisaient chaque jour envi^ sager comme prochaine.

Une famille non moins puissante, et alors plus accréditée à la cour, méditait plus secrètement encore un dessein , entièrement opposé. Les princes Czartorinski , que l'ancienne grandeur de leur maison portait à s'élever au-dessus de l'égalité républicaine, accusant en toute rencontre les vices de leurs concitoyens, ne les croyantplus dignesdese gouverner eux-mêmes, avaient conçu le projet de changer le gouvernement en une véritable monarchie ; ils se persuadaient qu'un conseil permanent pour la distribution des grâces, ne serait qu'une occasion perpétuelle de factions; que si la nation eût

JDE POLOGNE. ig3

été vertueuse , il eût été inutile d^ faire des réformes ; que les rices même qui rendaient des réformes nécessaires , devaient en déterminer la nature ; enfin , que la Pologne était trop étendue, ses mœurs trop dégënërées , ses voi^ sins trop puissants , pour qu elle restât avec se-curité sous un gouvernement républicain. Abolir Funanimité , augmenter les prérogatives royales, rendre la couronne héréditaire ; restreindre Tautorité des premiers emplois , aug<menter celle des tribunaux, 2d)âisser la puissance des grandes maisons, c^était le projet des princes Czartorinski. Ilis en suivaient Fexécution avec d^autant plus d^artifice , qu'ils avaient conçu Tespérance de former cette monarchie poiir eux* mêmes ; qu'un pareil changement devait éu*e en horreur à une nation si éperdument éprise de sa liberté, et qu'ils osaient se flatter d'employer, pour l'y contraindre, le concours même de la Russie « sans que cette cour ignorante et vénale soupçonnât l'usage qu'ils feraient des forces qu'elle leur confierait. Une telle entreprise ne pouvait être conduite par des mains plus hardies et plus adroites.

La .maison Czartorinski est une branche de

celle des Jagellons , qui, possédant autrefois le

grand duché de Lithuanie, montèrent sur le

trône de Pologne, et le possédèrent pendant

194 HISTOIBC DE l'anarchie

deux siècles, par des élections toujours libres ^ en reconnaissance de ce qn^Us avaient uni ces deux états. La branche des Cûrtorinsld , quoique souvent iUuatrée par les premières dignités de la république , avait peu de faâens herécUtaires, et resta long-^temps dans une médiocrité de fortune qui ne hn permetlait dans son ambition aucun système smvL Mais^ au commeiicemént de ce sièck> une femme aimable loi donna plus d^éclat qu'une foule d'hommes habiles n'avaient fait par leur politique ; elle joignait l'esprit le phis cultivé aux grâces naturelles , et le désir de plaire lui servait k cachor la plus haute ambition. Bans ses premières années, elle avait suivi , en France , son père , le grand chancelier Mcnnstin ; elle y avût été élevée dans un temps où cette cour était si flo* rissante par les succès de Louis XIY ,. les talents de ses ministres , l'esprit de se& courtisans et les {HToiUges de tous les^ arts qui imaiortaUsent son règne. Cette femme, dont les manières étaient séduisantes et les mœurs faciles , ayant épousé un prince Csiartorinski , porta d^ms sa maison à Varsovie le ton- des plus agréables sociétés françaises ; sa politesse devint le charme et le modèk de cette towf. SUe fut la première qui, abandonnant cette sage réserve que les dMoes polonaises avaient eue jusque-là dans leurs

mœurs , et pretlaat pouï* ' elelîiple les dameft françaises^ he mêla cotaUme ceUès-<:i, pai* la galanterie , la séductioti el; Tintrigtie, dàn)s tous les mouvements delaeotfretdens les plus grandes affaires dé Yétût. Elle ràsserï^aît chez elle les ministres les plus graves , et les courtis^ùts les plus spiritui^lsv Daiïs cette «oci^të ^ et sous liés yeux de cette fenime ambitieuse-, se formèrent troi^ elifants ëgalétnent célèbres. L'un, qiie son génie destinait a^x affaires , y fut instruit par le vieux Fleinimng , ministre éprouvé par toutes les vicissiludee dé la fortune d^ Auguste IL Uautre, simple capitaine au service d' Autiiéhe , n^ayant pour lui que la graiideur de sa ftaisbancé, sa jeunesse et une sorte de faveur ptiblique 9 osa prétendre à la plus riche béritière de Pe<* logbe ; C^étdit une jeune f euve que d'illustres rivaux se disputaient. Qtk se isfoUvient encfei'e en Pologne , que le plus jaloux dVnt#e euii , abusant 4e sa richesse pour humilier .Ckârtol:*iBSdâ, se faisaitescdrter chez leur maîtresse éommtlilé^ par une foulé de valets^ vêtus chaque jeut coiàme le prince Tétait ce jour mSme. Geiui-ci> dans un duel^ ôta rhônnëur à éet hothmé superbe j» et lui laissa H yie. Ses qualités persosf* nelles rempDAèi^ent sur le fàsté de sès.riva!ux, et le concours de beaucoup d^alhis lui facilita les occasions qui mirent enfin cette jeiiile veuve

196 HISTOIBE DE L^AKA:HCHI£

dans la nécessite de Tépousér. Ce mariage ayant donné à cette famille Fëclat des richesses, le seul qui lui manquât , dès lors elle ne vit pins rien au-dessus de son ambition.

^ Le troisième enfant était une fille d'un caractère altier et d'une imagination romanesque; elle avait pris dans un pareil caractère une passion vive pour un homme qui devait son élévation à' des talents extraordinaires. C'était le comte Poniatouski, d'une noblesse nouvelle, mais à qui la nature avait prodigué tous les autres avantages. Son père , bâtard d'un comte Sapiéha, n'avait eu pour toute fortune que l'emploi d'économe dans uneterre de cette maison. Celui dont nous parlons annonçant dès l'enfance le caractère et le* génie le plus heureux , avait reçu , par les bienfaits des Sapiéha , une éducation distinguée. 11 avait suivi , comme page , dans les pays étrangers , un seigneur de cette famille. A son retour, Charles XII étant déjà entré en Pologne , et les Sapiéha ayant embrassé le parti de ce roi , ils le lui envoyèrent pour traiter de leurs affaires. Dans cette négociation il plut à Charles XII, et avec l'agrément de ses premiers maîtres , il s'attacha à leur prolecteur. Ce fut lui qui , après la défaite- de Pultava ^ conduisit en Turquie la fuite de ce prince. Ce fut lui qui souleva cet empire contre les

Russes , et fut ainsi le premier auteur du: traité qui défenidait pour jamais aux Russes toute eatrëe en Pologne ; bien éloigné de prévoir que ]eurs aimées dussent un jour envahir la république pour, placer son fils sur le trône. Â la mort de Charles XII ^ Poniatouski, sans asile, vint avec une généreuse confiance se présenter au roi Auguste II , et lui dit : «J^étais trop jeune y> pour faire choix d^un parti quand le roi de » Suède vous faisant la guerre me demanda au 3> seigneur à qui j^étais attaché ; depuis ce temps » ma fortune fut de lui plaire , mon devoir de >» le servir ^aujourd'hui que sa mort me rend 0» à moi-même , je ne reconnais plus d^autre » maître que votre majesté.» Le roi le pressant entre. ses bras, lui répondit : « C'est un grand » bonheur d'être servi par un homme tel que- » vous ; » et depuis ce moment, il le combla constamment de bienfaits.

• Les princes Czartorinsld désapprouvèrent hautement le mariage de leur sœur avec cet. homme ; mais il parvint, par la souplesse de son esprit) àse réconcilier avec eux ; et leur réunion ne tarda pas à former une faction pmsssuite , et qui devint bientôt redoutable à toute la république. Dans une nation inconstante et divisée, ils suivirent toujours le même- système , et demeurèrent toujours unis. Leur mère , dans une

vieillesse avàncëe, présidait à tous leurs desseins. Un j^ouF marque de chaque semaine ^ ils se ra^emblaiçnt che^ eUe, pour CQUcerter sous ses y euxtout es leurs çRlreprises ; elle avait com- , menée leur fortune : elle jouissait de son ouvrage. Les Russes n^avaiént point eu d^abord d^ennem)s plus opiniâtres ; et qpand Stanislas revint disputer la couronne au nouvel électeur de Saxe , Po^ni^touski , autrefois son capit^ne des gardes, et désormais assez con^dérable dans son pays pour être un chef de parti, reprit encore les mêmes engagements et le mân»e zèle. Les princes Gzai^torinsld employèrent leurs talents à le seconder, soit qu^ils voulussent. assurer rindépendance de leur patrie contre Top» position (ïes Russes , soit qu'ib eussent déjà le projet d'aplanir pour eux-mêmes le chemin du tr^e , en Couvrant au seul Polonais qui paraissait alors pouvoir y monter. Stanislas, dans sahonlie et sa mauv-aise fortune , n^eut point de sujets et d^amis plus fidèleg ; mais après les trai* tés de paix, l;eur. ressentiment contre la France, qui les avait abandonnés, se changea en une violente kaii^i. ils envoyèrent acheter la bien^ veiilance de la cour de Russie; ce fol de sa £&-' veur qu^ils attendirent désormais tout leur crédit; ef dès lors ils conçurent ce dessein hardi et dangereux que nous avons commencé de dé-

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velopper. Bs crorept que la Pologne Bravait plus d'autre voie de salut que de tromper là défiance de cette cour ombrageuse ^ par une soumission apparenté à tous ses caprites, d!éluderparun asservissement volontaire la pesanteur de son joug, de prévenir ainsi les efforts qu'elle pour^ rait faire pour étendre et affermir son autO'^ iciié. Lavoialité, Tignorance et Tineptie du ministère rasse leur persuadèrent qu'ils pourraient atsémeikt rengager dans des démardies utiles à . la Pologne^ et dont ces barbares ne pénétre*^ raient pas Tobjet. Tel fut le but secret de toutes leurs i^Biarcbes: et bâ^Ektèt leur habileté leur donna la faveul' intime du roi qu'ils avaient combattu; mais eli paraissant s'attacher au sys-tème politique que suivait la maison de Saxe , ils formsâent des Uaisaiis particulières dans les ccMirs de. Russie^ d'Angleterre et d'Autriche ; Poniaioudi^ lour coni^il, ideillîssait dans les hanBeurs et la tranquillité, pendant que les deux Czarfcorinsài étaient détenus lès véritables rasâtres de lacour.

Jamais la natin*e ne donna à deux frères des talents plus opposés , et en intéme temps plus utiles à souteiiîr diversement la même fattioifiu Us jouksaient d'une condÂlération égale ^ quos« que difféitsite ; et si tous demandiez quel était l'ainé , le cbef de la fàmiUe , on hésitait à vpus

répondre. Uun, le . prince Auguste Czartorinski, palatin de la Russie polonaise, après avoir épousé cette riche veuve dont nous avons parlé , conservait , dans une fortune iikiinense et dans le faste d'^un souverain , une sévère économie, une conduite mesurée V et, dans toutes ses démarches, cette gravité qui inspire si aisé* ment de la confiance au peuple. Il veillait luimême sur tous les iaidminbtrateurs de ses biens; XAais cette économie vigilante qui multipliait ses richesses, n-^empéchait pas qu^elles ne fussent ouvertes aux besoins de ses amis et de ses clients ; et dalis le méitte temps , de perpétuels emprunts liaient toutes les fortunes de la Pologne à^ la àeiÈtté^ et mettaient centre ses mains de grandes soinme&, toujours prêtes à Texécutionde ses desseins, il passait sans' cesse d^uné province à L'autre , ayant dans chacune de vastes domaines ou, pendant son^éfour, la noblesse se ra^emblàit. de tontes pâtrts ; {htoteeteur puissant et sâr, àttîrâjàt la multitude par sa représentation, son crédit. et s^es bienfaits-; jouissant de. la plus haute réputation de sagesse, deprobièr et d'honneur, etpar^à concihaikt^à toutes ses i entreprises la faveur publique qui doit suivre cette réputation. S'il faut en croire ceux qui ont le mieux connu cette république, il avait entièrement à. ses ordres laqua-*

trième partie de la noblesse polonaise. Depuis long-*tenips tout ce parti le. destinait au trône *, mais son âge étant aussi avancé que celui du roi, et ne lui laissant qu^une bien faible espérance de succéder à ce prince ', Tambition , cette première passion de sa jeunesse , s^amortissait peurà-peu dans son cœur. Les mœurs générales devenant chaque jour plus molles ^ lui permettaient aloîrs de s^abandonner sans honte. à cette espèce de nonchalance, qui succède communément à Factivité d^une grande ambition rong-4emps inutile. On commençait même à lui reprocher^ dans la manière de proposer les plus S2^ôs conseils, unfe sorte d'indifférence et. de dédam , qui Tempêchait de . les soutenir avec fori^e*; et toujours appelé à la couronne par les vceux de. ce grand nombre de partisans, il semblait isr'étre persuadé que son élé- . vatioii devait être plutôt leur ouvrage que, le sien propre. Son frère, le prijice Michel Cî^artorinski,, formé dès ses premières années par un viieux ministre d'état, et déveîiu grai^d-chanceîier de I4:tihuanie ,^ avait une grande connais^ sance des hommes, des affaires et des gouvernements ; génie apdent et opiniâtre , versé dans toutes les intrigues républicaines, propre à tous les manèges des diètes , à rassembler des partis dans toutes les diétines des provinces, il

20f;i HISTOIRE DE L'ANAUCHIE

connaissait plus de cent mille gentildiommes par leurs noms , par leurs caractères , p«r leurs liaisons ; il n^ en avait point à ^pi îl ne pût parler, soit de leurs affaires personnelles , soit des événements de leurs vies. II déoaélait d^un coup-d'oeil dan& chaque homme llntérét ca-^ pable de le faire agir ; mais scm caractère rendait quelquefois dangereux pour loi-même , et nuisible à ses desseins , ce talent nécessaire dans un chef de parti, parce que cette i&ciHté à pé* nétrer les hommes lui donnait une grande malignité dans ses- discours , et qu'il se kâssait dominer par son go At pour Tironie y mâme quand il cherchait à plaire; Il possédait à fond toutes les lois, toutes les formes; habile i les inter^prêter à son avantage, et pkts souvent encore à trouver moyen de les éluder ; inquiet et remuant , voulant f o«il faire daxk» la république , et tout donner à la cour, prenant plaisir à sou-tenir les plus violents efforts des factions contraires, et pouvant inéme, s^il le fallait, soutenir le fardeau de la haine publique. C^était lui sur*tout qui méditait le grand el singulier projet de faire servir à réformer le gouvérïiement de sa patrie, les vicesr de ses conciloyena et Tambition même des iKusses. U s^étaà proposé pour modèle tes mimsires célèbres, qui, en exerçant despotiqueiment le pouvoir d'un roi faible , ont

mis leur mition sous le joug , ont écrasa leurs propres ennemis , ont étouffé par la violence toutes les divisions, et rétabli dans Tétat un ordre apparent. Cette sorte de gloire était celle où il prétendait, plus flatté d'exercer une autorite sans bornes, d^établir une véritable monarchie, et de remédier, pendant son ministère, à Fanarchie de son pays, que de faire monter sur le trône son frère , son gendre ou son neveu ; et peut^tre avait-il commencé par s'engager de bonne foi dans les plans que ses ennemis lui ont attribués, pour assurer à perpétoité la couronne de Pologne à la maison de Saxe.

Ces deux princes parvinrent aisémetït à gou^ ^eri^er le comte de Brulh , toujours détourné des yéritables soins du ministère par le soin perpétuel de conserver la faveur. C^était par leur connivence qu'il avait fait admettre dans un tribunal cette fau^e généalogie, qui lui donliait une origine polonaise. Aussi les grands emplois furent-rils prodigués à leurs amis ; et , jets(£t de loiu les profondes racines de leur puissai^ce, ils remplirent les armées de leurs créatures } les( régiments e ï les cofnpagnies furent commanda par leurs parents, leurs alliés, leurs eUepts; et le prince palatin de Rusfsie îm-méme était colonel du régiment des gardes que son

service relient toujours dans la capitale. Mais aussitôt que leur fortune fut parvenue à ce degré • d'ëlévation , le comte Brulh se livra secrètement contre eux à cette jalousie de faveur, la plus dangereuse et la plus commune passion' des cours. Des sujets d'aigreur et d^animosité ne tardèrent pas à se mêler à tout ce que son ineptie avait de rebutant pour un génie entreprenant et habile , tel que le grand-chancelier de Lithuanie : celui-ci aurait voulu profiter de son ascendant sur Tesprit du comte Brolh pour former un plan d'administration , un système invariable qui pût enfin remédier aux maux d'une si longue anarchie. Mais à cçtte proposition si souvent renouvelée , Brulh ne répondit jamais que par de froides railleries sut les politiques à système , sur la vieille pédanterie de se former un plan, soutenant qu'il fallait obéir à la fortune , saisir les occasions , et c< qu'eik » vivant, disait -il, au jour la journée, les » affaires se font toutes seules. >» De son côté, le grand-chancelier, en qui une dureté méprisante , et une malignité ironique rendaient odieuses les plus grandes, qualités , offensa plus d'une fois le ministre saxon , toujours flatteur et dissimulé. On ajoute que le comte Brulh, soit qu'il regardât ces princes comme les plus fidèles sujets de son maître , soit au contraire

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qu^il eût pénëtré toute Fetendue de leur ambition, voulut unir leur famille à la sienne par un double mariage ; mais eux qui , malgré sa faveur et ses dignités , ne voyaient en lui que leur créature , regardèrent cette proposition comme celle d'uii homme qui se méconnaissait ; et ce refus lui parut un outrage. D'autres ra-content autrement cette anecdote; mais tous coaviennent qu'un mariage proposé et refusé laissa dans le cœur de Brulh un implacable ressentiment. Toutefois ce faible ministre , secrètement indigné contre eux , leur abandonnait encore tout le soin des affaires. 11 attendait, ayant de leur en ôter la conduite , et de leur marquer son ressentiment , les occasions de les perdre dans l'esprit du roi/ Il sentait la nécessité d'employer des soins, du temps et de l'adresse à détruire peu-à-péù tout ce qu'il lui avait inspiré de favorable pour eux. Un des plus surs appuis de leur élévation était ainsi tout près de s'écrouler , qu'elle paraissait encore s'affermir et s'accroître. Le public n'avait point pénétré cette dissension intérieure. Ces haines demeuraient cachées. Les princes Czar-. torinski, toujours unis, en apparence , aux intérets de la cgur, étaient parvenus , par l'étendue de leurs alliances et par le choix qu'ils y avaient apporté , à réunir à leurs propres intérêts plu-

rieurs maisons riches et puissantes ; la mort de leurs anciens rivaux atait fait pasSet les deux importantes dignités de primât et de ^ànd^ général , entre des mains dont ils se croyaient assurés ; et la faction qui leur avait toujours été opposée^ n^ajrant plus aucun chef accrédité , oa ne distinguait plus en Pologne qu^ùn seul: parti qui, sous la direction de ces deux pr»ces, atm^ blait être Èelui de la cour.

Seiae ans s^étaient déjà écovlés depuis qu^Âuguste régnait tons concurrent ; et là Polo^e, malgré ces sourdes intrigues, avait joui coaatamment de la plus profonde tranquillité^ lorsque, dans Tannée lySa, rÂugleterre et la France prévoyant une guerre générale en Europe ^ et incertaines de leurs alliances ^ dherchèrent à susciter, chacune en leur faveur, un pairti dans cette répubBque. Le dessein des Anglais était de soudoyer cent mille Russes, et d^dbténir qu^ils traversassent le territoire de Pologiie pour venir se mêler dans les gtierrés du midi. Us se prôposaienf même de réunir , s'il était possible , la Russie , la Saxe , la Pologne et la maison d'Autriche daii^ une même alliatice avec eux. L'ambassadeur qu'ils envoyèrent à Yarsovid était un homme d'une imagination forte, mais sujette à s'égare<* ; qui séduisait d'abord par l'étendue et la vivacité de son esprit, mais

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qui révoltait bientôt par ses indiscrétions , ses écarts , Tinfamie de ses débauches , son abandon de tous les principes de décence et d^lionnéteté, et par la violence de sa mélancolie» Renommé encore aa)ourd^hui à Londres ^ pour avoir tenté d^ établir, sous la forme d^un nouveau culte, le pur déisme, il a fini ses jours dans un entier égarement et une folie reconnue» Il devait sa fortune à une société qui s^était formée en Angleterre, d'hommes pleins d'agréments, de connaissances et d'esprit , mais les plus corrompus qu'il y ait jamais en dans le monde , se faisant gloire de leur dépravation et de leur licence effrénée, et regardant le mépris déclaré d^ toutes les bienséances comme une partie de leur liberté. Us avaient initié dans leurs plus secrets plaisirs un jeune prince anglais : l'un d'eu;^ , par le crédit de ce )eune prince^ était parvenu, pour un moment, au ministère ; et le chevalier Williams, un des membres les plus diffamés dé. cette cotterie, avait été nommé par ses compagnons de débauche, ambassadeur d'Angleterre en Pologne. Cet homme, élevé dans la haine et le mépris des- cours , quoique partisan de la monarchie p2ur engagement et par système , so plaisait à encourager, paar-tout où il séjournait , 1^8 mécontentements et les factions. Il dédai^ ëP^it les routes suivies par ses prédécesseurs.

308 HISTOIRE D£ l'ANAECHIË

Son passage dans trois pays y fut marqué par un changement de mesures du ministère anglais, Tëtonnante sagacité de son esprit ayant reconnu d'un coup-d'œil les moyens d'y former un parti plus actif que celui que leur ministère araitacr coutumé d'y soutenir. A peine fut-il arrivé en Pologne , qu'il dédaigna l'orgueilleuse nonchalance du roi j et la timide ineptie du ministre. 11 reprocha au comte Brulh d'avoir si longtemps ^gouverné deux états , sans avoir rien fait d'avantageux aux intérêts de ses alliés ^ et concevant le dessein d'engager les Anglais à abandonner, dans ce pays, une cour faible pour protéger une faction pui&^ante , il se lia avec les princes Czartorinski. Il flatta leur ambition, il encouragea leur audace. Admis dans la confidence de la . révolution qu'ils méditaient , elle plut à cet homme entreprenant ; il leur promit de la faire appuyer par la Russie et par l'Angleterre. La diète allait s'assembler à Grodno , au mois d'octobre de cette année lySa. Les princes Czartorinski résolurent d'y commencer l'exécution de leurs projets , d'entraîner la Pologne dans une alliance intime avec F Angleterre , la Russie et l'Autriche ; de former sous ce prétexte, et avec de si redoutables appms, cette confédération générale qui eut remis entre leurs mains toutes les autorités et toutes

les fôrtésr de ïa' république. Maîti^e^ etf coré de iùxÉt^si hs: grâces de fa con^ <^'ifâ seMaienf ëé^oit bientôt teur échapper, asstirés dé là ^totècf iôïi' âes âieutes pliiissanCes étrangères qui èussettt aloi^é Ou crédît en Pôïôgtïè , ils <ii*ùrent qu'ils' devaient se ptessév d'è:3céèuter tout ce qu'ils méditaient pour le rétablifesemefiit rfè l^ù^ patrie et pour là foi^tune' de leur Éàttiïtïê ; deux intérêts que leur àmbitibn ne leui" peï'mettâit plus dé séparer.

ï)àns èés conjonctures aVfïvafc côiôté dé Birôglie, âttibâiss^adéut dé Frânbé , âVèe fe rféssèîi àe relever rahtiénné baWière qïie fa' Foïogné pouvait oppoisfer autrefois aui éttfi^éprfees dé là Russiev de ^àiré éii sorte qu^éltîe refôsàt côhstanÀneiil sein çônsèiitéihéfït atï passage àes Russes,' de lùî'reMré àsééz' dé consîrféi^âtioh , assez dtô fôlH:é, pb'uï qfiïé ceuît-cî n'osassent pas traverser sùh territoii^e rtiàlgré elle; étt un mot, avec lé pi'ôjet d'ftré véntabietiiént le restaurateur dé tétie répldilîqué. Oii né peut trop s'étonner que,- daAS Tôppb^tibb côiistahtê deîs vues de la trahie et dé' T Angleterre ; ceflé-ci> qiïi se vâtttè , âVéé raisbn, dé sôii'gouVérnérhént et de sa liberté, ait faVôrîsé consfettitoiéritf dans tous les paysles progrès dé fàpuissatice royale • et que là i'i'ancé, au côiiïraîré, ^ôiiverriée par une autorité àbsttlùé, âSt^téisqb^é toujours sou- I. i4

tenu dans toute TEurope les factions républicaines. Quelles que soient les causes d^une si étrange contrariété , le comte de Broglie était

sur-tout animé à ce grand dessein par un autre projet que nous aurons occasion d'exposer dans la suite , et dont le roi de France lui-même n'était que le confident.

Les talents et le caractère personnel de cet ambassadeur n'étaient pas encore bien connus. La guerre avait occupé sa jeunesse. Formé à des mœurs austères dans le sein d'une famille ambitieuse, qui sortait de la. plus ancienne noblesse d'une ville libre d'Italie , et qui, fixée en France depuis un siècle, y devait sa plus grande illustration à des services inilitaires et politiques ; élevé dans les camps , sous les yeux d'un père vigilant et sévère , que la religion attachait à tous les principes d'une probité rigoureuse ; instruit dans l'art de l'intrigue par un de ses oncles^ un vieil abbé, qui suivait très-habilement à la cour les intérêts de sa famille, tandis que ses frères et ses neveux en assuraient la gloire par l'éclat de leurs actions , le comte de Broglie ne tarda pas à développer un esprit actif, appliqué, laborieux, également propre à tous les soins de . la guerre et aux négociations les plus mystérieuses et les plus étendues, mais un esprit inquiet, remuant et altier, ne sachant

ni flëcfaîr , ni se détourner, quels que fussent les obstacles. H se montra dès lors ce qu^il fut toujours dans la suite , ami et protecteur ardent et fidèle , ennemi implacable , opiniâtre, livré sans relâche et sans trêve à la fureur de ses animositës ; passionne pour la gloire du nom français, ne connaissant ni le luxe , ni la mollesse , ni les délassements de Tesprit ; pratiquant toutes les vertus domestiques, moins comme un l>on frère , un mari tendre , un parent zélé, que comme un factieux, et faisant de sa famille même un parti dans Tétat ; capable du plus profond secret dans ses longues et impénétra-* blés intrigues , mais sans dissimulation dans la société ; se laissant emporter par ses ressentiments et ses haines ; soit qu^il dût uniquement l'espèce d^assurance et d^audace, qui paraissait dans toutes ses actions à la certitude des appuis sûrs et cachés qull avait à sa cour ; soit plutôt qu'une telle certitude ne servît qu'à renforcer son caractère ; mais enfin ^ dans ce rôlç singulier où il fut conduit par les conjonctures , affec-» tant et devant affecter la rectitude d'un censeur ; portant la sévérité de ses principes jusqu'à l'exigeance la plus rigoureuse dans les moindres devoirs, jusqu'à la pédanterie dans les affaires ; portant la justice même jusqu'à cet excès où elle cesse d'être juste; ne pardonnant rien a

Hii HISTOIRE Jm li'ANABGHIE

eeux^ qui né lui ëtaiieiit pas^ dévottés-, plus iûdulgént ef pltis facile ]^ur ceux qtn liit^ cbnsaeratent leurs talents; né s'ëtàtit jamais fi^diiipe dans^le chobt des^ homihé^ qui s^côiidèrént ses desseins, qùbiqùe les évëniettténts Patéiit prés^ que toujours trompé dans sts fuies ; inspirant au petit nombre de ceui qui Pâppf'ochaîent un àttatéhemént qui allait jiisqu^àu^ fanatisme ; et pour indiquer , d«s à présent, ce que le^éféncmehts nous forceront successiVertrén^ à derc- Ibpper, otablîatit quelquefois^ par la Violence âé se^ftainfes, par Paîgréur qûé lui causraiehf tes contrariétés V et sur-tout par les desseins dWë ambitioil profonde et réfléchie, ce gràndambur du bien de Fétat , cette jlrobitë rigide qu'if exigeait dans sefe adVèfsâires , eï que lui-Ihértie^ suivait constamihettt- daîis le cours ordinaire dte sa^ vie.

Ilrfeut pas, comnié le chevâliW WiHiàAis', FàVaiitaige de trouveï^, eh arrivarit en j^ologiie, liii parti déjà foritié: 11 avait seufeiient la certitude ique le voeu natibtial serait en favêuir dfe tout ce qu'il" voudrait proposer. STâis' les plus tertuëiix citbyetis, tiranquilles dànis cette douce et {iiàisible anarchie, s'àbaUdoiinaièrit à cette crainte des remèdes, qui les* fait différtr de jfbUr en jour qUàiidï oh ri'a pas Ife Sehtiinèiit actuel du mal. Us Késitaiëht à mettre àii hasard

P^ PpI«OGNE. 2l3

Ve^f^Ti^ 1^ leur fort^oiie et Ije itefic^ç^ r^^ de leor ^p , s$ir la foi 4ç prpmeaâres aqKquieUje^ la Fraaçe ay^sût déjà fi ^uy^bj^i^ m^fi<fué. !]($ n^vaifSHt pçâfit oi^é quf tro* foi? depuis ^m çièçlfî, elle ^^^ai^ rassep^a^ icfaea^ €t||[ de$ /^^ctioç^ piiissa9teç^ a^ee 4'^utA^ pl^s de facilité, <^e I^ iatéréts des deia^ irpy^q[i€M$ pat tou^p^F^ étâ védp^g^^es ; fs^ gif'ap|:è$ les avoir ^pi9ée$ ar^ içliajeur^ e)le le.<; ^y^t chaque fois al^^-^ doonfie^ ayep l^gèret^. Elle ayail; laissé dans riafpfitMnis la plupart de çeo^ qui s^éi^exA byré^ à la sé4f)c^oii de ces pf-ét^iidiis projets ppur le $al«t 4^ 1^ républiqqe* Ceux ai4ipe qu^ellç ^vait ide^ofiimagiis p^r de sei^rèl^s pefisiopç, 4^ pieftes qji'ils avaie]3t so^^e^tes dans le dernier œterrj&giie , étaient, p^r l^ur extrême vipîlktsse^ éloigné^ ^^8 affaires. Depfii^ cette époqpfs çlle avait négligé d^acquérir de nouveaux partisao^; çt ses eanç9)is , a^ contraire , ^^fA dpmi^^ en Pologne, av^ent pcarté M Ipus les einp)pi^ li^ii- CQ)iqtt^ ay^ft mcmtrfî lencpre qu^}qi^e ^t^db^r IQûjat pçiur çptte cour. £n i^n jagt ^ ^ C(i^le à» Ççpglie ét^it sjgul. Jl ^spér^f dp îppins, ^^afl* 4 -aypir pp mmvi^ 4f ^i j»&|ÇS pï?éyentiQfis , ^iJ^ p^dr^ tp^s )§§ projcits 4p ^^ »^%%TS^\Tes , ^ ;-#p4Fe fiVt\le la diète qpi s'asspwWftif è ^rpdnp. I^a^ ^^ Ip enleva une ives^pfif^e qni ^çipWîit dryenue §i f^pile : qt^^ diètfi fti^ rPï^RH^ E**'

une manœuvre très-habile des princes Czartorinski. Le nonce qu^ils eurent soin de choisir pour la dissoudre ^ publia un manifeste audacieux , où le roi était personnellement accusé de violer toutes les conditions auxquelles il régnait; et aussitôt lès Czartorinski , sous le prétexte de réparer cet outrage , de présenter au roi une apologie de son règne , signée par la plus grande partie de la noblesse , et où elle s^engagerait à défendre ce prince contre toutes les factions, tentèrent d^ obtenir ces signatures, et de former par ces engagenlents la confé-. dération quUls méditaient. Le nouveau grandgénéral du royaume, le comte Branicki,sMtait laissé séduire par le spécieux prétexte de ré- |)arer Tinjure que le roi avait reçue ; son nom suffisait pour assurer l'exécution de ce dessein.

Malgré Fanarchie générale et les intrigues particulières, Thomme le plus considéré en Pologne , était encore celui qui tenait son autorité et sa puissance des lois , Thomme sans faction, et qui, par sa place, avait Fheureux avantage de soutenir la république. Le comte Branicki , grand-général du royaume , conservait, dans une vieillesse avancée, la vigueur du corps et la fermeté de Tâme. Cette place, à qui toute Tautorité militaire est confiée, était.

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ainsi que celle du grand-gënéral de Lithuanie , regardée par les Polonais comme la plus forte barrière ëlevëe contre Tautorité royale. Mais les provinces qui composent le royaume proprement dit, étant plus étendues que celles du grand-duché, et leur armée de douze mille hommes d'infanterie et de deux cents compagnies nobles , étant aussi plus nombreuse , il en résultait nécessairement une considération plus grande pour son général. Les qualités personnelles du comte Branicki ajoutaient eilcore à cette considération ; la droiture et la fermeté faisaient la base de son caractère; pendant une longue vie, un sentiment juste de l'honneur le conduisit dans toutes ses démarches : il avait passé ses premières années en France , et servi dans les mousquetaires, lorsque ces compagnies, composées de toute là fleur de la jeune noblesse française, acquéraient un nom immortel dans les combats , et revenaient ensuite porter dans leur conduite à la ville beaucoup de licence , de bravoure et de grâces. A son retour en Pologne , il devint un àts chefs de cette confédération dont le courage et la constance avaient forcé^ le roi , Auguste II , à renvoyer ses armées saxonnes , et à respecter lés conditions prescrites à sa puissance. Il se fit connaître par un goût vif pour le luxe et les

2lG HISTOIRE DE I.^ ANARCHIE

plaisirs. Mais une certaine dignité, qui accooir pagnait toutes ses actions , le rendit toi^^pui^ recommandable dans la républiijue. 7pus le^ fayoris qui ce succédèrent à cette pour, pe»laDl deu:^ rj^^pieis, aVi^ifsnt icontpbuë àsQfi é)éyatioB> croyanjt que spp goit^ pour les yolupilps le ^^epdrait toujours ëloigx^ dfss araires. f^$ ppnce^ Czartorinski ay^ient rec^ierphe son alliance» parce qu^elle joutait yp nouveau instre à leur crédit ; et quoiqu^il entretint pu^liquemeiit un sérail, ils li|i avaient donné pn ipapag^ imç de leurs nièces , fille dp Poniatouslti , daps Tçspérapce qu'une fej^^me jjeune et bien faite gouvernerait ce yieillard vQli|ptueu:[^^ et qii'jeni^mêmes conserveraient toujpmr^ leur ^sc^p^ant sur Tesprit de cette jeupe femme. Il ét^it ]e dernier de sop nom; et, dans cette graade vieillesse, il n'avait point d'^ut^ne fapaille que I9 foule de^ bons citoyens réunis ^utppr àfi lui. I^ position de ses terres, au centre dp roy^pipc, était favorable a cette afBpiençe de po)>}^$^. Son palais de Bi^istok étaif le plus be^p iponpjnoient qpe ces cpntréç$ eussent vu éleyer. IJ9 f^^te a^jatiqpp s'y joignait 911 gp^t 4e r:^urppe ; une nom^rçpsfi garde ^e janissaires ç iitr^t^nuf par la république, et pp dj^ts^tiepiént 4e l'arfpée s^nnpnçaient sa puissance et ^ dignité» C^é^it dans ce chàtes^u dç Bialistok qu'pn vgîl-

lait aux întëréis de la patri$ , et que , suiyanl: Tancien usage sacipate , ^ xniUe^ des festins et des fé|tes , tQfis ^s discours 4.e cette noblesse entretepai^ef^^ J^wjpfd elle V^mQur d^ l^ien public^ le souvenir des gr^^^!^^ jetions lies anii^iens Polofiais, et la crainte genérp^se de tomber sous le joug 4)e$ i^atîons voii^ines. Ce fut aussi d^ns sa maison , è Grodap y qvCqfi 4e reqdit em fpule ppur signer rjnsidieux epg^gpnieiit que les jG^^]rtorins)d vpjul^ji ept faire prendra à tpute la ppblies^e. Le choix jlfi lieu écartait tpi)( spupr çon dja piège ; rent^pus}«fsi»e qvl'on inspirait à la multitude 9 p^ le pf étext^ ^e yi^figer \f rpi , gf ièyepeiit in^julté^ "^^^f^ît ^^f?:^ ^^^PP 4^^^r<^he }a pjrëcipi|:a^i|cnf péce^saif e g^F ^^euglpr tpw les esprf ts. Cefit trente sénateurs y et Çiranickl lui-même, avf^ient déjà signé. Vj^ Polo^^^ no:Bç^é iK|p}cranpus]ci , lequel s^^tait autrjsfois distingué au service de ^fapçe 9 et dieppis attaché au grand-géfiéral , entei^^ Pi^flcr de jcet événeipenti pomme s^il étai|: s^r le point 4'^tre consommé. On lui raconte qu^uq acte 4e .cemfér dératiou, déjà signé par %^^^ les^^n^teur^^ va bientôt Tétre par toute )a iioble^s^- B4^ n^ Fairéte, ni la disgrâce de Isi coifi:, q^i allisât $e croire offensée , ni çe^^ du grand-géi^éra]^ dç qui seul il atteacf^t sa fortune 9 14 |e ressenti-

mp^f des Slusses , qui ^^j^ p^|ïKaipivt qup lewr

2i8 msToiEE D£ l'anarchie

souverain tenait une armée sur ses frontières pour soutenir cette entreprise , ni enfin la multitude , occupée i signer cet engagement. Il se fait joiir au travers de cette multitude ; il prend en main cet acte, déjà consacré par tant de signatures ; il jure qu'on ne le lui arrachera qu'avec la vie; et se dérobant du milieu de cette foule, il court au lieu où était le grand-général /il lui expose toutes les conséquences de ce cc«nplot, tous les dangers de la protection de la Russie ; « combien cette protection devait rendre cet » engagement suspect ; que la France offrait » aux Polonais une protection plus sûre ; qu'il » convenait à son nom et à sa dignité d'être ^ »> sous ce nouvel appui, le libérateur de la » Pologne ; que s'il avait l'ambition de disposer » un jour de la couronne , de la donner à son » ch(MX, ou peut-être de la recevoir lui-même » de la reconnaissance publique, ce ne serait ï^ ni par la faveur des Russes, ni par celle % des Anglais, qui soutiendraient ou la maison » de Saxe , ou la maison de Czartorinsld ; et p qu'ainsi une politique personnelle devait se » joindre aux véritables intérêts de sa patrie. » En parlant ainsi , il lui remet entre les mains cet acte de confédération déchiré en morceaux; le grand-général l'écoute avec surprise , l'embrasse avec transport ; et cette généreuse action

fiit entre eux le commencement d'une étemelle amitié.

L'assemblée de Grodno se dispersa sans aucun succès ; et bientôt le grand-général devint chef du nouveau parti que l'ambassadeur de France travaillait à former. Le comte de Broglie n'osait compter sur la fermeté de ce vieillard , que le goût des plaisirs avait depuis si longtemps uniquement occupé ; il prit soin de l'environner d'hommes habiles, qui ne lui laissassent que les avantages du xàle qu'il avait entrepris, et lui en épargnassent les inquiétudes et les fatigues. Mais ce qui doit étonner dans un vieillard voluptueux , il soutint par lui-même , et dans de cruelles conjonctures , toute la grandeur de ce nouveau caractère.

Une affaire particulière survînt alors , liée par elle-même à de grands intérêts, et qui donna occasion aux deux ambassadeurs de développer à l'envi toute l'étendue de leurs dèsseins opposés. Il s'agissait de la principauté et des autres terres de l'ancienne maison d'Ostrog , éteinte depuis un siècle et demi. De riches domaines très-étendus et très-peuplés, un revenu annuel qui passait un million , et une forteresse sur les frontières de l'Ukraine , composaient ce •bel héritage. Il avait été substitué dans une ligne féminine , sous la condition expresse d'entrete-

aïO HISTOIES B£ li^ ANARCHIE

i^ir $ix cçnt3 hommes de cav^/e^iç, uniq^eiQent destinés à servir contre les Turcs ; et dans le cas où les degrés de parenté s^ipuljé^ dai^ Facte viendraient à manquer , il dev^t , $ppf )a n^eme çQi^dition , d/eve^ir une comm^ nderie de Tordre dfi MaUe, et ^tre possédé par u^ di^evfJier pplpna^. Les degrés de substitptioi; ™^r quaient deppi$ long-temps ; mais les diètes ancî^piies , à qui cette affaire ayait été somatise , €9 avaient suspepdu Ij^ 4^cisjyi>^^ ^ l^ds$é I9 jouissance de ces h^pus ^ T^éritier naturel. Cette ai^tre l^rancbe étant en.cQre éteinte , et la ruptwcfi perpétuelle ^ps diètes ne pennef tant pas ^ lanatipii ai^semblée de rijsn statuer à ce sigeti le rq^ et le sén^t adjugèrent provi^oirei^enit Fadministration et Tuspfru^t de c^s biens à Fui) 4e ceux qui paraissaient avoir plus de droits ppur en l^éri|;er. Celui-ci ( c'était un prippe de la maison 3^)g^s^ ) les ^vait légués à son fib, sansf y ê\rp ;jiiftorîsé par aucune lc4- Ce nouveau ppsse^efu: , ruiné , malgré Fiipipensité de s^ fortune , pf|r ses l9|Jes prQ%ioif§, pe pppvant plus sqfjire ni au $qv|tien de son luxç , pî ^i( pfd^p^ept dç ses dettes, et nay^pl^ppmt d'epf^ts, S^ fit une r^s^purç^ par I4 v^pf e de ^ sucpessipn ^ventu^lle. L^ n^aison Çs^rtorpisI^ eut la plus gfdpde part à Faphs^t et au par^^gie arbitraire d^ ^^^^ fv^^T^ succej^iqn. 1^^ le

Ï>E PÔLCVCrKE. 221

noQvéaU parti , dont le comte At Brogliè était Tifwté , j^rôfita d'urté occasion Si favorable pou^ ^àuleVér la liatibii cohtre eux. Lés lois énéîfet éfaîéht ouvéï'tément Violées pat Cette bizarre acquiskiôn ; et pluâ( CéfCé maisèti accumtilait dé richesses , et i^^attac^it à âugri^éntér ses posséséioiïs et ses domaines , plus if fût aîsé d*anitaer éoiitre elle dés républicains inquiets : son avi-' dite avertissait dfe se garantir dé son ambition. ïiéà héritiers naturefe , J)armî lest^uèfe le comté de Broglïé, pour se rendï-e plus maître dé cette affaii^è^ eut T adresse de se présente^ aii norti du Vieiix roi Stanislas éf de la rèihe de France, réiclaMèreht cohïré cëpàrtage'ihîque. Le grand* génSéiral, à qui cette place itnpbse le devoir de iotîtéitii^, quàéd' il lie Éaiit, les lois à main armée, envoya (fes^rou^és , sbus le cbhimahde- Ment dii bravé Mokràhbti^k?, s'emparer dé la fbrteirësji^é quî était le cliief-lieu dé cet héritage, et qui^ pai^ sa positibti htiti foih des frontières russes , pouvait' séi*vir à dfe pltis grands desseins; Ghècuii dès deux ]^a¥ti^ prit les âriries, et; soutéiiti pai* lés strbsidés' que prodiguaient à FëiiVï Pjiiigletéirre é*^ Ik^ France, fit des levéës^ âé tiiôttpës , et ^é ûm prêt à^là gaei^re. M cour ht'sita qiièlqué t'énifHi entre les déu!xpMi)5 ; niais lia feveùr ébnt lëà Gzartoriilsld paraissaient jtiuir cîûtot^é , nfe- ptit Peittpbrtér sur le cri ^éiié^

f aia niSTOIUE DE lUhAECQIE

rai, et Brulh saisit enfin Foccasion quHl attendait pour achever de les perdre dans Tespritde son maître. Le roi se joignant à ceux qui avaient entrepris de traverser leurs projets, nomma parmi ceux^-ci de nouveaux administrateurs, pour régir la succession d'Ostrog ; et aussitôt les revenus de cette grande succession furent employés à des levées de troupes. La cour de Russie, également vendue au^ princes Czartorinski et à la maison de Saxe , fut aisément déterminée par Fargent de T Angleterre ; et quand elle vit le roi, à Tinstigation de Tambassadeur de France, abandonner une famille qu^elle protégeait, elle s^indigna, elle crut pouvoir dissiper dans sa naissance le parti qui se formait; et renouvelant , par une déclaration altière , sa prétention d'être garante des lois de* Pologne , elle accusa le roi de les avoir violées dans cette nomination de nouveaux administrateurs ; elle annonça que toute sa puissance serait employée pour maintenir les Czartorinsld dans leurs droits. Déjà Ton parlait de tous côtés de la prochaine invasion d^une armée russe en Pologne , et les Anglais s'efforçaient de l'y attirer, pour l'approcher des pays où eux-mêmes se préparaient à porter la guerre. Les Czartorinski, ainsi soutenus , tenaient déjà le langage audacieux qu'pnt accoutumé de tenir tous les

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Polonais mécontents ; et leur ressentiment contre le roi leur permettant désormais de ne plus dissimuler leur ambition, ils semblaient résolus à tenter une révolution , et à déclarer le trône vacant.

. La maison de Saxe , séparée de ces princes , ^es uniques conseils depuis seize ans , et me«nacée par les Russes , ses uniques protecteurs depuis plus de cinquante ans qu^elle régnait en Pologne, se jeta, pour ainsi dire, entre les bras de Tambassadeur de France. Une foule d^hommes courageux et de citoyens remarquables par leurs talents , s'étaient réunis aux projets de cet ambassadeur; tous les emplois, toutes les grâces furent, à sa recommandation, donnés à de vrais républicains ; et dès lors presque toute la noblesse se rallia sous son autorité. Les bruits qu'on affectait de répandre sur la prochaine invasion d'une armée russe , accéléraient le concert de tous ceux qui redoutaient l'oppression. Le grand-général Branicki, personnellement menacé du ravage de ses terres , répondit « qu'il préférait sa ruine à la » honte et au malheur de manquer à sondevoir, » et qu'une paix obtenue en cédant aux me- • » naces , deviendrait plus funeste qu'une guerre » déclarée. » En trois années de séjour en Pologne y le comte de Broglie était ainsi parvenu

224 * HISTOIRE B£ l'aNÂRCUIE

h rassembler un parti noïribreux et à forcer la cour cTartHiérèr à èés tues. lï avart étendu ses Cor^espàMdances dans tous les états Vôisms; et d'autres intérêts sécondàhtalor^ son entreprise, déjà les Suédois faisaient avancer leurs troù]^es en Finlande : lé kan des Tartares fà'sseniblait toutes SCS' bordés ; Itsl Ttfrcs^ sôttaien^ de leur profond assoupisi^mé^,' et leur réveil an'non- ^aît la guerre. Ffédérïé, éc redoutable vôîîsin des P^oiônaîs, qui n'avait j^ais encore atteint toute sa gfoire , conti^ibuait H susciter contré lès Rutsses cette formidable lig^ , et fui-ïiiéme en attendait sa sâreté. la Russie , sôùs une ac&nimsti^àtioh înepfé et ihtertainé , ne savait plus à queDcs lïiésures f'eco^rh'. Ses ministres", après avoir perdu à Varsovie leur considération' pëi*sonhélié, Craignaient d'^ coiùproniétfré dùé (Seconde fois lie Ààtà dé ïéîir sôUVérâiûé. Ils vbyaîèiit/aVec surpristé échapper de leurs lÀains une aiitoWté qu'ils avaient jusque - ïh' eièrcée sans coîicnrrénce ; etf, contenus par cette ligué géhéraile', ils refusaient tout secours à Fambition et à la vehgéaiicé des Czartorinski. Le Comtè.dé Brôglîe^ àVaft' ret^bttVe d^ns quelque refuge in- Côhtitf , silt* un'AV^iage dié la mer Noire, de vieux éûmpàgnôiis dié^ Mafcépj^iaV cet aïicien et malheureux chef dW révoltés dé l'tJkraine ; et par eni il' afvâît lidu^ de secirètés correspondances*

DE POLOGKE. ^.25

avec les mëcontents de la nation cosaque. Il notait pas ménie sans espérance de renouveler, s'il le fallait , contre la maison d'Autriche y les spulèvements des Hongrois, Enfin, dans les premiers mois de 1756 , au moment où les hostilités entre TAngleterre et la France , commencées d'abord en Amérique , portées ensuite sur les mers qui baignent cette partie du monde , étaient sur le point d'embraser l'Europe entière , le comte de Broglie était maître de former en Pologne cette confédération , qui , soutenue par les subsides de la France , pourvue par ces mêmes subsides d'armes et de munitions , et protégée par tant de nations voisines , eût sous-* trait entièrement la Pologne au joug de la Russie , eût aisément soumis un petit nombre de Polonais réfractaires , et eût rendu à cette république des lois, un gouvernement et des forces. Mais la France suspendit tous les secours qu'elle avait promis , et renversa toutes les mesures de son ambassadeur.

Une révolution dans la politique générale de l'Europe , fut la cause de ce fatal abandon. Le moment qui vit éclater cette guerre , vit se dissoudre toutes les anciennes alliances, non par des changements réels que le laps du temps et la vicissitude des choses humaines eussent produits dans les intérêts des états , mais uni- I. i5

quement par upe suite de futiles intrigues entre des femmes et des favoris, par de sourdes ma-* nœuvres que dirigeaient de perfides ministres, par des défiances semées arec artifice , et des mécontentements iu)ustes ou fi:*i voles entre les souverains. On était sur que Fembrasement allait se communiquer avec rapidité. Toutes les nations se préparaient à la guerre. Aucune ne connaissait plus ses aUiés. Dans cette incertitude universelle , la conduite du roi de Prusse, dont les Autrichiens méditaient la ruine, décida en un instant toute la £ace des affaires. Son aUiance imprévue avec les Anglais , et Finvasion non moins imprévue de la Saxe , dont il fit le boulevard de ses propres états, ne laissèrent plus aux autres puissances ni le temps de négocier, ni la liberté de choisir. La France eut TAutriche pour alliée ; elle cessa de regarder les Russes comme ennemis ; et par cette complication d'.événements , la guerre était à peine commencée, et déjà tout le poids de ses calamités était tombé sur Les états héréditaires du roi de Pologne. Uadxninistration du comte deBrulh avait sur-tout contribué à cette malheureuse destinée. Brulh , après avoir ruiné en Saxe les

finances de son maître , n^avait point eu d'autre ressource, pour conserverie luxe de la cour, que de réformer la moitié de Farmée. La Saxe

DE POI^OGKE. aa?

ëtaît sans di^feme , et au seul: bruit d^uné inrasion , Auguste servit forcié à fuir 4e sa* capitale.^ Nous aur^^us achève la petaikure de cette cour ^ si nous ajoiitous^ qu^eii fuyant oki prit siMi de sauver les tabl€^au9( etlea poçoelaines ; e t qu^onoublialeS'arcbiv^s de Télectoratyqui, par cetteiiég.U^ gence > tombèrent entréJes maîàs du vainqueur^ ^Lussitôt qu^ Auguste fugitif .eqt pria son rbyaume pour asile , les deux factioiis rivales^ montrèrent un^gal ressentâmen»! diss outrages faits à leur rôi , et lui prbporàrent^ à l^envi Tune' dt l'autre , cent mille Polonais^ pour la drfUvraMïCô de la Saxe. Chacune d^elles vOulajlt se saiaîr 1^ première de ce prétexte honorable, pour confédérer la république ; chacune d^elles se pressa de soUâciter celle des deux cours jusqu^alora ennemies, d^où elle attendait sa destinée-; et bientèt, alarmées de l-irrésolution qu' elles ti^Qu^ vèrént également dans ces d«ux cours , elle&^n^ voyèrent à la hâte leurs plu», halulesnégodar teiu?s , l'une à Versailles , Fautkre à Pétersbonnfg. Ces émissaires y représeiitaient^ avec la ié^q force , les dangers auxquels la Pologne allait sq voir exposée , si elle restait seule désarmé^aa milieu de l'Europe en armesv Maia Brulh tremblait que la nation ne se rassetnblât sQUSrl'autd'^ rite de l'un ou de l'auft-é pairti. Il regardait Tar narchie actuelle oonune le plm bel ouvrage.de

aa8 HISTOIRE DE l'anarchie

sa politique. 11 Fentretenait par le facile talent d'aigrir les haines et d^augmenter les divisionsi Il se promettait que tôt ou tard elle ferait tomber entre les mains de son maître le pou- Toir absolu. Dans la crainte que les deux cours ne se conciliassent pour faToriser l'un ou l'aulre parti, il prenait soin d'y décrier également tous les Polonais. Il faisait valoir contre eux cette longue suite de dissensions , accrues par lui-même , et qu'il travaillait à rendre irrémédiables. Toutes ses négociations tendirent à faire également rejeter leurs offres. Il ne sollicitait, pour la délivrance de la Saxe , que le secours d'une armée russe. Le passage de cent mille Moscovites au travers de la Pologne désarmée, leur long séjour dans xin pays que son imprudente politique cherchait à laisser sans défense , la guerre que le roi de Prusse pouvait y porter, soit à leur rencontre, soit à leur poursuite, rien n'effraya la prévoyance de ce nûnistre. Le seul péril qu'il parut redouter, c'était de voir les Polonais en armes; les zélés citoyens étaient à ses yeux les plus dangereux ennemis.

Cependant Elisabeth refusait constamment de prendre part à la guerre ; elle savait que le repos était nécessaire à ses états dépeuplés ; sa douceur^ sa timidité 9 ses scrupules lui tenaient

]>E POiiiOGNE. a.ag

lieu d*tùiesagë politiique.- £Ue frémissait en fiongéant qUedL'june seule 'signature elle pouvait faire couler des flots de èaog humain ; chaque fois .que ces* tristes délibérations étalent agitées dans^sim conaeil^élle n^ien sortait que pour aller gémir au lond de sob. oratoire. Il fallut , pour Taincreâa longue résis^nce,: employer tousices artiSci^s sii connus dansi tés : cours , combattre nn^^fuîbless^ par uiae a^tro faiblesse^ lui persuader; q^e sa beauté i, et. même toute, sa. pèrr sonné. a;vaient été le s^ètvdi^a raîUerib&/Outra^ gea^te^jdu roi 4^ Prasie^j>: etojpposer ainsi une vanité de ifemm^ à sa4!(?uc©ur ^iiaturolle et à. ses terrent^ sup6rstitieuses;^6n ministre Bèstddheif , venduraux An^ais^ Im .avait inspiré, .piciur l'en^ .gagexlrpèurà'peudanfii cette ^erre, k! dessein d'affe3rniirlapaix;.lui fmaaîtcaroire quclàse^le pré3qnce de &e^ troupes* sur -les fnontiaresvsans i^ien couler àdspn empiiie*, piôsqu'elle&'séraient payées par dés^wbsid^a étrangers;, suffirait pou^ conteiiir le iroi.de Prusse v etnque ce moycn';siirs disait*il^de prévenir lea hostilités, satisferait scna amour pour la paix ^ et tout ensemble ses justes ressentiments contre c^ prince. Les Russes s^ér taient donc avancés en.Livonie. MaisTAngteterre ayant tôut-à-coup chàùgé d'alliés ^J'àncméje russe, ainsi ràssembléç^, 3e: troiuvait, par cet évé* nement inattendu, frustrée de subsides; et la

aSo HISTOIRE DX L'AK^IlRCHIE

^zarine se croyait j^cmée; 11 restait une difficulté à vaîiicre ; c^étaitde faire passer aux Russes les tnèoies subsides <^ lafrabce ârrait ^fierts aux Polonais. Maies «n 4i«u:^àii 'inùiistire xonduisak ies afiaiiies 4e ce royaume. H 'd erait au diangementsiibit de toutes ies ailiances^soil léléyatioa rapide, et pè<vt«étre leneôre Fe^j^aitc!^ â'wie plus&aute fortune. B sq^p^ortsût dans lealiaîsèiis ipesàcourpr^iâtt a^ee F Autriefae^, et {SiorrAu^ tridie avec ki Ru^ùis ,'^<^t^>^pi^sseiiMlîr, cette facilite^ de xiondescenid^e et ceftte ^éneMsitë -inooitsideréei^^>dè' tout temps ont cârac^risë ianâtion francise; 'On- pbétend que le eomte de ifefdli^s^>&ait ^fjorë'^^lr^ii premier rèle dans <:ettie »onv^ilê |inlri§ue , «t que l^ais'on^n'emfdoyaplw d^^ospii;^ et d' adresse i|ii^il'en'qiit4}^uis ces déplorables maïuBUTres. QufCÂ ifu'il en soit y £iis£^tfa, gouvef^ée^krfois par ses amants, Ms mufistres et wh; confifsseur , se laksa^ malgré ^Ile , entr^aâ»^'àiem% yokaitéfi^. H\f pleum m- signant les preiniea^S' ordres adrès^s à ses ^généraux. Mais par ces ordres «néme ,*cent miUe Aiissjes^ destinés à tâmbaittre les Prasdems^ sV vaneèi>eht en Poiogtve ;pour en traTëiPSer I^ plus belles provinces y ^ans en avoir fait aucune ré* C;aîsîti6n ' à la répi^ique ; sorte d^èiitrage que ressentaient ▼!% em^dt tous les bons citoyens , et dont iU prévoyaient ks conséquences terribles.

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