LIEUTENANTS DE ROI A HACON
h quoi! toujoiirs fidèle à votre solitude, Prétendez-vous, Iris, vous nourrir de poison. Et prodiguant des pleurs qu'entretient l'habitude , Souf&ir que la douleur suffoque la raison.
Depuis que vos beauz yeux par des torrents de larmes Déplorent le trépas de votre cher mari^ Nos champs que les hivers ont privés de leurs charmes, Dépouillés par trois fois, ont trois fois refleuri.
La lune, trente fois obscure et languissante, A repris dans son plein sa force et sa beauté , Et les vents apaisés à la mer mugissante Ont redonné le calme et la tranquillité.
Vous seule à vos ennuis sans cesse abandonnée, Yous suivez constamment Terreur qui vous détruit, Et des réflexions de la triste journée Vous formez la terreur des songes de la nuit.
Croyez-vous que Tépoux dont vous pleurez l'absence Aime l'emportement de votre cœur outré; Que votre désespoir vienne à sa connoissance. Ou bien, s'il le connoU, qu'il vous en sache gré?
Les morts sont des ingrats. Malgré la foi promise A ses engagements Mausole a bien manqué; Ni dépenses, ni soins de la triste Artémise Du séjour de la paix ne l'ont point évoqué.
iiS É
PITRES
Celui qui vous occupe au souci qui vous rouge Laisse abréger vos jours et u*en est poiut troublé. Ce sont soupirs perdus. Croyez-vous qu'il y songe, Attentif au bonheu dont je le crois comblé?
Mais s'il y réfléchit, ce procédé le choque:
Il lui seroit plus doux de se voir négligé; S'il ne vous aime plus, à coup sûr il s'en moque, Et sll vous aime encore^ il en est affligé.
L*ezcès de la douleur à la belle nature Par mille endroits divers se rend injurieux; Des traits les mieux formés il change la figure , Il efface le teint ^ il obscurcit les yeux.
L'àme plus que le corps s'en trouve endommagée , Le jugement confus en est embarrassé; Des spectres qu'il produit la mémoire assiégée Laisse l'esprit perclus et le goût émoussé.
C'est en vous conservant^ que de votre tendresse Vous pouvez témoigner la force à votre époux ; Il vit dans votre cœur, cbassez-en la tristesse^ Pour lui très-inutile et nuisible pour vous.
Si vous veniez ici^ nous ferions notre étude D'exiler vos soucis, d'instruire, leur procès; Votre tranquille sœur, de votre inquiétude Pourroit par son exemple adoucir les accès.
Sa belle âme en tout temps à soi-même semblable Fait fleurir dans sa cour repos et liberté.
Et la riche Amalthée y répand sur sa table L'abondance et l'éclat , Tordre et la propreté.
Épitres. 119
Dans cen longs promenoirs qu'un si bel art varie^ Errants à Taventure, exempts de passion, Nous faisons succéder l'aimable rêverie Aux douceurs que fournit la conversation.
On ne connolt ici ni règles ni contrainte;
Ainsi que des moments^ nous y passons les jours;
Et si nous y formons quelque légère plainte ,
C'est que pour nos plaisirs les soleils sont trop courts.
Lorsque le blond Phébus, dans la mer d'Hespérie , Se plonge dans les flots où sa clarté périt ^ En cercle autour du feu , la fine raillerie Épanouit le cœur et réveille Tesprit.
Tantôt sur le bas style et volant terre à terre, A parer aussi prompt comme on Test à porter, Nous faisons Tun à l'autre une galante guerre, Où chacun s'étudie à se déconcerter.
Tantôt en nous jouant et sans tirer Tépée^ Nous foudroyons la ligue et par terre et par mer ; Nous ôtons à Nassau la couronne usurpée , Heureux si Ton le souffire être encor stathouder.
Épuisés d'entretiens^ une guerre nouvelle « Les cartes à la main^ nous xenà tous ennemis; Sur le moindre incident nous entrons en querelle , Et le jeu terminé nous demeurons dioàs.
Fatigués de plaisirs plus qu'assouvis encore^ Nous livrons au sommeil nos yeux appesantis; On dort dans de bons Hts au delà de l'aurore. Où les songes qu'on fait sont des songes d'Athis.
x«0 ËPITAKS.
Venez donc profiter da doux air qu'on respire Dans ce palais heureux^ de. grâces ennobli.
Où par mille agréments que je ne puis décrire Nous passons sans mourir le consolant oubli.
Je parle savamment de sa vertu magique, Le croiriez-vous, Iris? Dans ce charmant séjour. Je perds tout souvenir du chagrin domestique : . Paris à ma mémoire échappe avec la cour.
Venez , il est bien temps que de ce deuil trop ample Vous délivriez enfin votre cœnr désolé :
Je vous pardonnerois s'il étoit quelque exemple D'un mort qu'on eût au jour par des pleurs rappelé.
PITRES. 121