ODE A M. DE SAINT-QUEJNTIN
qui, sur une &u8m rdation ûe la mort de M. 4e Sëneeë, avoit composé de très-beaux vers.
e malheureiix Théophile, Qui, par ses vers indiscrets, Avoit irrité la bile Dfe force ennemis secrets ,
Pour éviter le supplice
Que préparoit la justice
A ses excès impunis.
Tapi dans une ramasse ,
Sur la neige et sur la glace,
Arpeutoit le mont Genis.
Tandis qu'armé de pelisses Et de frayeur agité , Au travers des précipices Il vole à sa sûreté.
Aigri par sa contumace.
Et passant de la menace Au châtiment el^tiif , Le sénat, vaille qui vaille.
Brûle un fantôme de paille Sous le nom du fugitif.
Tu penses qu'il devint sage, Redressé par ces rigueurs?
Abus : l'homme. qui voyage Change d'avis, non de mœurs.
Chez les peuples plus conformes
128 ËPITRES.
A ses appétits énormes^ En raillant il en parloit^ Et juroit en Italie Qu'il n*eut tel froid de sa vie Qu'au moment qu'on le brûloit.
J'ai moins d'esprit en partage
Que ce fameux débauché^
Et de son libertinage
Mon cœur n'est point entiché;
Mais si quelque ressemblance
Peut dans la même balance
Faire peser notre sort.
C'est que je n'eus en ma vie
De santé mieux affermie
Que quand ta chantois ma mort.
De U fausse renommée Ce sont les communs propos :
La langue est accoutumée A tuer les plus dispos.
Ainsi, quand Rome se flatte Du trépas de Mithridate , Il renaît plus redouté ; Ainsi, sur la mort d'Auguste, D'un bruit reconnu peu juste, Hérode est déconcerté.
Et vous, par qui la Hollande Sous ses débris refleurit, Et qu'on crut mort en Islande Lorsque Scbomberg y périt.
Vous qu'après, en tant d'alarmes , On vit tenir sous les armes
ÉpITRBS. Z29
Un si terrible maintien^ Achevez la preuve entière Qu'on croit souvent dans la bière Des gens qui se portent bien.
Dans le siècle où le présage 'Tyrannisoit la raison.
Un héros par ton ouvrage Eût pu choir en pâmoison ; Le bourgeois le moins crédule Qu'eut la cité de Romule, Ne s'eâ fut pas défendu.
Et sur un si triste augure Eût cru dans la sépulture Être à moitié descendu. ^ ^
gens qui preniez la fièvre Et mouriez le lendemiain Quand il arrivoit qu'un lièvre Traversât votre chemin !
Race timide et troublée Jusqu'à rompre une assemblée Sur le cri d'une souris; .
Avec autant de foiblesse.
Quel démon vous fit majtresse. .
De cent peuples aguerris.?
Détrompé sur ces matièiies Où l'erreur a tant duré) Par de plus vives lumières Notre esprit .est éclairé^ Nous estimons qçe la vie • '•^"^
Ne peut nous être ravie , &ï>h£ aoT
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x3o ËPITRBS.
Qu'an tempjs~par le ciel prescrit; Que raccourcir ou retendre N'est pas un fait à dépendre Des caprices d'un faux brait.
Heureux qui dans sa carrière Roule avec tranquillité, Et jouit de la lumière Gomme d'un bien emprunté !
Heureux plus qu'on ne peut dire.
Qui ne craint ni ne désire L'heure du dernier combat !
Plus heureux qui, pour paroltre Devant son juge et son maître.
Tient son compte en bon état.
En vain la froide vieillesse Nous annonce chaque jour Qu'il est tard, que le temps presse.
Qu'il faut songer au retour.
La lenteur dont elle explique A notre âme léthargique Cette amère vérité.
Dans sa bouche bégayante Flatte encor de quelque attente L'humaine incrédulité.
Saintr-Quentin, par ton ouvrage ^ Mes yeux sont mieiq: éclaircis ; Il dissipe le nuage Qui les tenoit obscurcis, ^oit bonne foi, soit adresse, " ^ Ton art dâ cette foiblesse M'aiTMto te désaieu
ËPITBES. i3i,
Et sans détour vient m'apprendre Qae si je ne suis en cendre , Du moins j'y serai dans peu.
Par tes vers dont la durée Est exempte de finir^ J'ai quelque gloire assurée Aux fastes de Tâvenir; Ceux qui de tes nobles veilles Feuilleteront les merveilles.
T'y voyant pleurer mon sort.
Croiront que quelque mérite, A ta muse favorite.
Me fit aimer vif et mort.
Mais si cette providence Qui nous mesure le jour, Avant ma mort en ïiovence Souffîroit que je fisse un tour, Prompte à quitter ma demeure.
Mon àme à sa dernière heure Se livreroit sans efBrai, Et la croiroit moins terrible Après la douceur sensible D'embrasser Cbasteuil et toi. *
Oliviers, souche sacrée.
Et vous, 6 myrtes fieurisi De Pallas, de Cythérée, Ornements les plus chéris.
Délicieuse verdure.
Quel plaisir je me figure D'aller, en dépit de Mars, Passer les après-soupées
Sous vos tôtea écbaplpée»
Aux fureurs des Sayoyaids.
Tous trois sous Tasyle sombre De vos paisibles vergers.
Nous respirerons à Tombre Le parfum des orangers.
Là, quand Tibulle ou Properce Nous auroient à. leur commerce Agrégés en soupirant , Bacchus , hérissé de glaces, Feroit pleuvoir dans nos tasses Barbantane et Saint-Laurent»
La fin de mon verbiage Tapprendra, cher Saint-QuenU» , Que j'ai fait quelq;ue voyage Aux bords du pays latin.
Horace, illustre modèle Qui sert de règle fidèle Aux écrits les plus vantés.
Après un long monitoire, Goncluoit toujours par» boire Ses doctes moralités.
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A MONSIEUR DE SAINT-QUENTm.rrJ
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ourquoi réyeîUez-Yous une démangeailc0 Dont m'avoient délivré le temps et la raison? Pourquoi présentez-vous à mon esprit cr^i- D'un éloge emmiellé la flatteuse pilule?^{ft Vous savez, Sainlr-Queùtin ^ que la muse et son cKaKt Inspirent vers l'orgueil un terrible penchant. ''^^ Enfoncer Vaiguillon d'une exquise louange ^ '^
A qui coud une rime, à des mots qu'il arrange, '^^' C'est à la voile euflée ajouter l'aviron, '^^
Au cheval qui galope appuyer l*éperon, ^'
Et jeter vers im feu qui grimpe vers la lune ^'
La liqueur de Pallas qui supplanta Neptune. ^
Il est vrai que, prudent tout autant que flatteur, ^ Vous guérissez le mal dont vous êtes Tauteur, '} Et votre humilité, dans vos vers exprimée.
De l'encens qui m*entôte écarte la fumée.
Si Tune de vos mains m'ofre un soporatif , L'autre dans le moment me tend un correctif . Ce mépris de vous-même à vos douceurs déroge; Je m'en tiens à l'exemple et rejette l'éloge.
Mais vous vous abaissez avec tant d'agrément,
Qu'un mépris si disert se trahit, se dément,
Et malgré les détours de cette modestie.
Par l'air dont elle parle elle est anéantie.
Ainsi, quand Apollon, de l'Olympe exilé.
Endossa d'un pasteur l'habit dissimulé.
Son art industrieux et propre à la surprise
Ne put donner le ehange aux nymphes de TAmphrise;
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De sa channaute yoiz un ton mélodieux^ Un souris de sa bouche, un regard de ses yeux, Un anneau négligé de sa perruque blonde^ Un rayon de ce feu qui réchauffe le monde , Démasquoient à tous coups son dehors mensonger. Et le dieu s'échappoit au travers du berger.
L'astre qui me condamne à traîner une vie Obscure, mais du moins exempte de Tenvie, N'a pas dans ma retraite avili mon destin Jusqu'au point d'ignorer l'illustre Saint-Quentin. Foibles imitateurs du ruisseau d'Hippocrène/ Les nôtres chaque jour murmurant sur l'arme Tant d'honneurs consacrés à ce nom si fameux. Invitent nos échos d'en parler avec eux :
Les famies, les sylvains le vantent aux naïades. On le lit sur l'ormeau gravé par les dryades. Et quand un beau berger veut à l'objet aimé Inspirer la langueur dont il est consumé , S'il sait de Saint-Quentin quelque chanson nouvelle. L'espoir peut le flatter d'attendrir sa cruelle.
Mais quoi ! nous vous perdons, et le peuple galant Soupire de vous voir négliger son talent.
Nous savons qu'occupé de desseins plus sublimes Vous mettez en oubU l'art amusant des rimes ; Né pour ressusciter, dans vos livres polis, D'Apt et de Forcalqnier les honneurs aboUs, Déjà par vos travaux sur votre colonie Le temps n'exerce plus eçifin sa tyrannie ; Contre ses attentats votre cœur prend parti , Digne da sang romain dont vous ^tes sorti.
Digne de ses aïeux sous qui tomba Garthage, Dont les difficultés redoubloient le courage.
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Eh bien ! puisqu'il le faut, Saint-Qnentin, poursnlyez :
Ornez votre patrie, à qui vous vous devez;
Abandonnez les vers, livrez-vous à Thistoire ;
Mais si nous vous cédons, du moins c'est à la gloire.
Peut-être que parfois votre esprit dégoûté
Du commerce épineux de votre antiquité.
Des eaux de raélicon débouchant les écluses.
Viendra se délasser dans les jardins des muses ;
Par mille beaux endroits Chasteuil m'est précieux;
En lui tout me ravit : ses chants harmonieux ,
Son travail assidu, son feu, son abondance;
De son style fleuri j'admire l'élégance ,
Et ce profond savoir dont l'application