‹ Œuvres posthumes de Sénecé;Chapitre 21 sur 93 · STANCES · texte numérisé non relu

STANCES

B tribunal d'amour j'ai fait ce que j'ai pu Pour obtenir qu'il vous punisse; Mais d'un juge aussi corrompu Puis-je attendre aucune justice ?

Seigneur, lui remontrois-je avec émotion.

Est-ce une chose supportable

Qu'Iris à ma discrétion

Fasse une injure irréparable?

J'espérois que mon coeur, qui languit sous sa loi,

Blessé d'une atteinte profonde, Fût un sacré mystère entre elle, vous et moi;

L'ingrate en instruit tout le monde.

— « Lisez ce qu'Acanthe m'écrit, « Dit-elle en souriant. Voyez sa politesse !... » La cruelle, elle feint dô louer mon esprit,

Lorsqu'elle insulte à ma tendresse.

Ses nombreux confidents, riant sous leur chapeau.

Pensent, comme je l^imagine.

Que plutôt je devrois, si voisin du tombeau,

Faire Tamour à Proserpine. ^ Ils disent que je suis d'une espèce de fous

Dont on voit bien peu de modèles.

J'en conviens; mais, amis, avouez entre nous

Que ma fohe est des plus belles.

i54 Epitrbs.

Si je n'ai pas l'esprit bien sain^ Ou si de mes doncenrs le goût est un peu tAàe, Est-il décent de voir un médecin Qui se moque de son malade ?

Iris, pour m'apaiser, dit que de mes écrits C'est à ses seuls parents qu'elle a permis la vue. Iris n'a donc qu'aux loups confié la brebis ! L'excuse est merveilleuse et je l'ai bien reçue. Je ne demande pas^ Amour, pour me venger Qu*on exerce sur eue un chàtimeul sévère,

Mais du moins pour la corriger Faites-lui ressentir quelque peine légère.

Faites que le regret d*en avoir mal usé.

Par des peines intérieures Altérant son beau sang toujours tranquillisé^ Ne la laisse dormir tout au plus que neuf heures;

Qu'elle souffre en se réveillant

Quelque remords involontaire,

Que son œil en soit moins brillant Et son teint reposé moins qu'à son ordinaire.

Que par le dépit de se voir.

Quoique jeune, tirer sur la couleur de l'ambre.

Elle casse quelque miroir Ou gronde sans -sujet quelque femme de chambre. Faites qu'à son esprit qu'éclaire la raison Le prix de mon ardeur se fasse mieux conholtre

Par la simple comparaison Du procédé bruyant d'un jeune petit-maltre...

Aux pieds du monarque puissant J'aurois poussé plus loin ma plaintive harangue,

Lorsque d'un coup d'œil menaçant Mon juge m'interdit l'usage de là langue.

PITBBS. I

■ EBclave malheuKux, cessa de discourir, a Me dit-il, et, bûsant ta chaîne réTérée, H Apprends qoe c'est ton sort de te taire et soa&ir, « Celui d'Iris d'être adorée. »

i56 ÉPITRES.

A MADEMOISELLE DE MOMPIPEAU

EH LUI ENTOTANT DES 6BAINE8.

Ce ta Janvier.

njourdlmi je me suis levé

Un peu plus matm que l'aurore ;

Pour un fort grand dormeur^ et dans janvier

C'est un sacrifice achevé : [encore^

Mais je voulois consulter Flore

Sur ce paquet étiqueté

Qui de ma part vous sera présenté A ce commencement de la nouvelle année ; Et pour entretenir cette divinité 11 ne faut pas dormir la grasse matinée.

Je n'ai pas été la chercher

Dans les superbes Tuileries,

Ni dans les charmantes prairies Où Ton voit au printemps ses bienfaits s'épancher :

Ma peine auroit été perdue;

Ces Ueux à tous vents sont ouverts,

Et la déesse toute nue

N'y peut résister aux hivers.

En quelque endroit que l'on le place^

Jamais un bienfait ne se perd.

Pendant les rigueurs de la glace^ Dans ses caves Bacchus lui donne le couvert.

Ce dieu reconnoissant la sauve de l'injure Que le troià ennemi feroit à ses appas, Pour lui payer les fleurs et la verdure

Dont elle a paré ses repas.

EpITRES. i57

Là cette beauté délicate.

Attendant un meilleur destin.

Au lieu de pourpré et de satin

Sliabille d'osier et de natte.

Et dans ce triste atour porte un deuil assidu

De son règne perdu.

C'est dans cette retraite où je suis descendu Pour consulter la reine des fleurettes.

Déesse, par yos amourettes, ( Ai-je dit à genoux) par ces galants soupirs, Que, dans le tendre excès de leurs flammes discrètes,

Poussent les amoureux zéphyrs ; Par rémail parfumé dont vous ornez la plaine. Enfin par le retour de Taimable printemps.

Qui dans sa naissance prochaine

Vous rendra Tempire des champs, De grâce, enseignez-moi comme il faut qu*on cultive Ces fleurs que par votre ordre on sème au renouveau^ Et faites que par moi votre méthode arrive

A la Flore de Mompipeau.

A votre nom, chose étonnante!

J'ai reconnu d'abord qae j'étois entendu :

Les orangers ont répandu Dans les airs de la serre une odeur plus charmante,

Le laurier s'en est écroulé, L'aloès a fait voir son écorce entr'ouverte.

Et le myrte amoureux, de respect ébranlé,

A secoué sa tête verte.

I^a déesse^ en un mot, s'est offerte à mes yeux^

Non comme on la voit dans les cieux

Avec sa beauté tout entière; Cette divinité qu'on sert sur vos autels, Encor que bienfaisante^ encor que familière,

i58 ËPtTRfeS.

Dans sa propre flgare a pour des yenx mortels

Une insoutenable lumière.

Mais pour ne m'en aveugler pas.

Elle a Yoilé ses rayonnants appas .

Et s'est fait voir chauve et barbue^ Dans sa crasseuse main tournant un chapeau gras^

Grattant d'un doigt sa tête nue, En habit de droguet, en souliers plats et vieux^

Enfin dans la figure même Que se fait voir chaque jour- à nos yeux Le jardinier de l'hôtel d'Angoulême; Et sur les points que j'avois demandés^ D'une voix humble et d'une haleine forte,

Elle a prononcé de la sorte

L'oracle que vous attendez :

Dans le second mois de l'année, Quand l'astre des poissons succède au verseur d'eau, Si vous pouvez trouver une belle journée.

Prenez la bêche et le râteau, Et dans la terre bien fouillée Semez le taraspic, dont la pure blancheur D'aucun mélange n'est souillée.

Et le double pavot qui panache sa fleur.

De l'humble antherinum faites-en tout de même : Il va pendant trois mois toujours renouvelant; Si sa beauté n'est pas suprême, Il rehausse son prix par ce petit talent.

En pareil temps, des deux pieds d'alouette Suscitez la fécondité :

Leurs fleurs, par leur variété.

Vous en rendront récompense complète, L'une au printemps et l'autre à la fin de l'été.-

ÉPITRBS. iSg

Semez au mois de mars votre œillet de poète.

Dans celui de juillet sa fleur sera parfaite.

Qui sur son nom voudra rêver

D'une manière sérieuse, '

La do?t croire capricieuse

Et difficile à cultiver.

Mais ne lui faites pas l'injure.

Sur ce nom décrié de vous en dégoûter.

Quand elle sort de terre il faut la replanter,

Et voilà toute sa culture.

Au mois d'avril sur couche il faut semer L'ambrette parfumée et la noble amarante; Six semaines après, qui veut les voir former.

Il faut qu'au large il les replante ; Le poivre ainsi conduit réussira fort bien.

Et le melon génois, tous deux plantes nouvelles. Vous donneront des fleurs médiocrement belles Et des fruits curieux qui ne sont bons à rien.

Régalez de ma part la belle jardinière

D'une fleur singulière; Ainsi que l'amarante on la sème au printemps. Et pour la replanter on prend le même temps ; Elle est si fort brouillée avecque la lumière. Que ses plus, tristes jours sont les plus éclatants,

Et, contraire à Théliotrope,

Au moment que le soleil luit On la voit se fermer et tomber en syncope.

Et ne s'épanouir qu'aux ombres de la nuit ; Pour cette qualité, qtii'fait ici du bruit,

Et dont mon empire s'étonne, Belle de nuit est le nom qu'on lui donne.

z6o ÉPITRE«.

Belle de nnU seule n'est-elle pas ,

Et dabs Paris on en voit d'autres qu'elle .

A qui Tobscurité prête tous leurs appas;

Mainte coquette en sa sombre ruelle^

Maintient par art beauté peu natureUe^

Attentive sans cesse à fasciner les yeux,

Et bannit du soleil les rayons curieux

Dont la sincérité déposeroit contre elle.

L'amour, comme aux filets, se prend dans ses jouis faux ,

Et plus d'uneToudroitj dans le siècle où nous sommes. Dérober la lumière aux bommes Pour leur dérober ses défauts.

La déesse, à ces mots^ ainsi qu'un trait de flamme S'éclipsa de mes yeux par un sentier luisant^

Et finit justement en femme,

Puisque ce fut en médisant

Gela soit dit sans vous déplaire ;

Je vous distingue du vulgaire,

Et sais^ sans Tavoir deviné^

Gomment votre esprit est tourné.

Par ce récit véritable et fidèle Vous coimoitrez que la troupe immortelle Se prévaut de mes soins, me donne quelque emploi^

Et ne dédaigne pas de parler avec moi.

Voyez ce que je puis chez elle pour vous plaire. Je ne suis même pas inconnu, dans Gythère ;

Si par hasard avec TÂmour

Vous aviez un jour quelque affaire.

Je connois Tair de cette cour

Et vous offre mon ministère.

ÉPITRBS. l6i

A MADAME L. G

reUgiense de Loagduunps.

OS chagrins depuis quatre mois Vous ont empêché de m*écrire; ' Cette excuse est d'nn si grand poids, Paithénice, qn*il fisiut en rire.

Si je me connois en chagrin.

Ce n'est pas sur vous qu'il travaille; Ce n'est pas sur votre terrain Qa'il choisit son champ de bataille*.

Cet ennemi du doux repos Sait trop en quels endroits il grimpe, Et ne Ta point mal à propos S'emprisonner sous une guimpe.

Comment poBrroit-il s'élever Sur les murs de votre clôture?

L'amour n'y s'auroit arriver.

Lui qui n'a pas Taile moins sûre.

S'il est quelques soucis connus Dans votre paradis de filles, Ils sont si minces, si menus.

Qu'ils passent par des trous de grilles.

De bons gros chagrins biens nourris, C'est à nous qu'il faut les permettre.

Dont l'espoir attend de Pans *

La fortune dans une lettre.

x6ft ËP1TMBS.

Dn moins sachons votre chagrin; Qui le découvre le soulage.

Un jeune et volage serin Auroit-il rompu votre cage?

Les ventB du Nord ou du Midi N'anroient-ils point, en téméraires, Hàlé d'un baiser étourdi Le teint des fleurs qoi vous sont chères?

Par quelque attentat des plus- noirs^ La violence des orages A-t^Ue de vos promenoirs Éclairé les sacrés onibrages?

Sur ces amusements légers Roule votre sollicitude; Tous autres maux sont étranger?

A votre aimable solitude.

Ni vos craintes ni vos désirs N'ont rapport aux grandeurs humaines;^ Vous qui renoncez aux plaisirs^ Pourquoi sentiiie2>vous les peines?'

Parlez moi sans déguisement :

Je suis homme d'expérience^ Et démêle trop nettement Les causes de votre ^ence*

Dieux! dans quels piégés eoniduit L'air d'une flatteuse apparencèi' Lorsque la douleur s^ntroduit Sous le masque de l^ei^roncef

ËPITBES. l63

J'ai cru que l'on m'ouvroit les deux Quand j'ai vu votre lettre ouverte ,^ Sans me défier que mes yeux

Y liroient Karrét die ma perte.

Dacier, Tourreil.et TaUemaiitji

Y brillent comme, ces étoiles.

Dont la nuit, dans le firmament, Borde le fond brun de ses voiles.

Vous m'y citez ce grand prélat De qui la suprême éloquence Sur Âgen répand un éclat Qui s'étend plus loin cpie la France.

Il s'y distingue, il éblouit;^ Gonmie un de ces grands lùmluaires Devant lesquels s*évanouit La clarté des astres vul^gaire^.

Vous m'oublierez facilement,.

Fière de tant d'amis illustres.

Non pour quatre mois seulement, Mais encore pour quatre lustres.

11 est vrai que vou& mi'en parlez Pour m'assurev de leur estime j Mais sous des noms dissimulés, Sais-je moins le poids qui m'opprime?

Bien qu'à déguiser mes malb£ur«.

Vous voi]^ mpntri^ ingénieuse, Un serpent cacbé sous de& fleurs A-t*il la dent-moins venimeuse?

i64 ÉPITRES.

De ces justes approbateurs L'estime est un bonheur sans doute; Mais j'en crains les appas flatteurs.

Quand je songe à ce qu'il m'en coûte.

Quoique avec ce titre éclatant, On puisse prétendre au mérite.

Qu'ils ne tous occupent point tant, Parthénice; je les en quitte.

Eh quoi ! messieurs, en vérité, Vous suffit-il pas qa'on vous prône Tandis que dans l'obscurité Je languis au bord de la Saône?

Toute la gloire de notre art.

Je vous la cède avec justice; Mais qu'on me laisse un peu de part Au souvenir de Parthénice.

Pardonnez à ce mouvement ]>ont je n'ai pas été le maître ; La jalousie est im tourment, Trop de contrainte la fait naître.

Rarement pour s'aventurer Du bon sens elle prend l'attache; L'imprudente ose se montrer Aux lieux où son père se cache.

Le père se présentera Peut-être un jour à votre grille, Lorsque le timide saura Gomment vous traiterez sa fille.

ÉPITRES. i65

A MADAME L. G

rellgiease de Longchamps.

BILLBT.

n m'a dit, illustre vestale, Que j'ai part à rotre pitié ; C'est votre sœur qui m'en régale ; Je la dois à votre amitié.

Cette occupation m'honore Et triomphe de ma douleur; Oui, si je me plaignois encore.

Je mériterois mon malheur.

Quoique l'atteinte en soit profonde , Pourtant, si je m*y connois bien.

Vous fîtes, en quittant le monde , Des coBurs plus tristes que le mien.

Peut-être votre àme inflexible , Qu*un saint mouvement conduisoît.

Le suivit, sans être sensible An désespoir qu'elle causoît.

Puisque mon influence noira Toucha votre cœur généreux, Je n'en quittefoîs pas la gloire Pour une charge ni pour deux.

Mon destin an vôtre me lie :

Pour beaucoup de oonfbrmité.

i66 ÉPITRES.

Gomme vous j'oserai ma vie Dans mie homiôte pauvreté.

Nos festins deviendront les mAokàs, Et notre régime commmi.

Je ferai deux on trois carêmes, Quand les pourvus n*en feront qu'un.

Comme vous, quittant de la mode .Le fastueux entêtement.

D'une serge simple et commode Je ferai mon habillement.

Gomme vous, à l'obéissance Ajustant mon intérieur, J'accomplirai sans répugnance Les ordres du supérieur.

Pour l'autre vœu qui vous fait vivre Sous le joug d'une chaste loi.

Je n'aurai pas peine à le suivre i Mes cheveux gris l'ont fait pour moi.

Hais un point gui me tient en peine Dérange ta comparaison:

Gar vous logez chez votre reine; Mon roi m'exclut de sa maison.

Get écart forcé du modèle Ne doit point m'ètce reproché i Dans un si noble parallèle^ G'est beaucoup d'avoir approché.

Béni soit le malheur propice « Heureux refus, sage artisan,

Héritent votre attention,

O ma «NT (car enfin vons Viles) !

Riei pour nu conversion.

à 'iT -lOi «r —

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