‹ Œuvres posthumes de Sénecé;Chapitre 38 sur 93 · SILÈNE · texte numérisé non relu

SILÈNE

Qui ? moi , mon cher seigneur, j e voudrois vous tromper ! " Non, je me donne au diable ^ elle étoit toute pleine. .

PAN

Au fait^ Baccfaus sait bien que je vis sous sa loi; - Qu'aucun n*est plus sensible aux douceurs qu'il inspire,

Qu'aucun n'est plus jaloux que moi -,

De la grandeur de son empire;

Mais confessons la vérité :

DBS Dieux. 1x9

Dans tous les plaisirs (ju'on se donne*

L'heureuse médiocrijté

Et le sel qui les assaisonne , Qui leur fournit la pointe et la Tiraeité.

Cet aimable ruisseau qui rit à la prairie , Content de son bassin , Tome de mille fleurs. Quand il devient torrent, sa brutale furie Sous une rouille immonde obscurcit leurs couleurs. Le feu^ si nécessaire aux besoins de la yie> Réduit dans un foyer, le sert utilement; Quand il gagne le toit, dans peu sa barbarie Ne fait d'une cité qu'un vaste embrasement.

De vos buveurs à toute outrance Examinons ensemble un célèbre repas:

Pesons-en chaque circonstance.

Je vais les suivre pas à pas.

D'abord, aux premiers coups dont le verre pétille. Chacun d'un feu charmant se sent tout transporté; On ignore des trois qui plus noblement brille,

Le vin, Tesprit ou la gaieté.

Les galantes chansons, la âne raillerie.

S'empressent à l'envi de les entretenir.

Heureux en cet état qui pourroit se tenir; A quels rois, à quels dieux porteroit-il envie? Mais un léger brouillard paroit sur l'horizon;

Voyez-vous pas comme il s'élance?

Ami , d'un doigt de plus me feras-tu raison?

ciel ! il s'épaissit , et le nuage crève.

Les convives frappés sentent fleurir la fève^ Semblables à ce fou duquel en certains Heux On fait voir aux passants Fépitaphe badine.

Qui se portant fort bien vouloit se porter mieux. Et qui se fit crever par une médecine.

Si de quelque emporté le caprioe galant, A la santé d'Iris propose une rasade.

On applaudit , et là brigaé»

Pour l'exeroiee yiolnt

Abandonne la proniœade<

Les p«tilB verres en morceaux Laissent fouler aux pieds Venise méprisée.

L'Allefflagne est préconisée- Par ses fiers vidrecoms, dont trois tiennent deux senrex. D'avaler le premier le moins hardi s'empresse; On voit dès le seoond pâlir les oombaMa&ls.

Le troisième parett; la saJm efr la graisser Nagent parmi le vin sur ses bords dégoûtants. Même yerre pour tons. Les buveurs équitables Triomphent dans ce point sagement inventé; L'arrêt a du bon sen» : Estomacs dissemblabtes"- Rendront pour tant de vin pareille quantité.

Déjà la brûlante- eau-de-vîe , Sous vingt noms différents enflamme leurs discoors';

Déj^, pour abréger leurs jours,

De la dissolvante -chimie

Le vin mendie le secom-s;

Déjà de la raison mourante - Les vains censeîls sont onbliés^ Et la pudeur p&le et tren^lante Suit les valets cnoLgédiés-.

Jupiter ! quelle heuseaseéldqueiice Pourroit peindre Hiorrenr de ces triées moment»!

Les duote ^evienaant harlemeiAs ^ La langue s'^aissit et .meniA dans le silaRce : On ne s'éBoace pins i|ii6' par des bégaiement»^ Tel qui ne peut nmttreoidreramE 'démarches légères •

BB8 Dieux. tai

De la folle BioiHéqoi doEt.à ses^Atés,

Veut établir des lois Mffitàres Pour policer l'Etat et lég^ tes cités:; l/aatre parle des dieux et souille leurs mystères

De blasphème et d*^surdltés.

Le plus beuiciix délions , Teitreitsé woé la table ^ S'endort tranquiltemeut antre: les deux tféteavrx. Le plus fou sur un m«t emporté eomme tm'éJBaâ^le,

-B<«p|i(râte à. jouer des eouteaux.

Chacun seatite poKhant où iavaqpmir rentmlne. Le Lapithe au Centaure issalte fièrement:

Lesiigres de fiacchus- échappés de leur ohaiae, Remplissent tout 'd'horreur et de mgisseméatt: ' Si quelqu'un par hasard ^arde assez de proétence

Pour empêcher le triste effet

De leur brutale violence^ La rixe au lendemain de sang-froid recommence. L'orgueil vient soutenir ce que l'ivresse a fait; On court au gouverneur pour y former obstacle;

On les tire enfin du bourbier, Fort obligés au vin qui les donne en spectacle

A tous les rieurs du quartier.

Vous les nommez plaisirs, ces excès. détestables, Ces fureurs que le vin prépose à vos'déskSj Ces maux que la crapule attache aux longues itaUes, Qui de Bacchus outré vous Ibnt enfin ^martyrs : La goutte , la gravelle et mille > autres semblalbles. Misérables buveurs , vous les. nommez j^laisirsl Dussé*je me charger de la haine commuoe De ceux qui de Louis attaquent la fortune, Dussé-je avec le Nord me'ia«ttre en compromis,

Et me faire plus d'énneittis Que l'on n'entend de chiens aboyer ària'lane^

Si pour ce plaisir <edle«x

sat DlALOGUSS

On me roit quelque jour entrer en frénésie^ Puissé-je à la table des dienx Ne goûter jamais d'ambroisie.

siLiirs.

Mon prince, vos discours sont beanx^

Vous parlez aussi bien qu*un livre;

El Nerrese et des Esenteaux, Tout éloquents qu'ils sont» auroient peine à vous soivte x

Mais, au bout du compte , il ûnit vivre. ^-

Ne déjeune-t-on point céans ? '

Allons, monsieur le maître, andouilles en campagne^

Du moins point de vin d'Orléans : ^^

Je suis tout bourgogne ou cbampagne.

PAN

Autre vice qui fréquemment A la débaucbe se marie, La mauvaise plaisanterie.

Réponds-moi sérieusemeut.

silAnr.

Que vous plalt-il que je vous dise?

rétois un pauvre villageois; • Bacchus de sa cité m'établit franc bourgeois. ,

Je l'aimerai toute ma vie.

Par lui je participe à la divinité.

D'aUleurs^ aucun emploi ne me donne exercice;

Pour éviter l'oisiveté Je bois : que voudroiVon, mon maître^ que je fisse?

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