‹ Œuvres posthumes de Sénecé;Chapitre 40 sur 93 · A MONSEIGNEUR LE MARÉCHAL DE NOAILLES · texte numérisé non relu

A MONSEIGNEUR LE MARÉCHAL DE NOAILLES

IMITAriÛJr

Da comneacMueiit du âetuciènte firre de Lacrbce.

n vaste cliajup des laers^ quand les vents

[déchaînés Exercent leurs combats sur les flots mutinés. On voit avec plaisir, assis sur le rivage.

Les vaisseaux démâtés lutter contre l'orage ; Non que le cœur de l'homme ait la malignité De croire au mal d'autrui voir sa félicité; Mais c'est que Tamour-propre, attentif à ses vues,. Dilate à cet objet ses entrailles ém«es.

Et dans la sûreté se formant des appas, ^applaudit en secret des maux qu'il ne sent pas. Sur le même principe, au haut d'une montagne. Hors d'atteinte, on se plait à voir dans la can^p^gne^ Des vainqueurs acharnés et des vaincus errants Sur de pâles monceaux de morts et de moulants.

Mais de tous les plaisirs de pareille natore il n'est de volupté si solide et si pure.

Gomme d'être à l'abri de ce fort respecté Que contre les erreurs le bon sens a planté;

m8 Satires.

Et du haut da donjon de la philosophie

Envisager sur soi les troubles de la vie.

Qu'il est doux d'observer les hommes dissipés, . .

D'un objet étranger à toute heure occupés.

Incertains, chancelants, livrés à leurs caprices.

Mendiant le ÏÏonheur à la porte des vices !

L'un, se piquant d'esprit, croit se faire un beau nom

Si de ses concurrents il ternit le renom.

L'autre, aux vieux parchemins fondant sa confiance.

Dispute de noblesse aux douze pairs de France, . .

Et de ses bisaleux ostentant la valeur.

De ce qu'il n'a point fait cherche à se faire honn^;

Tandis que l'avarice, ardente et mercenaire.

De soins et de travaux consume le vulgaire.

malheureux mortels ! 6 cerveaux déréglés, Par de fausses lueurs sans ressource aveuglés^I Dans quelle obscurité la raison confondue.

Perd-elle ses moments de si peu d'étendue , Ces moments précieux tout autant qu'ils sont oourls, Où l'avare nature a renfermé nos jours ! . . ,

Ne l'entendez-vous pas qui corne à vos oreilles Qu'à d'indignes soucis vous consacrez vos veilles, ^ Et qu'en ces deux points seuls consiste son bonh^w, Uàme sans passions et le corps sans douleur ? . ~

Ce corps fragile, objet de vos soins l«s plus tenjresj Ce vil amas dîiumeurs qui pétrissent des cendresi Que vous demande-t-il que de l'entretenir Par le peu d'aliments propre à le soutenir? . ][ Vous tiercez les traités, et vos dernières offres -j Du sang des malheureux s'en vont gorger vos coÎËres: Eh bien ! quand vos comptoirs seront remplis à fond, Aurez-vous l'estomac plus large ou plus profpnd.? Voyez cette jeunesse au plaisir excitée, .

Que la soif d'acquérir n'a point encor gâtée;

Satires. 919

Us n'ont pour célébrer leurs couTires joyeux^ Ni lustre de cristal , ni buffet précieux; Lenr salle est sans parquets, encor moios lambrissée» Flamands ni Gobelins ne l'ont point tapissée^ Ils n*ont ni des perdrix les odorants fumets, Ni ragoûts recherchés, ni piquants entremets; Létu^ sauce est Vappétît, et pour toute harmonie Le murmure des eaux leur sert de symphonie.

Cependant, étendus sur le gazon mollet, Ils fourragent le thym, flairent le serpolet, Et quand le doux printemps émaille la prairie. Se couronnant des fleurs de Therbette fleurie^ Ils goûtent des festins dignes d'un immortel; La brillante allégresse est leur maître d'hûtel ; Pour eux tout est exquis; la paix et l'innocence  leurs désirs réglés tiennent lieu d'abondance; Leur soif s*éyanouit au coulant des ruisseaux, La faim et Fenjouement s'arrachent les morceaux. À faire de bon suc la nature appliquée Se trouve rétablie et non pas suffoquée; Un repas attend Tautre à peine, et la santé Est Timpayable prix de leur frugalité.

b santé précieuse et des cieux descendue.

Sait-on ce que tu vaux qu'après qu'on t'a perdue ?/ Si ces voluptueux, à qui rien ne suffit, tatàhês de mes leçons, les mettoient à profit, Âuroient41s ces dégoûts, auroient-ils ces nausées^ A l'approche des mets par leur odeur causées f Verroiènt-ils transformer le chile en crudités ? tians leur sang corrompu, quand la fièvre alluméor Attaque le cerveau frappé de sa fumée, À-t-elle dn respect pour leurs lits de velours ? L'or dont ils sout brodés leur donne-t-il secours ? Quoique contre ell& enflb leur noblesse réclame,

a3o SAtIRES.

En sort-elle plutôt que d'un lit de Bergame ?

Mais si tant de faux biens dont l'homme est entêté N'apportent à son corps aucune utilité, AcheYons de peser au poids de la satire.

S'il est quelque profit que son âme en retire. Vous êtes bel esprit, Eugène, on en convient. Tous les ans un volume au public en revient; Vous avez du langage attaqué la noblesse Et du raisonnement épuisé la justesse.

Et malgré le penchant qu'elle a pour babiller, La critique sur vous n'ose plus pointiller.

Mais le vent qui vous porte à ce degré suprême. Vous rend-il, dites-moi, satisfait de vous-même? Êtes-vous bien purgé d'un inquiet orgueil?

Poussez-vous point la haine au delà du cercueil? Et ne trouvant d'écrits comparables aux vôtres. Souffrez- vous sans aigreur qu'on applaudisse à d'autres î Avec la beauté chaste, avec le corbeau blanc, Parmi ces raretés occupez votre rang, Si vos talents unis avec la modestie Peuvent sans détourner concerter leur partie.

Pour vous, Polidamas, un courage brillant Vous a su mériter le titre de vaillant ; Vos faits dans la Gazette occupent mainte page, La Flandre et Tltalie en rendent témoignage; Mais vous vanterez-vous d*ètre encor le vainqueur De cette ambition qui vous ronge le cœur ?

Ces bataillons serrés qui sur vos moindres signes Vont insulter des forts , courent forcer des lignes. Rendent-ils votre esprit exempt de passions, De crainte, de remords, de superstitions?

Non, non, le noir souci vous devance^ vous coupe. Poursuit son cavalier, avec lui monte en croupe ; Et quand tout l'univers à sa gloire applaudit,

UMÉà

Satires. aSt

Lui qui seot sa foil)lesse en secret l'en dédit;

Cet ennemi caehé qui cause vos alarmes

N^a peur ni du mousquet^ ni du fracas des armes,

Et malgré leur éclat tous en serez Mttu

Sous la pourpre el sous Tor dont tous êtes Têtu.

Il faut en couTenir, de tout ce qui Toccupe,

Trésors, gloire^ grandeurs, lliomme est toujours la dupe;

Pour nos jours si bornés, nos soins peu de saison

Sont^ à les bien nommer^ disette de raison;

Ces enfants égarés^ que loin de leur Tîllage

L'approche de la nuit sdi^rend dans un bocage,

Dès qu'un zéphyr léger par la feuille a couru

Pensent voir le loup gris ou le moine bomru.

Et leur esprit blessé leur rend la face blême

Par les illusions qu'il se forge lui-même;

Vous Toilà peints, mortels; Terreur qui tous séduit

Change tos plus beaux jours en menaçante nuit,

Et courant au bonheur par des routes Tulgaires,

Vous en perdez la trace, offusqués de chimères

Que TOUS mépriseriez si vos cœurs dissipés

Au soin de tous connoître étoient plus occupés.

C'est à peu près ainsi, Maréc^kal, que Lucrèce Faisoit contraster RcHene avec la Tieille Grèce, Avant que la beauté dont la fiamme Téprit Par un philtre funeste eût troublé son esprit.

Que TOUS êtes heureux, tous, dont Tàme sublime, Seigneur, sait aTec poids dépenser son estime. Vous qui, comblé d'honneurs, brillant de dignité». Démêlez le réel d'aTec les Tanités, Qui passez par les biens ainsi que la lumière Sans salir ses rayons pénètre la matière.

Vous qui fixez pour but à Totre affection Le service du maître et la religion. Et qui dans les frayeurs où tout autre succombe

23a Satires.

Ne connoissez de peur, sinon qa& le ciel tombe.. ^^.

Que ne m'inspirez-yous ces nobles sentiments.

Pour calmer de mon cœur les lâches mouyements !

Je cherche à l'affermir; instruit de sa foiblesse.

Je yeux me retrancher au fort de la sagesse, . ;

J'en munis les dehors et poste à Tenyiron

Horace, Juyénal^ Sénèqne et Gicéron ;

Dès (pie la pauyreté fait yoir sa triste face.

Je passe sur le yentre aux gardes de ma place, '

Et jette, pour la fuir, dans le fond du canal

Horace, Gicéron, Sénèque et Juyénal.

En yain pour arrêter son transfuge infidèle.

Du haut du bastion la yertu me rappelle.

Me montre ses drapeaux : je suis sourd à sa vo^.

Et mon rebelle cœur yole après les emplois.

Satires. a33

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