‹ Œuvres posthumes de Sénecé;Chapitre 7 sur 93 · LE MARÉCHAL DUC DE NOAILLES · texte numérisé non relu

LE MARÉCHAL DUC DE NOAILLES

'Europe est attentive, et son peuple incertain S'efforce à pénétrer quel sera son destin.

Mars frémit , mais enflé d'espérances nouvelles , Fait d'un feu mal éteint voler des étincelles ; Bellone^ qui l'invite à de sanglants travaux , A son terrible char attelle ses chevaux.

La Discorde > excitant ses forces étouffées^ Que Louis accabla sous le poids des trophées , Fait siffler ses serpents^ et du bruit de ses fers, Prête à se déchainer, alarme l'univers.

Ainsi ^ quand sous Etna par la foudre embrasée^ L'orgueilleux Encelade eut la tête écrasée, Le rocher s'entrouvrant par ses derniers efforts^ Le jour de son éclat effaroucha les morts ; L'enfer, qui redoubla sa rage accoutumée, Vomit contre les feux la flamme et la famée ^ Et le monde ei&ayé d'un choc si furieux , Pour la seconde fois douta du sort des dieux. vous, dont la vertu , le zèle et le courage Jusqu'aux secrets des rois vous ouvrent le passage , Illustre maréchal , daignez nous avertir A quoi ces mouvements menacent d'aboutir f Cette charmante paix , si longtemps désirée^ Reprend-elle déjà son vol vers l'EmpjTée.

Se peut-il que le ciel , lent à nous pardonner j Laisse à, l'ambition le soin de gouverner;

9^ ËPITRES.

Qae sa sévérité, pour venger nos outrages^ Interdise à Thémis de faire des partages, Et force encore un coup deux augustes maisons D'employer pour tout droit leurs dernières raisons.

Il est certains États dont l'usage inflexible

Au beau sexe a rendu le tr6ne inaccessible :

Ce droit, qu'un plein succès parmi nous signala^

Vint arec Pharamond des rives du Sala;

Mais ailleurs on permet aux royales familles

De se perpétuer par l'hymen de leurs filles;

Et le sceptre est leur dot , quand par un sort humain

Aux mâles défaillis il tombe de la main.

Vous ne l'ignorez pas, vous, rivaux de mon maître,

Que ces droits exercés au monde ont fait connoltre.

Parlons de bonne foi, sans le nœud conjugal,

Pouviez-vous aspirer à le traiter d'égal ?

Non. Les comtes d'Habspurg, sur les Alpes chenues,

Disputeroient encor le royaume des nues,

Sans pouvoir interdire au Suisse révolté

D'établir par le fer sa pleine liberté.

D'où donc vient la Bohème et d'où vient la Hongrie ?

Avez- vous oublié que Jeanne et que Marie

Ont par un double hymen mis dans votre maison

Les trésors de, Gastille et ceux de la Toison?

Sans sortir du respect que les âmes bieA nées

Doivent dans leurs écrits aux tètes couronnées,

Avec moins de profit vous auriez combattu ,

J'en atteste ce vers si souvent rebattu.

Laissez la guerre, Autriche, et dans le mariage

Cherchez de la grandeur le solide avantage.

Et par quelles raisons osez-vous espérer

Que ces droits pour vous seuls soient à considérer ?

D'où part ce privilège à yos vœux si commode ?

Epitres. 99

Qui conserve ce titre ? En quels lieux ? dans quel code ?

Si c'est un coup fatal qu'on ne puisse éviter.

Si Charles dans les cieux s'apprête à remonter.

Par où prétendez-vous, à nos raisons connues.

De sa succession fermer les avenues ?

En dépit des lenteurs où vous vous obstinez.

Vous êtes des cadets dont nous sommes aînés,

Et la France en deux mots peut soutenir à Taise

D'un million de bras rhéritier de Thérèse.

En brouillards quelquefois trop d'ardeur se résont ,

Pour le corps on prend l'ombre, et qui veut tout perd tout.

Peut-être, avec le temps, cet hymen qui vous aime

Remplira quelque vide en votre diadème.

Alors dans le bonheur qu'il vous fera goûter.

Dans quelque épithalame on viendra vous chanter :

Laissez la guerre, Autriche, et dans le mariage

Cherchez de la grandeur le solide avantage.

Pardonnez si mon zèle avec un peu d'éclat

Ose s'embarrasser des matières d'État ,

Et par Tobscur sentier d'une route étrangère ,

Tirer mal à propos ma muse de sa sphère;

Mais enfin, maréchal, voit-on, sans s'émouvoir.

Dans sa plus tendre fleur moissonner son espoir? -

Nous nous flattions de voir les filles de mémoire

A l'ombre des lauriers endormir la victoire.

Et rendant à. Louis leur hommage assidu.

Reprendre dans sa cour le rang qui leur est djii ;

Pour les faire valoir, la charmante harmonie

Avec ses ornements leur offroit. son génie.

Quels ornements, 6 ciel ! et qui sait mieux que vous

Ce qu'ils dévoient avoir de touchant et de doux ?

S'il faut qu'encore un coup la fureur de la guerre

De ses cris menaçants vienne étourdir la terre.

Que devient, doctes sœurs, votre espoir d'un moment?

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ïoo Epitres.

Que vous reste-t-il plus que d'aller tristement Dans les sauvages bois^ dans les roches stériles, Répéter aux échos vos regrets inutiles ?

Tels on voit dans Cadmus les bergers réjouis. Sous le nom du Soleil rendre hommage à Louis ^ Et mêlant à leur voix une voix agréable.

Chanter de ses bienfaits la source inépuisable; Alors la jaune Envie, aux cheveux de serpents* Invoque le tonnerre et conjure les vents; Le cintre est obscurci d'un nuage rougeâtre; Le feu brille dans Tair et pleut sur le théâtre; L'orchestre retentit sur des modes affreux ; L'effroyable Python sort des lieux ténébreux; Par son funeste abord le jeu se déconcerte, La nuit vient, cSiacuu fuit, et la scène est déserte.

Que vous êtes heureux, hommes du premier rang.

Qui puisez les vertus dans la source du sang ,

Et pour vous signaler ne trouvant point d'obstacles,

Incàfférents à tout, faites tout par miracles !

Faut-il du nom d'Anjou, pour la troisième fois.

Au travers des écueils aller porter les lois

Aux fertiles climats où régna le cyclope.

Et replanter les lis au sein de Parthénope ?

Du bon roi Jean d'Albret, volé par piété.

Veut-on que l'interdit enfin soit discuté ?

Pour rendre à ses neveux leur antique héritage.

Faut-il dans la Navarre un chef vaillant et sage

Qui fasse exécuter sur ses forts bombardés

Cinq ou six testaments, l'un par l'autre éludés?

Faut-il en Catalogne un heureux capitaine

Qui force, en se jouant, deux villes par semaine ,

Qui, parmi les dangers n'ayant jamais blêmi ,

Sache ouvrir la campagne en battant l'ennemi.

àtÊ^Ê^i^jÊÊÊi^Ê^ÊiÊÊam

ËPITRES. )Oi

Qui, grave sans orgueil, comme exact sans rudesse, Unisse dans son camp Tordre avec Fallégresse? Noailles- se présente, et, certain du succès, * A droit de s'en flatter sur ses derniers essais. Mais si, d'un œil plus doux contemplant son ouvrage, La clémence du ciel daigne écarter Torage, Et, du plus grand des dons couronnant ses bienfaits. Inspire «aux rois chrétiens le désir de la paix. Quel autre mieux que vous, par des faits authentiques, Mettra dans un heau jour les vertus pacifiques? Quel autre , et des talents plus juste estimateur. Du mérite connu plus ardent protecteur.

Ami plus effectif, plus prévenant, plus ferme. Et qui pour obliger demande moins de terme ?

Quel goût plus excellent s'est jamais distingué? Avec un nieilleur vent quel navire a vogué ?

Peut-il à vpti^ gloire en coûter quelque chose, La porte de Jai\us soit-elle toujours close.

Seigneur, et vous réduit enfin poar tout emploi A protéger les arts et veiller sur le roi ?

Sûreté de Louis, nos suprêmes délices.

Vous êtes à nos yeux le plus grand des services; Et qui s'acquitte bien de ces précieux soins , En gagnant des États nous plairoit cent fois moins

Noailles, qui rendez ce titre héréditaire.

Que vous avez reçu d'un si fidèle père.

Qu'on le voie en vos mains eacor longtemps durer;

Ensuite, à votre fils, nous osons l'augurer,

11 est digne de vous, il marche sur vos traces ;

Les muses sous votre ombre auront accès aux grâces ;

Et par un beau concert vous porterez tous deux

Jusqu'aux pieds de Louis leur encens et leurs vœux.

Ainsi puissent un jour les aines de Noailles,

loa EpiTREB.

Fameux dans les cooseile , beureus àans les bataJlles, Parmi leurs ascendints bravée de père ea flU, Compter plus de bàloaa qoe les MontmoreucU!

Kiaei pnisseat tonjoura les cadeta de leur race Dans le sacré collège occuper quelque place.

Et du camail de pourpre ornant leur noble sein, Compter plus de chapeaux que Colonne et qn'Ursia!

É PITRES. io3

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