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De la Retraite

lui : « Les vrais honnêtes gens n*ont que faire de ses leçons ; ils connaissent le bien par la seule justesse de leur goût, et s'y portent par leur propre mouvement *. » Sa morale, on le voit, n'est faite que pour lui : il suit son penchant comme les autres suivent le leur. Seulement, il est d'avis que le monde se divise en deux grandes classes : ceux qui sont « honnêtes gens », et ceux qui ne le sont point. « La plupart des hommes sont débauchés sans être voluptueux », dit son disciple Hamilton dans un dialogue sur la volupté. — « La volupté est donc différente de la débauche? — Gomme le blanc Test du noir. C'est la manière d'user des plaisirs qui fait la volupté ou la débauche. La volupté est Tart d'user des plaisirs avec délicatesse et de les goûter avec sentiment. » Mais, au milieu de tous les débauchés, Saint-Ëvremond le voluptueux ne se sent pas mal à l'aise. Il semble que rien ne le choque de tout ce qu'il voit. C'est qu'il aime la société pour lui, et non pour elle; c'est qu'il lui demande peu, et que ce peu elle le lui donne. Il a, d'ailleurs, et ce fut là un de ses grands secrets pour être heureux, une adresse merveilleuse à tirer des gens ce qu'ils peuvent offrir d'agréable. Les débauchés, les avares, les plus vicieux des hommes ont cependant quelque part d'agrément, quelque bon côté, se dit-il. Eh bien! l'art de la vie, c'est de savoir trouver ce côté, de forcer les gens à le montrer, de se forcer soi-même à n'en voir point d*autre '. Il faut être bienveillant, indulgent, pour

1. Lettre à M. le comte d'Olonne (sur sa disgrâce). — On lit dans les œuvres du chevalier de Méré : « La règle à mon gré la plus certaine pour ne pas douter si une chose est en perfection, c'est d'observer si elle sied bien à toutes sortes d'égard. »

2. On trouvera cette curieuse doctrine exposée tout au long dans la pièce intitulée : Sentiment dtun honnête et habile courtiâan. En voici la conclusion : u Les hommes sont changeants et divers, mêlés de bonnes et de mauvaises parties. Tirons d'eux ce que l'industrie nous en peut faire tirer honnêtement, et ne fuyons pas des personnes pour leurs défauts, qui pourraient avec autant de droit nous éviter pour les nôtres. »

son propre bonheur. L*aimable philosophe demandera à chacun en particulier ce que chacun a de meilleur, sans 8*inquiéler du reste; el, s'il considère Tensemble même dé la société, il ne regardera, dans la licence générale, que celle liberté qui lui permet de vivre commodément ; il ne trouvera, dans la lâche insouciance du roi, qu'une garantie pour la tolérance. Sous Charles 11^ en effet, pourvu qu'on ne pensât point comme les puritains, on pouvait penser comme on voulait; et nous en avons un curieux témoignage dans la première satire de Rochester, qui, entre autres griefs infamants, reproche au roi « celte faiblesse qui s'accommode du culte juif aussi bien que du culle catholique, et que ne choquerait même pas la religion de Mahomet ». Voilà comment Saint- Évremond fait son profit des vices même qu'il trouve sur son chemin. Quant à prétendre les réformer, Dieu l'en préserve ! Gomme tous les Philinte, il estime

Que c'est une folie à nulle autre seconde De vouloir se mêler de corriger le monde.

Son penchant même à l'ironie, si fortement marqué autrefois, cède à cette charité d'intérêt. Il finira, lui aussi, par déclarer bons les vers d'Oronte :

Je perds le goût de la satire; L*art de louer malignement Cède au plaisir de pouvoir dire Des vérités obligeamment *.

On sent conibien, dans la cohue des libertins anglais, il a gardé son libertinage à la française. Son type favori, c'est le chevalier de Gramont ^ Singulier héros, à ce qu'il nous semble, que ce diable d'homme, grand hâbleur, grand tri-

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