Voyez les Mémoires de Gramont, de HamiltOD
cheur, et grand coureur d'aventures. Il resle cependant bien supérieur à tous les Anglais qui Fimitent mal. On dirait qu'ils sont nés vieillots et fatigués : Gramont, tel* que Hamilton nous Ta montré, resle éternellement jeune, et nous plait malgré tout. Leur philosophe est Hobbes, avons-nous dit : le sien est Saint-Ëvremond. A eux deux, ils s'entendent à merveille; ils sont faits Tun pour l'autre : l'un dit : « mon héros * », — l'autre répond : « mon philosophe ». Saint-Ëvremond acceptait le titre, et pensait bien le mériter. Au fond, avait-il tort? La morale qu'il s'est faite semble purement instinctive : mais encore peut-on dire que, jusqu'à un certain point, il se l'est faite. Sans doule il s'y sentait porté naturellement, et, toutefois, il ne l'a pas subie sans examen. Autant que personne il a su réfléchir, et, chez lui, le scepticisme est le fruit de la réflexion aussi bien que le produit du caractère. Il a eu, lui aussi, « un désir curieux de coxoprendre la nature des choses ' »; il a lu Bemier, Gassendi, Descartes même, et surtout celui qu'il nomme « son maître Ëpicure ». Mais il a senti bientôt que la philosophie n'aboutissait à rien, que ces recherches spéculatives étaient des « recherches inutiles ^ », et qu'elles laissaient de côté les questions qui le touchaient. Inquiet de l'immortalité de l'âme, il a demandé des preuves aux Méditations, et il n'y a rien trouvé d'assez fort pour se convaincre : il voudrait ne les avoir jamais lues ^ Tous les arguments qui veulent nous faire immortels lui semblent maintenant se réduire au désir que nous avons de l'être. Il a donc abandonné la philosophie
1. PaB«ant, tu vois ici le comlo de Gramont, Lo héros éternel du vieux Saint-Evremond.
(EpilapUe de M. le comte de Gramont.)
2. Jugement sur les sciences où peut s'appliquer un honnête homme,
A, Lettre au maréchal de Gréqui qui m'avait demandé, etc. (Article Religion.)
en se disant avec Gassendi, « qu'il n'ignorait pas ce que Ton pouvait penser sur beaucoup de choses, mais de bien connaître les moindres, qu'il n'osait s'en assurer * ». Tout naturellement alors, il se retourne vers la religion et il y revient en esprit. Son âge même l'y portait. N'a-til pas fait une dissertation sur ce sujet, « que la dévotion est le dernier des amQurs »? Dans le Discours sur les plaisirs^ elle n'intervenait qu'à la fin, en quatre petits vers, et comme par formalité '. Dans la grande lettre à Créqui, ou il fait une nouvelle profession de foi, elle est sérieusement étudiée, et elle occupe une large place.
« La dévotion, a-t-il dit quelque part, diffère suivant le tempérament de chacun ^. » La dévotion d'un Saint-Ëvremond est bien fortement marquée à l'empreinte de son caractère. Cet ami du plaisir la considère comme merveilleusement propre à embellir notre vie. « Plus entendue que la philosophie Voluptueuse dans la science des plaisirs, plus sage que la philosophie austère dans la science des mœurs, elle épure notre goût pour la délicatesse, et nos sentiments pour l'innocence ^. » Il a des admirations jalouses pour ces joies que les croyants savent trouver dans les souffrances mômes. « La religion chrétienne nous fait jouir de nos maux », et « l'on peut dire sur elle ce qu'on a dit sur l'amour : tous les autres plaisirs ne valent pas ses peines ^ ». Voilà, certes,