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3. Il est revenu souvent sur cette pensée. Je lis dans une lettre à la duchesse de Mazarin. « La diversité des tempéraments a beaucoup de part aux divers sentiments qu'ont les hommes sur les choses surnaturelles. »
4. Lettre au maréchal de Créqui qui m^avait demandé, etc. (Article Religion.)
5. Réflexions sur la religion. Voici quelques lignes qui précèdent. « Le véritable dévot rompt avec la nature... pour se faire des plaisirs de l'abstinence des plaisirs; et, dans l'assujettissement du corps à l'esprit, il se rend délicieux l'usage des mortifications et des peines. »
une religion fort bien entendue. Heureux qui la possède ! Mais comment acquérir ce précieux trésor? Et qui vous donnera les moyens d'arriver jusqu'à lui? Serait-ce la raison? Assurément non ; et la raison, impuissante dans le domaine de la pure philosophie, le serait bien plus encore dans celui de la foi. « Aux choses qui sont purement de la nature, c'est à l'esprit de concevoir, et sa connaissance précède l'attachement aux objets; aux surnaturelles, l'âme s'y prend, s'y affectionne, s'y attache, s'y unit, sans que nous les puissions comprendre ^ » Mystérieuse opération qui se fait, disons le mot, par la grâce. « Dieu a mieux préparé nos cœurs à l'impression de sa grâce que nos entendements à celle de sa lumière '. » Et Dieu a voulu qu'il en fût ainsi : « A bien considérer la religion chrétienne, on dirait qu'il a voulu la dérober aux lumières de notre esprit '. »
Reconnait-on cette pensée? Ne Ta-t-on point trouvée à chaque page dans Pascal? Et n'est-ce pas là tout entière la doctrine du « Dieu caché »? — Rien de plus opposé que deux esprits comme Pascal et comme Saint-Ëvremond. Lisez leurs œuvres : les rapprochements abondent. Ne nous étonnons point. Pascal écrivait pour les Saint-Ëvremond. Il tâchait de les convaincre. Comment? Par les seuls arguments qui les pouvaient toucher, en considérant la foi ainsi qu'euxmêmes la considéraient, en se mettant à leur point de vue. Ce point de vue, nous le retrouvons chez Saint-Ëvremond. Rien de plus naturel : et si ce que nous avons dit des Pen-^ sées a besoin d'être vérifié, la vérification se trouve là. La conception générale de la religion doit être, et est en effet la même pour tous deux. C'est sur le mépris de la raison qu'elle
i. Lettre au maréchal de Créquij qui m'avait demandé, etc. (Article Religion.)
Z.Id.
se fonde *. Elle se voilait à Tesprit; elle se révèle au cœur; ou, pour citer les expressions mêmes, il faut « qu'elle repasse de la curiosité de nos esprits à la tendresse de nos cœurs ^, et que, rebutée de la folle présomption de nos lumières, elle aille retrouver les doux mouvements de notre amour ». Elle seule nous rendra compte de notre nature; elle seule, dit Saint-Ëvremond dans un beau langage, « apaise ce qu'il y a d'inquiet en nous ». Que saurions-nous sans elle :
Un mélange incertain d'esprit et de matière Nous fait naître avec trop ou trop peu de lumière Pour savoir justement et nos biens et nos maux. Change l'état douteux dans lequel tu nous ranges, Nature ; élève-nous à la clarté des anges, Ou nous abaisse au rang de simples animaux!
Ce sonnet ^ est bien antérieur aux Pensées, ainsi qu'un véritable discours sur les divertissements, que voici sans autre commentaire.
« Pour vivre heureux, il faut faire peu de réflexions sur la vie, mais sortir souvent hors de soi, et se dérober la connaissance de ses propres maux. Les divertissements ont tiré leur nom de la diversion qu'ils font faire des objets fâcheux et tristes sur les choses plaisantes et agréables ; ce qui montre assez qu'il est difficile de venir à bout de la dureté de notre condition par aucune force d'esprit, mais que, par adresse, on peut ingénieusement s'en détourner... Il n'appartient qu'à Dieu de se considérer, et de trouver en lui sa félicité et son repos *. »
1. « Gomme nous ne recevons point notre créance par la raison, aussi la raison ne nous en fait-elle pas changer. » {Réflexions sur la religion.)
2. Lettre au maréchal de Gréqui qui m'avait demandé, etc. (Article Religion.)