L'amitié sans amitié
s AINT-ÉVREMOND 1 85
« divertissement ». Il veut aimer. Voilà du temps qu'il en avait perdu Thabitude : n'importe. Il se trompera luimême s'il le faut. Il se persuadera qu'il sent une vive passion, il en prendra tous les dehors. Il fera des petits vers, pour demander quelques faveurs innocentes, à défaut d'autres; il se soumettra sans murmures aux humiliations qu'on ne lui ménage pas. Son rôle auprès de Mme Mazarin est attendrissant tout ensemble et grotesque. Il essuie sa mauvaise humeur, il rédige ses lettres, il prend soin de ses affaires, il lui avance de l'argent qui ne sera jamais rendu. Elle, cependant, l'appelle u vieux coquin » et « maudit vieillard ^ ». Il le lui pardonne : il lui pardonne tout, pourvu que chaque jour il puisse réjouir ses yeux à la vue de cette beauté fameuse, lui parler, l'entendre, la servir, pourvu qu'elle lui permette de jouer devant elle et devant lui-même cette comédie de l'amour, à laquelle il tient pardessus tout. Il a dit une fois que « la dévotion est le dernier des amours ». Son dernier amour, à lui, ressemble à une dévotion. La déesse est jalouse, hautaine, impérieuse. Mais c'est si bon d'aimer, après une vie de sécheresse? C'est si bon de se dévouer, après des années de froideur! Il se sacrifie donc, pour trouver une volupté nouvelle '. Et c'est le dernier effort de son égoïsme que de s'immoler soi-même. Saint-Ëvremond, à sa manière, avait raison. Après tout, qu'avait-il à perdre? Son indépendance? Il n'y tenait que s'il y trouvait du plaisir. Sa dignité? Il n'y croyait guère. Nous avons vu la société libertine en France se laisser aller à la débauche. La bonne loi naturelle a conduit Saint-Ëvre-