NOTICE BIOGRAPHIQUE XIX
de la religion, qui effarouche tant d'âmes religieuses, fut, au contraire, ce qui retint la sienne. II goûta vraiment le catholicisme en délicat et i! vécut ainsi en galant homme avec sa croyance, ne voulant ni se donner à elle ni tout à fait s'en séparer.
Cest dans cet état d'esprit qu'il entra à l'École et y passa sa première année. Mais tout était-il perdu et ne suffisait-il pas de lui montrer le vide où il se trouvait pour réveiller en lui la foi à peine éteinte? Qui sait si le scepticisme tel qu'il l'éprouva est bien sincère? 11 faut toujours s'attendre à quelque surprisé de ceux pour qui la religion est faite de sentiment. C'est par là qu'on la perd, par là aussi qu'on la retrouve. Avec de telles natures, la foi est souvent passagère, mais l'incrédulité n*est Jamais durable. L'absence de raisonnement désarme leur néga->> tion ; en revanche, leur sensibilité découvre tot^ours un côté de leur âme aux retours offensifs de la croyance perdue. Cette secousse vint à Grousset d'une main amie. La crise fut courte^ mais violente. Deux ans plus tard, il écrivait de Rome : • Je 1 me suis permis ce moUin une lecture qu*U ne m^est arrivé 1 qu'une fois ou deux de faire. EsPelk bonne ou mauvaise? Je 1 n'en sais trop rien... Ah! les tristes heures, et les bonnes c aussiy que fai eues ce printemps-là. Que fai donc été sef coué! > Ces pages dont il parle ont été conservées. Il prit l'habitude, pendant ce temps, de consigner ses impressions. Il tenait le Journal de son âme, et ces fragments permettent d0 refaire l'histoire de sa conversion.
Ce fut le 8 février 1881 qu'elle s'annonça. Un long entretien sur les questions religieuses lui avait montré à nu les plaies de son âme. Cette quiétude qui était la sienne était-elle bonne? L'indifférence où il avait vécu n'était-elle pas coupable^ et le prr'^ier devoir de l'homme n'est-il pas de chercher la vérité? Il lui sembla d'abord qu'il fallait se décider^ Cet état d'indolence intellectuelle et morale lui parut une hypocrisie dont une nature droite doit sortir à tout prix, et c'est dans ces ' dispositions qu'il se prit à réfléchir.
Ce premier examen était déjà un acte de foi, et s'il n'en sortit pas croyant, il acquit la certitude que la croyance, même