IL, m
une chose est assurée : Ce n*est point là une créature dégradée ni méprisable. L'Hélène de VIliade n'a rien de commun avec celle de VOresteon des Troyennes^ < l'odieuse Hélène >, < la méchante femme > pour qui les Grecs ont eu bien tort d'aller à Troie *. La défigurer ainsi, c'est en môme temps accuser de démence tous ceux qui combattent pour elle, c'est rendre inexplicable ce mouvement universel qui entraîne les peuples sur ses pas. Et, cependant, Hélène n'at-elle pas quitté son époux et suivi le bel Alexandre? N'est-clle pas coupable de la pire des fautes dont on puisse accuser une femme? Il est vrai; mais c'est ici le lieu de dire avec Isocrate : < Pour juger les événements arrivés de notre temps, il est naturel de prendre nos propres sentiments pour guides; mais, lorsqu'il s'agit de faits qui remontent si loin, il faut nous mettre en harmonie avec les sages qui ont vécu à celte époque '. » Ne nous mettons point en dissentiment avec les sages des portes Scées. Aucun d'eux n'a pour elle un mot de reproche, aucun ne l'accuse, aucun ne la maudit. Elle s'avance vers eux majestueuse comme une reine ou comme une déesse. Il y o presque de la vénération dans le murmure qui s'élève sur son passage. C'est qu'Hélène mérite vraiment un culte, le premier de tous dans l'esprit d'un Grec, celui peut-être d'où sont sorlis les autres, celui qui du moins les résume tous — le culte de la beauté. Les héros du temps d'Homère ne savent point encore analyser leurs sentiments, les préciser, les mettre en formules; mais ils sentent déjà ce que pouvait dire, bien des siècles plus tard, un homme de leur race : • Il n'est rien dans l'univers de plus divin, de plus auguste, de plus noble que la beauté ^. » Celle adoration enthousiaste et niïve est au fond de la religion hellénique. Il n'y a pas là, comme dans le christianisme, de