‹ OEuvres posthumes: essais et poèsiesChapitre 114 sur 165 · Od., XXUI · texte numérisé non relu

Od., XXUI

HÉLÈNB 167

funesle Ta accablée de maux ». Elle n'ignore pas que la faute aussi est un malheur, le plus grand de tous peut-être, et qui, comme les autres, vient d'en haut. Il faut donc être clément pour les coupables, car, bien souvent, c'est à peiue s'ils méritent ce nom. « Tu n'es point coupable, dit à sa bellefille le religieux Priam : ce sont les dieux qui ont tout fait ^ » Elle-même en a bien conscience. Plût au ciel que sa fortune eût été différente! Mais quoi? « Les dieux avaient formé ces funestes desseins, » et Zeus a « assigné un sort funeste, en sorte qu'elle devint, avec son époux, un sujet de chants pour les hommes 5 venir ' ».

Celte intervention supérieure ne s'accomplit pas d'une manière invisible et générale. Il est une divinité qui a spécialement pris à tâche d entraîner Hélène de chute en chute, qui l'a poussée à sa première faute, et qui ne cesse depuis delà rejeter violemment dans les bras de son complice. C'est la plus douce à la fois et la plus irrésistible des immortelles, c'est la grande Aphrodite toute d'or qui se plaît aux sourires. Hélène est la proie de celle terrible déesse, qui prétend l'aimer, et qui s'attache impitoyablement à sa destinée. En la voyant paraître, elle frissonne, elle sent son cœur se troubler dans sa poitrine, elle a peur. « Suis-moi, dit la voix impérieuse d'Aphrodite; Alexandre t'appelle '. » Hélène hésite, elle supplie, quoique sans espérance. < Cruelle, pourquoi veux-tu me séduire encore? » Mais la déesse s'irrite, elle menace : < Malheureuse, crains ma colère 1 » Et, tremblante, éperdue, voici qu'Hélène retourne dans la chambre nuptiale, guidée par sa redoutable protectrice qui la rend invisible, qui marche devant elle, et lui présente de sa propre main un siège auprès de Tépoux méprisé.

Cette action despotique exercée sur Hélène ne vient point

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