Orf., XV
Zeus qui agit par elle. Elle ne s'appartient pas, elle appar- ' tient à la destinée. Sa beauté même lui a été imposée par les dieux. C'est un de ces < glorieux présents » que nul ne saurait < choisir à son gré ^ ». Cette beauté sera le prétexte humain de la guerre ; elle a ainsi sa raison d'être ; elle a été mise sur la terre comme l'appât séducteur où les peuples viendront se prendre.
Ce rôle divin d'Hélène, visible dans toute VIliade, se résume d'un mot : Elle est « fille de Zeus ». Ici, l'idée s'est exprimée dans un fait. Le maître des dieux a suscité luimême sa fille parmi les 'nations, comme le grand sphynx à visage de vierge qui dévore les hommes,
U n'est pas sans intérêt de retrouver dans les chants cypriaques le développement naturel du mythe indiqué déjà par cette filiation. Hélène n'y est plus seulement fille de Zeus : elle a pour mère Némésis, divinité encore inconnue à Homère, mais dont l'idée flotte vaguement dans ses poèmes, et va se condenser, pour ainsi dire, et se personnifier bientôt après. C'est la déesse de la juste répartition, qui réprime l'excès, qui fait rentrer tous et chacun dans les bornes prescrites d'avance. Les hommes insolents se sont multipliés, ils sont trop nombreux et trop forts : Gaia en souffre et se plaint. Alors Zeus s'unit d'amour à la Némésis : de leur hymen sortira une fille qui doit arrêter le développement excessif de l'humanité, et le ramener à de justes limites. C'est ce qu'Euripide exprimait plus tard dans une langue plus abstraite. < Les dieux ont employé la beauté d'Hélène pour mettre aux prises les Grecs et les Phrygiens, et provoquer les carnages qui ont soulagé la terre '. » Telle est bien, au fond, l'idée homérique; et si, comme nous l'avons vu, la déesse de l'ordre immuable n'existe point encore dans