XXIV
passant alternativement du ciel aux enfers, mourant et renaissant chaque jour, semblent bien le^ divinités xles crépuscules. Il ne nous déplaît pas de voir sur la belle héroïne d*Homère, à Tinsu même du poète, un dernier reflet de cette clarté mystérieuse dont elle serait ainsi la vivante incarnation. Elle a gardé parmi les fils des hommes la trace de sa haute origine, Tineffable beauté, la majesté suprême, Tirrésistible attrait, enGn cette science même ^ des philtres merveilleux que la reine des nocturnes enchantements ne devait pas tout à fait oublier en revêtant une forme terrestre. Mais Hélène ne devait-elle pas conserver aussi quelque chose des inconstances de la déesse changeante et capricieuse qui paraîtj puis disparaît soudain, perdue dans le mystère d'un nuage, et qui, chaque nuit, traversant le ciel, semble s'enfuir bien loin du pays où elle est née.
Toutefois, ne soyons point là-dessus plus savants qu'Homère ou qu'Hélène elle-même, qui certes ne se doute point d'une telle métempsychose. Si jamais cette transformation s'est opérée, le souvenir en est éteint'. Maintenant, la fille de Léda est bien une femme, et sa nature toute humaine souffre de la violence qui fait d'elle l'instrument de volontés surhumaines. Ce n'est pas impunément qu'on va faisant la besogne des dieux parmi les hommes. Il faut bien souvent renoncer à son énergie propre, accomplir une tâche douloureuse, faire ce qui semble honteux, ce qui répugne. Hélène ne pourrait-elle répéter ce beau vers qu'un poète contemporain met dans la bouche de Moïse parlant au Seigneur :
Que vous ai-je donc fait, pour être votre élu?
Il y a dans Homère une expression qui revient souvent quand il s'agit d'un héros. On l'appliquerait volontiersàla fille deZeus, afin de dire aussi : < la force divine d'Hélène ». Oui,