‹ OEuvres posthumes: essais et poèsiesChapitre 120 sur 165 · III · texte numérisé non relu

III

qu'Ulysse pénètre à Troie déguisé en mendiant, elle le cache, elle lui prépare un bain, elle le revêt d'autres habits; elle lui jure un grand serment de ne le point trahir, elle apprend avec joie le projet qui ruinera la ville, elle est pleine enfin du désir de revoir sa douce patrie ^ ; et puis, quand le cheval funeste est devant la muraille, elle fait tout pour en déjouer TartiGce, elle appelle par leur nom les héros grecs en imitant la voix de leurs épouses, elle les perdrait, sans la méfiance du pcudent Ulysse. C'est qu'alors le dieu l'a reprise, et c'est lui qui « conduisait ses pas ». Ainsi donc, nul n'a rien à lui reprocher. Seule, Hélène reste impitoyable pour Hélène. Elle est à ses propres yeux < l'épouse odieuse », — < la chienne funeste dont la vue glace d'effroi ' ». Elle est inconsolée des fautes mômes dont elle n'est pas responsable. Elle s'en accuse; et c'est là une contradiction qui lui fait honneur. Elle n'a jamais pris son parti du mal qu'on lui impose, et, par moments, ses regrets sont amers comme des remords.

Hélène aux bras blancs, divine entre les femmes, n'est point heureuse. Comme toutes les affligées, elle semble vivre un peu à l'écart. Nous ne la voyons, dans toute VIliade, sortir de chez elle qu'à deux reprises; et la première fois, c'est sur l'appel d'Iris; la seconde, c'est pour aller pleurer aux funérailles du divin Hector. Elle se tient volontiers enfermée dans la belle demeure que Paris a construite luimême avec les plus excellents ouvriers, et ses journées y sont ce qu'elles étaient à Lacédémone. Elle mène la vie paisible et retirée d'une sage maîtresse de maison^. Elle distribue la tâche à ses femmes, elle leur commande de merveilleux ouvrages, elle les surveille avec vigilance, et, dès qu'elles l'entendent approcher, les servantes, courbant la

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