‹ OEuvres posthumes: essais et poèsiesChapitre 121 sur 165 · ll.fpassim · texte numérisé non relu

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tête, se hâtent de reprendre la besogne un instant interrompue. Elle-même vient s'asseoir au milieu des travailleuses, et ne reste point oisive. Elle ourdit une grande toile teinte de pourpre, assez ample pour faire deux fois le tour du corps, et mêle au tissu des dessins variés ^ Mais, là encore, voici que la pensée la ramène vers ces malheurs qu'elle ne peut oublier, et ce sont les combats livrés pour elle • qu'elle représente sur l'étoffe, comme les reines du moyen âge, qui, dans les longues heures de solitude, retraçaient à l'aiguille une peinture naïve des exploits de l'époux absent. Mais quelles sont ces figures qui viennent une à une enrichir l'ouvrage d'Hélène? Le beau Paris, sans doute, son frère le magnanime Hector, Priam, le doux vieillard. Et peut-être aussi, tout près des Phrygiens, retrouverait-on les traits jamais oubliés des héros argiens; peut-être, en face d'Alexandre, la main d'Hélène a-t-elle essayé de reproduire la face plus mâle du blond Ménélas, « l'homme vaillant qui fut son premier époux », Ménélas « qui ne le cède à personne, ni pour la sagesse, ni pour la beauté ». A quoi songe-t-elle, la grande exilée, en croisant machinalement les fils de toutes couleurs, à quoi, sinon aux scènes qu'elle représente, à ceux dont elle évoque l'image, à elle-même enPin, et à l'étrange destinée que Zeus lui a faite entre ces hommes? Tandis qu'elle laisse courir ses doigts agiles, et qu'autour d'elle se taisent les servantes laborieuses, sa pensée s'envole à l'aise, et remonte vers ces jours passés où elle goûtait encore un simple et légitime bonheur. Elle revoit en esprit le palais de Tyndare, les jeunes filles de son âge qui partageaient ses jeux, les deux frères aimés dont elle ignore la fortune. Et puis c'est l'hymen de Ménélas, la chambre nuptiale à Lacédémone, et la jeune Hermione qui ne connaît plus sa mère.

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