‹ OEuvres posthumes: essais et poèsiesChapitre 122 sur 165 · IL, III · texte numérisé non relu

IL, III

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et qu'aucun' aàlfe-enfaût Ji*esl véiu jemptecer. EnQ» c'est Paris conduit pfr Aphrodite, c'est -la séduclîon, c'est la fuite, c'est Tîle d(^'Cranaé, où pour la première fois, la faute fut consommée. Dès lorf» sa vie a eiyingé pour jamais. En vain elle a cherché Toubli ; en vain elle s'est enfermée dans sa maison. Le fracas même des armes lui rappelle sans cesse co qu'elle voudrait effacer de sa mémoire; et souvent, le matin, elle s'éveille à la voix claire des hérauts convoquant les guerriers pour la guerre qu'elle seule a causée.

Dans cette triste existence qu'il lui faut mener bon gré mal gré, Hélène trouvera-l-elle cette consolation suprême d'un amour qui remplisse son cœur? A-telle du moins recueilli le fruit de sa faute? Et Paris sera-t-il capable de payer tant de sacrifices? Il n'eu est rien*.

Hélène nous est apparue comme une femme vraiment forte. Sa grâce n'a rien de languissant. C'est une grâce ro* buste et saine, celle de TArtémis chasseresse, à qui le poète l'a comparée. Sa puissante beauté a quelque chose de viril. Paris, au contraire, le favori d'Aphrodite la toute d'or, nous semble presque féminin. Nous nous le représentons volontiers comme une de ces délicieuses statues de Bacchos toujours adolescent, corps indécis et. charmant, où les deux sexes flottent confusément et mêlent toutes leurs grâces. C'est là du moins l'image qu'éveille invinciblement le caractère du beau jeune héros. Les deux époux ne se ressemblent guère.

Hélène a donc celte douleur encore d'être unie à un homme qu'elle n'estime point et qu'elle ne semble plus aimer. Cette âme un peu molle, brave par occasion^ maiâ sans énergie durable, ce guerrier qui ne songe qu'à l'amour au sortir d'une défaite humiliante, et qui reste assis dans sa demeure à faire briller de belles armures tandis qu'on se bat dans la plaine et que Diomède massacre les Troyens, ce fataliste satisfait et souriant n'est pas le compagncm qui con-

vient à la fille de Zeus. Après le premier entraînement, elle a jugé celui en qui elle n*avail vu d'abord que le plus beau des hommes, et elle s'est sentie comme humiliée, en apprenant peu à peu à connaître son vainqueur. Maintenant, elle fait involontairement la compai*aison entre ses deux époux, et le parallèle n'est plus à l'avantage du second. Elle ne le cache pas, d'ailleurs. < Tu te vantais naguère, lui dit-elle d'un ton quelque peu méprisant, de l'emporter sur Mënélas chéri d'Ares, par ta force, par ton adresse, par la vigueur de ta lance. Va maintenant, va provoquer Ménélas chéri d'Ares à combattre encore contre toi! Ou plutôt, je te le conseille, garde-toi d'aller lutter follement contre le blond Ménélas, de peur qu'il ne t'abatte bientôt sous sa lance ^ » Hélène essaie ainsi de réveiller cette valeur inégale, et, pour ainsi dire, intermittente. Un jour, ce sont les reproches qu'elle emploie. Un autre, c'est par la séduction de ses douces paroles qu'elle vient secouer peu à peu la mollesse de son époux, et l'exciter à descendre dans la mêlée. Paris s'anime alors à la voix de cette femme; il déclare que combattre « lui semble, à lui aussi, le parti le meilleur ' ». Et bientôt nous le voyons s'élancer, < tressaillant de joie », < ëtincelant sous son armure comme le soleil dans sa splendeur ». Paris est vraiment beau à ce moment. Mais chez lui une telle ardeur ne durera guère. Hélène sait trop bien que ce brillant guerrier < n'a pas le cœur ferme et ne l'aura jamais ». Elle le dit en soupirant, — et ce n'est pas là le moindre de ses regrets, c Puisque les dieux avaient résolu tous ces maux, que n'aije été du moins l'épouse d'un homme plus brave, qui fût sensible au blâme et aux outrages des hommes. » Suprême concession qu'Hélène eût demandée aux dieux pour se faire un peu de bonheur dans son malheur même é

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