III
2, //., VI, 330, sq.
Hélène n'est pas seule, alors qu'elle prononce ce vœu mélancolique. Paris est auprès d'elle, dans la chambre nuptiale à la voûte élevée, et, sur le seuil de la porte qui s'ouvre, vient d'apparaître, la lance en main, et sur la tête le casque à l'aigrette mouvante, quittant à peine le combat, souillé encore de sang et de poussière, le défenseur de Troie, le magnanime Hector. C'est à lui qu'Hélène parle, — c'est à lui peut-être qu'elle songe dans le fond de son cœur. Voilà le véritable héros, le cœur tendre à la fois et l'âme ferme, craint des Grecs, chéri des siens, honoré de tous. Ne serait-ce point là celui dont l'amour eût adouci les regrets de la faute et les souffrances de l'exil? Paris est beau comme une divinité. Mais, sous sa forte armure, noircie dans la mêlée dont il sort, Hector est beau comme un homme, — ce qu'une femme préfère peut-être. Sur lui retombe presque tout le poids de la guerre. Hélène le sait bien. < C'est toi dont l'esprit est accablé de soucis à cause de moi ^ » Aussi lui garde-t-elle une tendre reconnaissance, une affection émue et respectueuse, une estime si profonde qu'elle va un peu plus loin que l'estime. Son attitude devant lui est bien différente de la fière contenance qu'elle prend avec Paris. Elle peut humilier l'un, s'humilier auprès de l'autre : — - Lequel des deux eût-elle aimé le plus? « mon frère, frère d'une chienne malfaisante et terrible... *î » Ce sont là les premières paroles qu'elle adresse au héros. Il y a bien des séductions dans cet abaissement volontaire, — nous dirions volontiers un peu de coquetterie, si toutefois un pareil mot pouvait convenir à la fille de Zeus. L'accent d'Hector prend de môme une singulière douceur pour répondre à Hélène. < Ne me fais point asseoir, lui dit-il en repoussant le siège qu^elle lui présente. Je sais que tu