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Hélène est plus seule que jamais. Il ne lui reste à présent que TafTection paternelle du vieux Priam. Le bon roi s'est pris, en effet, d'une singulière tendresse pour celte bru qui lui coule si cher. Il ne Ten aime peut-être que davantage, — comme parfois, entre tous ses enfants, un père chérit surtout celui qui lui a donné le plus de peines. Sa vieillesse vénérable s'attendrit au rayonnement de cette beauté divine. € Viens t'asseoir devant moi, viens, ma fille, » lui dit-il doucement K II est vraiment c tendre comme un père » à son égards et l'on dirait qu'il a reporté sur cette tête fatale l'amour de tous les enfants qu'il a perdus pour elle. Il connaît ses peines, il sait les douleurs qu'elle nourrit au fond de l'âme, et son affection prévoyante l'excuse avant même qu'elle ait eu le temps de s'accuser. Hélène n'a rien dit encore, et déjà Priam lui a assuré que les dieux sont les seuls coupables. Mais, malgré tout, elle ose à peine lever les yeux devant lui. Cet aïeul indulgent, dont elle a fait le malheur, reste pour elle un vivant reproche. « père chéri, murmure-t-elle, je rougis et je suis tremblante devant toi ' ! »
Et cependant, au milieu de tous ces hommes qui meurent pour elle parce qu'ainsi l'a voulu Zeus, méprisant son époux, et par moments se méprisant elle-même, maudissant les dieux cruels, condamnée par eux à ce qu'il y a peut-être de plus triste au monde, à faire le malheur des autres, elle n'a plus pour soutien que ce vieillard accablé d'années, dont la tendresse infatigable, avivant encore ses regrets, lui rend plus douloureuse l'œuvre de ruine et de désolation qu'elle est venue accomplir dans la ville de Priam.
Un jour arrive enfin où la divine corvée s'achève. Troie est à terre, les destins sont réalisés, et les décrets immuables n'ont plus besoin d'Hélène. Voici qu'elle est rendue à elle-