‹ OEuvres posthumes: essais et poèsiesChapitre 127 sur 165 · Od., IV, passim · texte numérisé non relu

Od., IV, passim

elle possède le philtre puissant qui donne Toubli des maux, le mystérieux Népenlhes. Parfois l'inspiration céleste est en elle, et les secrets des augures lui sont révélés. < Écoutez, dit-elle, et je prophétiserai ainsi que les immortels m'inspirent, et je pense que ceci s'accomplira. » Sa gloire se répand autour d'elle, et son époux, le divin Ménélas, y participe. Au lieu de subir la moïra commune, il s'en ira < dans la prairie èlysienne, aux bords de la terre, là où est le blond Rhadamanthe. Là, il est très facile aux hommes de vivre. Ni neige, ni longs hivers, ni pluie, mais toujours le fleuve Océan envoie les douces haleines de Zéphiros, afin de rafraîchir les hommes. Et ce sera sa destinée y parce qu'il possède Hélène, et qu'il est gendre de Zeus, » Dans la sérénité des jours présents, le passé n'est plus pour elle qu'un mauvais rêve. Elle pleure parfois à la pensée des maux soufferts par les héros grecs. Mais elle en parle sans gône aucune avec son époux; elle rappelle volontiers ses regrets, au temps où c son âme aspirait à revoir la maison >, où < elle gémissait sur le malheur que lui avait fait Aphrodite, en la conduisant loin delà douce patrie >. Tout cela est bien loin maintenant; et si rien au monde n'est plus triste que la mémoire des temps heureux dans la misère, rien aussi, dans le bonheur, n'est plus doux que le souvenir des infortunes écoulées depuis longtemps.

Telle est Hélène dans VOdyssée, belle assurément, de la tranquille et sereine beauté des Ârété ou des Pénélope. Et cependant, quand nous fermons les livres et que nous voulons revoir en esprit la figure de la grande enchanteresse, c'est THéléne de Ylliade qui vient d'abord apparaître à nos yeux; et, par une de ces belles nuits divines qu'Homère nous a décrites, quand les astres brillent autour de la lune resplendissante, quand l'éther immense est sans nuages, et qu'on voit se dessiner au loin les rocbeVset les promontoires: tandis que les guerriers assoupis reposent en cercle autour

des feux qui brûlent silencieusement dans la plaine, et qu*on n'entend d'autre bruit que le murmure éloigné, des vagues heurtées là-bas aux flancs des vaisseaux noirs; — il nous plait de voir se dresser alors sur la sombre masse des remparts troyens la grande Hélène, regardant longuement ces hommes qui demain recommenceront à s*entre-tuer pour la conquérir ou pour la défendre, songeant à la terrible fatalité qu'elle porte en elle, et, dans les amples voiles de lin blanc qui flottent autour de son beau corps, toute pareille à l'image de la sombre divinité que les peuples apprendront bientôt à connaître, — de Tinéluctable Némésis.

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