‹ OEuvres posthumes: essais et poèsiesChapitre 129 sur 165 · Iliade, XXIV · texte numérisé non relu

Iliade, XXIV

Le poète le déclare « saint », sanctus^ et nous le montrera au chant suivant en possession d'une immortalité bienheureuse. En vérité, il n'y a rien là de très louchant, et ce n'est qu'une matière à d'admirables vers lalins *.

Les différences d'ensemble que nous venons d'indiquer sont essentielles, et elles en commandent d'autres qui en sont la conséquence naturelle, le résultat logique. Dans Y Iliade^ nous sommes en présence de l'action même qui fait le fond de l'ouvrage. Qu'arrivera-t-il? C'est que tout naturellement les principaux acteurs du gpème interviendront, chacun avec sa physionomie propre, et finiront de se peindre à nos yeux. Nous les reconnaîtrons à mesure qu'ils vont paraître; nous savons ce qu'ils sont, nous nous intéressoDS à eux, nous pouvons presque deviner ce qu'ils vont faire ou dire. Chacun est d'accord avec ce qu'il a été jusqu'à présent, chacun achève son rôle dans le poème, et nous présente une dernière fois un caractère bien réel, bien vivant, tel qu'Homère en sait peindre.

Et d'abord, le grand héros de Y Iliade^ Achille, nous apparaît d'un bout à l'autre du vingt-troisième chant. C'est l'Achille de la dernière partie du poème, inconsolable de la mort de son compagnon, triste, presque mélancolique, l'Achille au tombeau de Patrocle où ses cendres, il le sait et il le dit, iront bientôt rejoindre celles de son ami. « Ne sépare pas mes os des tiens, lui a dit Patrocle en songe cette nuit même; mais, comme nous avons grandi ensemble, qu'ils

1. On trouve également des jeux dans la Thébaïde de Stacc : mais il ne faut pas même chercher comment ces jeux se rattachent à l'ensemble du poème, par la raison fort simple que le poème n'a pas d'ensemble et n'est qu'une suite d'épisodes souvent brillants. Au moins ces jeux sont-ils à leur place dans l'œuvre mythologique de Stace, et n'ont-ils pas le ridicule de ceux que, dans son poème historique, Silius fait célébrer & Scipion en l'honneur de ses parents morts en combattant les Carthaginois.

LES JEUX EN l'honneur DE PATROCLE 18&

soient réunis dans une demeure commune *. » Le moment approche où il lui faudra subir la moïra. Il ne prend même pas la peine de faire élever à Patrocle un tombeau magnifique qu'il faudrait bientôt rouvrir. « Plus tard, dit-il, vous en construirez un large et élevé, vous qui me survivrez '. » C'est près de ce tombeau qu'Achille a fait apporter les prix des combats : « bassins, trépieds, chevaux, mulets, bœufs à la tête robuste, femmes à la belle ceinture, fer étincelant ' ». Le héros a acquis dans son affliction une majesté nouvelle, un .peu différente sans doute de sa brutalité du début; mars une émotion vive explique bien cette modification d'un caractère. Et nous ne serons même pas surpris de voir^ à la fin du chant, Achille offrir sans combat, à Âgamemnon, le prix du javelot, et rendre ainsi un hommage spontané à son ancien ennemi. La transformation, d'ailleurs, n'est point exagérée. Nous retrouverons Achille tout entier avec ses instincts presque barbares, dans un genre de combat fort peu en usage et qu'il n'hésite pas à proposer. C'est un véritable duel qui ne s'arrêtera qu'au premier sang. « Nous voulons que deux hommes des plus braves... l'airain homicide en main, mesurent leurs forces. Celui des deux qui aura le premier atteint la peau tendre de son adversaire... et rougi sa lame de sang... je lui donnerai ce beau glaive de Thrace aux clous d'argent. » Il semble que ce soit bien là le combat qu'il estime le plus : « Vainqueur et vaincu viendront sous sa tente partager avec lui un repas magnifique *. »

Mais cette attitude qui fait songer à l'Achille du premier chant, ne dure qu'un instant dans le vingt-troisième. Il faut voir la gravité attristée avec laquelle le héros propose les

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