Iliade^ XXIII
légèrement les yeux. On le voit reparaître quelque temps après dans un autre combat, la course à pied. Il arrive le dernier en souriant, et plaisante sur sa défaite, d'un air de belle humeur.
Nous trouverons en contraste de plus rudes figures. La vie est partout dans Homère; elle surabonde sous toutes ses formes; elle circule dans Tassistance aussi bien que chez les combattants ; elle anime les spectateurs ; elle éclate dans ces querelles, dans ces paris presque inévitables en pareille circonstance. Idoménée croit reconnaître au loin, dans un tourbillon de poussière, le char qui arrive en tête. Aussitôt le rude Ajax va le contredire. « Pourquoi * parler d'avance et à la légère? Tu parles toujours à la légère. Il ne te sied pourtant pas de babiller mal à propos, car nos yeux valent mieux que les tiens. » Idoménée s'irrite à son tour; il propose un pari; l'autre riposte, et Achille est obligé d'intervenir pour leur rappeler que dans un instant tous les chars seront visibles. C'est ainsi que l'intérêt est partout pour le lecteur. Tous ces petits drames tiennent l'attention en éveil : ce ne sont pas des hors-d'œuvre dans les jeux, car les jeux eux-mêmes ne sont point un sujet à part dans le grand sujet de VIliade, Et l'on y retrouve sans cesse, ce qui fait le mérite supérieur de V Iliade j la plus merveilleuse fécondité dans la peinture des caractères, et, ce qui en résulte, la plus parfaite vérité dans les tableaux de la vie.
Il n'y a rien de pareil dans Virgile. C'est ici un véritable épisode. L'action générale est suspendue : les personnages importants n'ont pas à intervenir : c'est un divertissement exécuté par des comparses. Chez Homère il n'y a pas à vrai dire de comparses, car les personnages secondaires n'y sont jamais des personnages effacés. Mais, dans le cinquième chant de Y Enéide^ on sent plus que partout ailleurs une des