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LES JEUX EN l'honneur DE PATROCLE 201
mande. Chose singulière. C'est par là en un sens que le fragment de Y Enéide diffère le plus du fragment correspondant de VIliade; et pourtant c'est par là qu'il y ressemble le plus, parce qu'il prend ainsi un caractère populaire et national. Voilà ce qui éloigne tout à la fois et qui rapproche Virgile de son modèle ; voilà en tout cas ce qui lui appartient en propre et qui donne parfois un aspect singulièrement original à ce tissu de belles imitations. C'est, pour emprunter une comparaison à ce cinquième chant lui-même, comme le son (le cette trompette romaine que nous avons entendue tout à coup jeter sa note au milieu des jeux homériques.
On lîl peu le Panégyrique de Trajan, Le genre même de Touvrage n'y serait-il pas pour quelque chose? Il est plus malaisé qu'il ne semble de nous faire longtemps agréer réloge d'autrui. Dès qu'il s'agit de satires, nous nous satisfaisons à bien meilleur marché. Nous sommes volontiers in^ dulgents pour ceux qui ne l'ont point trop été. La médisance pique tout d'abord la curiosité, elle se fait écouter, elle amuse. La louange fatigue vile : et, sans rappeler l'exemple classique d'Aristide, nous trouvons assez naturel qu^on se fâche contre un homme qui, de propos délibéré, appelle Trajan : le Juste, le Bienfaisant, le Magnanime, et le reste, pendant quatre-vingt-quinze chapitres.
Aujourd'hui, le Panégyrique expie durement l'excès de son ancienne renommée. On a peine à comprendre l'admiration qu'il excitait longtemps encore après le siècle de Pline. On apprend avec surprise qu'il a eu non seulement une foule de lecteurs, mais aussi un grand nombre d'imitateurs, Eumène d'Âutun, Nazaire de Bordeaux, Claudius Mamertin, iElius Aristide, Eusèbe, Libanius, Thémistius < le beau diseur > et, sans doute, bien d'autres encore. On songe rarement à s'en aller chercher dans quelque édition savante les onze discours analogues que contient le manuscrit où il a été retrouvé. Le Panégyrique a passé pour un chef-d'œuvre :
bien des gens y verraient tout au plus le chef-d'œuvre du pire des genres, du genre ennuyeux.
C'est là cependant le seul monument qui nous reste d'une éloquence si brillante et si universellement goûtée qu'elle fil de Pline le Jeune le rival de Tacite aux yeux de leurs contemporains. Dans cette sorte de réaction contre la manière des Sénèque qui suivit de près la mort de Néron, dans ce retour plus ou moins heureux des lettres romaines aux traditions du siècle précédent, aucun orateur n'eut un nom plus fameux, aucun élève de Quintilien ne fit plus d'honneur à son maître. L'auteur de V Institution oratoire parle quelque part de ces hommes qui illustrent encore le forum, qui rivalisent avec les anciens, et que les jeunes gens imitent assidûment. On ne peut douter qu'il ne s'agisse de Pline *.
C'est à vingt ans, peut-être à dix-neuf, vers la fin du règne de Titus, qu'il parut pour la première fois devant les centumvirs, déjà précédé par une réputation d'école. Pline avait été sans doute une manière d'enfant prodige. Â quatorze ans, il était l'auteur d^une tragédie, et qui plus est d'une tragédie grecque. On comptait sur lui, et on le lui disait; on le < respectait déjà comme un homme fait * >. Des débuts éclatants justifièrent toutes les espérances. Il plaida devant les quatre tribunaux pour Junius Pastor, et plaida si bien, c qu'il s'ouvrit, nous dit-il assez pompeusement, les oreilles des hommes et les portes de la Renommée^ >. Bientôt, c'est le sénat lui-même qui le charge d'accuser au nom de la province de Bétique ce Bœbius Massa que Tacite nous montre < funeste à tous les gens de bien * >. Après la mort de Domitien, il prend à partie au milieu du sénat un préfet du trésor public, Certus, le dénonciateur d'Helvidius Priscus,